PetroCaribe/Cour des comptes

« Votre président n’est pas impliqué dans la corruption… Mwen pap fè lach… », la réponse de Jovenel Moïse

Publié le 2019-06-12 | Le Nouvelliste

Le président de la République sort de son mutisme environ deux semaines après la publication du rapport de la Cour des comptes qui l’accuse de détournement de fonds dans le cadre du dossier PetroCaribe. « Prezidan pa w la pap janm nan koripsyon. Se pou lajistis fè travay li, mennen ankèt komsadwa, moun ki te mal jere oubyen mal itilize lajan Leta ap reponn devan lajistis, nan yon pwosè jis ak ekitab, san pèsekisyon », a déclaré Jovenel Moïse, qui participait mercredi à la cérémonie marquant les 24 ans de la Police nationale d’Haïti à l’académie de police.

Alors que le pays est encore en mode « lock » depuis quatre jours avec des manifestations de rue un peu partout à travers le pays pour exiger sa démission, le chef de l’Etat a déclaré qu’il ne démissionnera pas sous la pression des corrompus et des corrupteurs. « Si yon moun panse ansyen konpayi mwen t ap dirije lè m pat ni prezidan ni ap travay nan Leta gen bagay pou repwoche li, ke lajistis fè travay li. Konpayi an la, tout dokiman ekziste », a lancé Jovenel Moïse en réponse aux accusations de détournement dont il fait l’objet.

Selon lui, le problème du pays est plus compliqué que l’on pense. « Si se te nan voye chef Leta ale pwoblèm Ayiti tap rezoud, nou tap peyi ki gen mwens pwoblèm nan rejyon an. Paske Ayiti se peyi ki pase plis chèf leta ki genyen sou kontinan ameriken an », a-t-il dit.

« Je suis très content parce qu’il y a plus de citoyens, plus de jeunes qui comprennent la nécessité d’avoir de grands changements dans le système politique, économique et social du pays », a avancé le chef de l’Etat. «  Vous vous rappelez comment il a été très difficile pour moi de devenir président parce que je ne suis pas du système traditionnel. Comme beaucoup de jeunes, je connais la faim et la misère. Je sais que le système est responsable de la mauvaise situation que nous vivons aujourd’hui. Mais il ne faut pas oublier que ce système est très coriace », a-t-il dit.

Selon le chef de l’Etat, ce système a la capacité de résister et de se renouveler à chaque fois.  « Ce qui est le plus compliqué et le plus dangereux, a-t-il ajouté, ce système a la capacité de transformer les bourreaux en bandits et les victimes en bourreaux. Le système a aussi la capacité de transformer les bourreaux en victimes. »

Le système, poursuit le chef de l’Etat, a beaucoup de stratégies, de matière grise et d’adresse. « L’instabilité, la déstabilisation, le dechoukay sont les plus grands moyens et stratégies utilisés par ce système pour se reproduire à chaque fois qu’il est remis en question. De cette façon, les riches deviennent encore plus riches dans la transition, la confusion dans laquelle transitent des subventions, des privilèges et de la contrebande.  Et les pauvres deviennent encore plus pauvres », a-t-il dénoncé.

Comme pratiquement à chaque prise de parole, Jovenel Moïse a fait savoir qu’il vient du peuple. « Le président Jovenel Moïse ne peut pas vous trahir. La situation est compliquée certes, les dossiers sont nombreux et complexes. Mais rappelez-vous que je suis fils de paysan qui ne trahit jamais, fils de ceux qui sont toujours des victimes, ceux qu’on exploite toujours, les méprisés », a-t-il dit.

« Je n’ai qu’un seul choix : me battre pour faire entendre la voix de ces gens. On ne peut pas donner gain de cause à ce système. On connaît sa force et sa puissance, mais ma lutte est la vôtre, peuple haïtien. Se sa ki ban m kouraj ak detèminasyon pou m ale lwen avèk li », a affirmé le locataire du palais national

Selon Jovenel Moïse, des gens utilisent les réseaux sociaux pour vilipender les projets de la caravane comme l’électrification, les infrastructures routières et l’eau. Ces mêmes gens, a ajouté le chef de l’Etat, attaquent sa moralité afin de l’empêcher de parler de la corruption.

