Massacre de La Saline/Sanctions

Les Américains envoient un signal à Jovenel Moïse, gagent des opposants

Publié le 2020-12-11 | Le Nouvelliste

Pour des opposants au président Jovenel Moïse, les  sanctions du département du Trésor des Etats-Unis contre d’anciens officiels du régime Tet Kale deuxième version pour violations graves des droits humains en lien au massacre de La Saline sont un signal au président Moïse et un pas dans la bonne direction pour que les victimes obtiennent justice.

« C’est un signal aux patrons de ces messieurs, le président Moïse et le PHTK, pour leur dire que le bal est terminé », a confié à Le Nouvelliste le numéro un de la Fusion, Edmonde Supplice Beauzile, vendredi 11 décembre 2020. « Yo voye wèch dèyè chen an men se mèt kay la yo bezwen », a-t-elle poursuivi, concédant ne pas trop voir l’application de telles sanctions à Jimmy Chérizier, alias Barbecue.

Joël Edouard Vorbe, membre du parti Fanmi Lavalas, a estimé que cette sanction, « reconnaissance que des gens de La Saline ont été victimes d’un massacre d’Etat, est un pas dans la bonne direction ». Il dit être soulagé que deux ans après les faits, les Américains, ayant peut-être à leur disposition des preuves tangibles, se sont prononcés. Joël Edouard Vorbe croit que le cap doit être mis sur les efforts afin que justice soit rendue aux victimes.

Pour l’ex-sénateur Antonio Cheramy (Don Kato), la communauté internationale, les Américains reconnaissent le bien-fondé de dénonciations de l’opposition, fondées sur les rapports d'organisations de défense des droits humains qui ont assumé leur responsabilité en disant la vérité sur les faits survenus à La Saline.

« Aujourd’hui, je pense qu’un pas de plus dans la bonne direction a été fait quand la communauté internationale, surtout l’ambassade américaine, est consciente de ce que nous disions et dénoncions », a confié l’ex-sénateur Cheramy. « Je félicite les organismes de droits humains qui ont assumé leur responsabilité en disant la vérité », a-t-il dit, appelant la justice à lever la tête après ce camouflet et faire son travail. L’ex-sénateur a souligné que les concernés, « membres de l’équipe de Jovenel Moïse, qui continuent de travailler pour lui », doivent être poursuivis par la justice.

« A 55 jours de la fin du mandat constitutionnel de Jovenel Moïse, nous attendons que la communauté internationale cesse de supporter ce régime violateur des droits humains, auteur de plusieurs massacres dans le pays. Ces massacres, à motivation politique, selon le RNDDH, ont fait plus de 306 morts parmi les couches les plus défavorisées. Définitivement, les violateurs des droits humains qui sont au pouvoir en Haïti et qui sont prêts à tout pour garder le pouvoir commencent à entendre le bruit des bottes de la justice internationale », a confié au journal Me André Michel, qui espère que « le département américain du Trésor étendra ses sanctions aux plus hautes autorités politiques qui avaient commandité le massacre de La Saline ».

« Le Secteur démocratique et populaire a appris cette nouvelle avec tristesse et satisfaction. Tristesse, en ce sens que cela traduit l’inefficacité de notre justice et sa dépendance du pouvoir politique actuel. Nous sommes triste de constater que les étrangers sont plus sensibles aux graves violations de droits humains dont sont victimes les Haïtiens que celles et ceux qui nous gouvernent. C’est un choc moral. C’est l’effondrement même de notre Justice. D’un autre côté, nous sommes satisfait de voir que la communauté internationale a enfin entendu les cris de l’opposition et des organisations des droits humains qui, depuis le massacre de La Saline, ne cessent d’attirer son attention sur les nombreuses atteintes aux droits politiques du peuple Haïtien », a poursuivi Me André Michel.

« Les organisations de droits humains ont toujours établi le rapport entre les gangs armés et les plus hautes autorités politiques du pays. Tout le monde sait que le pouvoir a fédéré les groupes armés pour casser la capacité de mobilisation de l’opposition et de la société civile en mettant les quartiers sous le contrôle des gangs armés qui opèrent en toute impunité », a-t-il rappelé.

Deux ex-officiels du régime, Fednel Monchéry, ex-directeur général du ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, et Joseph Pierre Richard Duplan, ex-délégué départemental de l’Ouest, représentant du président Jovenel Moïse) sont, ainsi que l’ex-policier Jimmy Chérizier, sanctionnés par le département du Trésor pour avoir commis de « sérieuses violations des droits humains en Haïti » en lien avec ce massacre.

En novembre 2018, l’attaque de La Saline a fait au moins 71 morts et plus de 400 maisons détruites. Au moins 7 femmes ont été violées par les gangs armés. Les gangs ont déplacé des victimes, incluant des enfants, de leurs maisons, les ont trainés dans les rues pour les exécuter. Les corps ont été brûlés, démembrés et ont été donnés à manger à des animaux , selon le communiqué du département du Trésor dont les sanctions ne sont pas sans augure.

Roberson Alphonse

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