«L’aveugle m’a ouvert les yeux» ou quête d’une  vérité

Publié le 2019-06-19 | lenouvelliste.com

A mi-chemin entre un  conte pour enfants et une nouvelle, « L’aveugle m’a ouvert les yeux» de Claude Bernard Sérant est un récit soigneusement illustré par Vladimir Joseph. Paru aux éditions Canapé-Vert, ce petit texte aéré, dépouillé de toute fioriture stylistique, est d’une lecture délicieuse. Il offre plusieurs axes de lectures enchâssés l’un dans l’autre avec une élégance discrète. C’est une œuvre qui s’est battue pour sa survie, rescapée des décombres  du séisme de 2010. Elle sera disponible à la 25e édition de Livres en folie.

‘‘L’aveugle m’a ouvert les yeux’’ offre d’abord à son lecteur  un permis de séjour dans l’intimité de l’écrivain-journaliste Claude Bernard Sérant, une  vie d’homme toujours à l’écoute du monde. Le lecteur rencontre l’auteur dans la confidentialité de son métier de journaliste. Son engagement envers ses lecteurs et ses codes d’honneur. Ses remises en question existentielles. Son attitude à aller à contre-courant des attentes de son lectorat pour lui offrir le meilleur de lui-même. C’est un homme dont la profession est sa vie.  Aussi découvre-t-on au fil des pages  un Sérant poète et romancier des faits d’actualité du quotidien se battant pour ne pas sombrer dans la mécanicité de sa profession. Le lecteur visite la salle de rédaction du plus ancien quotidien d'Haïti : Le Nouvelliste (1898). Il découvre sur quoi repose le choix des informations qu’on partage à longueur de parution.  C’est un livre susceptible de révéler la vocation de journaliste chez ceux qui hésitent à s’y lancer malgré l’insistance de leur voix intérieure.

L’histoire du cireur de chaussures unijambiste se faisant passer pour un aveugle en s’emparant de l’histoire d’un autre semble n’être qu’un prétexte pour inviter le lecteur à cultiver une autre lecture de la réalité. Sa multidimensionnalité. Derrière les faits de l’actualité rapportés par les journalistes, il y a toujours beaucoup plus. Limité par la rigueur scientifique qu’exige le traitement de l’information, le journaliste est toujours dans l’obligation de rapporter des faits bruts à son récepteur. Celui-ci est souvent aveuglé par rapport à ce qu’ils contiennent sur un  plan supérieur.

Le lecteur est tenté de se demander pourquoi Balendjo s’est mis à donner corps à la légende de Da, le cireur de chaussures aveugle. Est-ce seulement pour manipuler ses clients afin de leur tirer plus d’argent ? Sinon il aurait pu se limiter à la seule vente de cette histoire en mendiant, laissant de côté son travail de cireur de chaussures. Est-ce Da qui continue à vivre à travers Balendjo ou Balendjo qui donne vit a Da ? Nous sommes dans la grande cour de Notre-Dame de la Nativité. Ici, le rédacteur ouvre grand les yeux sur d’autres aspects subtils de la vie. C’est le cadeau du pèlerinage de Notre-Dame de la Nativité au journaliste pèlerin. Et ce cadeau ne pouvait périr sous les décombres du séisme de janvier 2010. Il devrait être partagé avec le monde. Et Claude Bernard Sérant a bien accompli sa mission de journaliste  en quête de la vérité.

                                                                                                                                                                                        

Dieunane Joseph Dufresne dieunanejosephdufresne@gmail.com
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