Après avoir qualifié de corrompus, corrupteurs, mafia et contrebandiers ceux qui exigent sa démission, Jovenel Moïse a réitéré son appel au dialogue. M ap pwofite okazyon sa a pou mwen lonje lamen yon lòt fwa ankò bay advèsè politik mwen yo, bay tout Ayisyen pou nou pran ansanm chemen k ap bon pou Ayiti a. Se chemen lapè ak chemen devlopman. Tout sektè ki aktif, an nou mete tèt ansanm, pote kole pou n ka jwenn vrè wout chita tande a », a-t-il appelé.

Aux élites économiques, intellectuelles et aux autres groupes organisés de la société qui exigent sa démission, le chef de l’Etat les appelle à trouver avec lui une solution pour sortir le pays de la crise.

Ce que la Cour des comptes reproche à Jovenel Moïse

Dans son deuxième rapport, la Cour des comptes a indiqué que « 66% de l’avance de démarrage (19 000 000 HTG) a été décaissée et utilisée près de deux mois avant la signature du contrat entre l’Etat haïtien et AGRITRANS, la firme de l’homme d’affaires Jovenel Moïse dans le cadre du dossier PetroCaribe. Pour la Cour, une telle décision du MTPTC a causé irrémédiablement un préjudice au projet et à la communauté.

« En revanche, la Cour fait un constat troublant concernant la deuxième transaction en lien avec cette avance. En effet, le 26 août 2014, bien avant même d’avoir été sollicitée, ni d’avoir présenté une offre technique et financière et encore moins d’avoir signé un quelconque contrat, l’entreprise AGRITRANS a bénéficié d’un montant de 5 000 000 HTG (Chq #123564). Le libellé de la transaction mentionne que cette somme est destinée à l’achat de carburant dans le cadre de la réhabilitation du tronçon Borgne-Anse-à-Foleur, un autre projet distinct du projet de réhabilitation du tronçon de la route Borgne-Petit Bourg de Borgne », lit-on dans le travail de la CSCCA.

« …le 26 décembre 2014, le président d’AGRITRANS, M. Jovenel MOISE, a adressé une correspondance au ministre Jacques Rousseau (MTPTC) accompagnée d’une facture afin d’obtenir une autre avance d’un montant de six millions de gourdes (HTG 6 000 000) pour l’acquisition de matériaux (ciment, planches et agrégats) devant servir au revêtement en béton hydraulique de la route. Il y est précisé que le remboursement de cette avance se fera au prorata de l’avancement des travaux de revêtement de la chaussée. La Cour n’a pas été en mesure de vérifier que cette avance a effectivement été remboursée », lit-on dans le rapport de la Cour des comptes qui conclut qu’il y a eu dans ce dossier « collusion, favoritisme et détournement de fonds ».

En outre, la Cour a dit faire une découverte troublante dans le même dossier. « En effet, la Cour a constaté que, le 12 décembre 2014, pour le même projet, le MTPTC a accordé un autre contrat à une deuxième firme, en l’occurrence BETEX INGENIEURS CONSEILS (BETEX) pour la réalisation des travaux du même tronçon de route Borgne – Petit Bourg de Borgne. La valeur du contrat signé entre le MTPTC et la firme BETEX s’élève à 34 998 785,50 HTG et celui-ci intervient deux mois après le premier contrat. Il y a donc eu deux contrats signés par le MTPTC pour le même projet. L’un avec la firme AGRITRANS S.A. pour un montant de 39 990 399 HTG, l’autre avec la firme BETEX pour un montant de 34 998 785,50 HTG. La Cour n’a pas été en mesure de retracer les décaissements relatifs au contrat de BETEX », a révélé la CSCCA.

Il faut aussi rappeler que dans le premier rapport d’audit de la Cour des comptes sur l’utilisation du fonds PetroCaribe, COMPHENER S.A, une autre firme de l’homme d’affaires Jovenel Moïse avait été aussi épinglée. Selon le rapport de la Cour,  COMPHENER S.A, devait installer en 2013, 65 lampadaires pour la somme de 4 949 389 gourdes, on lui a versé 4 875 148 gourdes soit 98,5 % du montant. Toutefois, la Cour des comptes n’avait pas précisé si les 65 lampadaires ont été installés.

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