Jimmy Telson, 17 ans, tué d’une balle à la tête, en revenant de l'école

Publié le 2020-11-19 | lenouvelliste.com

Mardi 17 novembre 2020. Un jour de classe comme un autre pour Jimmy Telson, 17 ans. Soucieux de ses études, il s’affairait à compléter, avec son père, la liste de 19 manuels exigés par l’école. « Papa, je t’enverrai les titres des quatre ouvrages qui ne sont pas disponibles à l’école », a dit Jimmy à son père Daniel Telson, le matin même.

Monsieur Telson était loin de s’attendre au coup de téléphone qu’il allait recevoir autour de quatre heures p.m., pour lui annoncer que son fils vient de mourir après avoir reçu une balle à la tête. Jimmy Telson en uniforme, à bord du véhicule de la famille, rentrait de l’école.

Sous les pieds de Daniel Telson, la terre s’est dérobée. « On a enterré toute ma vie et tous mes efforts en un seul jour », sanglote-t-il, jeudi 19 novembre, en interview à la matinale de Magik 9 (100.9 F.M., www.magik9haiti.com), au moment d’écarter, selon les informations reçues, la thèse d’une tentative de kidnapping ayant tourné au drame.

« Sur la route, presque au carrefour, avant d’entrer à la maison, un véhicule a cédé le passage au véhicule à bord duquel se trouvaient un cousin et Jimmy. Jimmy était assis à l’arrière. Après avoir dépassé ce véhicule, il y avait un autre véhicule derrière, une Infinity rouge. Une personne assise côté passager à bord de l’Infinity rouge a tiré deux coups de feu en l’air et un troisième dans la vitre arrière du véhicule dans lequel se trouvait Jimmy. L’une des balles a touché Jimmy. Il a ouvert la porte. C’est à ce moment qu’on a vu qu’il était touché par balle. On l’a aussitôt conduit à l’hôpital Notre-Dame (ex-hôpital de la communauté haïtienne de Frères). Les médecins ont tenté l’impossible pour le sauver mais en vain.C’est là que mon Jimmy a rendu son dernier souffle », raconte Daniel Telson, soulignant que sur la base des informations qui lui ont été rapportées par le chauffeur, son cousin, « cela n’a rien à voir avec un kidnapping ».

Anéanti, rongé par la douleur, Daniel Telson n’a qu’une chose en tête, enterrer son enfant. Il refuse de se bercer d’illusions, de croire que justice sera rendue à son fils. « Je ne peux pas parler de justice. Justice ? Je n’ai jamais vu une personne tuée trouver justice… Je ne répète pas ces mots en Haïti. Je ne parle pas de justice », dit-il.

« J’ai demandé à Jimmy de me donner de la force. Mais ce n’est pas encore le cas. Aujourd’hui, j’ai essayé de sortir. Mes membres sont faibles. Je suis tombé sur mes genoux. Je n’ai plus de force », pleure Daniel Telson. « Je me bats depuis 17 ans pour faire de grandes choses pour mon enfant. On l’a tué », rumine-t-il, incapable de conseiller prudence aux autres.

« Je ne peux même pas demander aux gens d’être prudents. Jimmy était dans un véhicule privé et n’avait de problème avec personne », se lamente Daniel Telson.

Le père, après avoir fait une déposition au sous-commissariat de Vivy-Mtchell, à Frères, avait requis un juge de paix suppléant de Pétion-Ville pour verbaliser le cadavre de Jimmy Telson qui rejoint la liste des victimes broyés par l’insécurité dans le pays. Jimmy va allonger la section de la liste dédiée aux enfants tués sur la route de leur école.



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