Police nationale/Mouvements de protestation

«Les policiers révoqués ont droit au recours», rappelle Hervé Julien, inspecteur général en chef de la PNH

Alors que l’insécurité et le kidnapping continuent de faire des victimes à travers le pays, la Police nationale d’Haïti (PNH), la seule institution chargée de garantir la sécurité de la population, est frappée de plein fouet par des mouvements de protestation qui affectent sa capacité à remplir son rôle. Dans une interview exclusive accordée jeudi au Nouvelliste, l’inspecteur général en chef de la PNH, Hervé Julien, dit tendre la main aux policiers en rébellion et souligne aux cinq policiers révoqués qu’ils ont droit au recours…

Publié le 2020-02-21 | Le Nouvelliste

Ça va mal au sein de la police nationale. Pour la première fois depuis ses 24 ans, bientôt 25 ans d’existence, la PNH connait une situation de crise interne exposée sur la place publique. Des policiers qui bloquent des rues, dressent des barricades de pneus enflammés, incendient des véhicules, tirent dans tous les sens… du jamais vu. Ils exigent de meilleures conditions de travail et leur droit de se syndiquer.

L’inspecteur général en chef de la PNH s'est dit attristé par cette situation. Après 24 ans de carrière au sein de la police nationale, il affirme ne pas se reconnaître dans cette institution. Si Hervé Julien se dit ouvert à discuter avec les policiers, il reste formel sur un point. « Nous sommes des responsables de l'application des lois et nous ne faisons qu’appliquer la loi. Nous n’avons rien de personnel contre des policiers qui veulent former un syndicat. Cependant en raison des restrictions légales, il ne peut pas y avoir de syndicat au sein de la police », a-t-il affirmé.

Hervé Julien a fait savoir qu'avant de prendre position sur le sujet, l’institution policière avait fait appel à des professionnels du droit pour savoir ce que la loi dit sur la possibilité de créer ou non un syndicat au sein de la PNH. Le numéro deux de la PNH a souligné que des avantages et de meilleures conditions de fonctionnement pour la police seraient bénéfiques à tous les policiers, notamment lui-même. S'il croit que les préoccupations des policiers sont justes, il soutient cependant qu'il n'est pas obligatoire de déroger aux règlements et principes de la PNH pour permettre la création d'un syndicat. 

L’inspecteur général en chef de la police invite ses collègues policiers à rester dans les limites fixées par la loi. « Nos portes sont ouvertes pour les accueillir, pour discuter avec eux. C’est une obligation pour moi de les recevoir », a-t-il précisé.

L’article 11 des Règlements de discipline générale de la police interdit les réclamations collectives et trace la voie  à utiliser pour faire des propositions  visant à améliorer leurs conditions de vie et de travail. Cet article stipule : « Tout policier a le droit de s'exprimer librement dans le respect des dispositions du statut général des fonctionnaires de police et de ses textes d'application. Le policier peut individuellement faire des propositions visant à améliorer les conditions d’exécution du service ainsi que des questions relatives à sa situation personnelle, soit  à l’autorité supérieure en utilisant la voie hiérarchique, soit aux organismes de concertation lorsqu'ils seront créés. » 

L’inspecteur général en chef de la police a reconnu que la mise en place de ces organismes de concertation devra servir de canal de transmission entre la base et le haut commandement de la PNH.

Sur les revendications des policiers qui exigent de meilleures conditions de travail, Hervé Julien a souligné qu’il y a des demandes qui concernent le gouvernement. «Je peux vous dire que lors d’un CSPN cette semaine, le Premier ministre avait fait savoir qu’il y aurait de bonnes nouvelles pour la carte de débit des policiers. Les policiers ainsi que leur famille peuvent aller gratuitement à l’hôpital Bernard Mevs pour se faire soigner. Nous travaillons sur l’attribution des grades… », a-t-il énuméré.

Les mouvements violents de protestation de certains policiers ces derniers jours attristent l’inspecteur général en chef de la police. « Je ne me reconnais pas dans cette police. Pour moi, des policiers n’auraient pas commis de pareilles actions. Le policer est là pour servir et protéger, il ne peut pas agresser des gens en se servant de son arme », a condamné le numéro deux de la PNH.

Les cinq policiers révoqués en raison de leurs actes répréhensibles aux locaux de l’Inspection générale le 7 février dernier ont le droit de recours, a souligné Hervé Julien. « Tout policier qui s’estime victime d’un abus a droit à un recours devant la direction générale, devant l’Inspection générale, devant l’Office de la protection du citoyen (OPC) et devant la Cour supérieure des comptes… », a-t-il fait remarquer.

Face aux mouvements violents de protestation de certains policiers, l’inspecteur général en chef de la police n’a pas caché ses inquiétudes sur l’avenir de la PNH. « Il n’y a pas si longtemps on a vécu cette situation avec l’armée d’Haïti et on sait où cela nous a conduits », a-t-il exhorté.

« Il est encore temps pour ces policiers de se ressaisir. La direction générale et l’Inspection générale de la PNH ne sont pas vos ennemis. Nous sommes là pour vous protéger…Nous vous disons simplement qu’à l’état actuel de la législation haïtienne, il n’est pas possible d’avoir un syndicat au sein de la PNH », a-t-il confié à ses frères d’armes en rébellion.

Hervé Julien a fait savoir au journal que l’Inspection générale de la PNH enquête actuellement sur les actes de violence enregistrés mercredi à Port-au-Prince et des zones avoisinantes lors du mouvement des policiers.

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