Mise en scène et scène de violence au Parlement

Un climat de tension a régné le lundi 20 août 2018 au Parlement haïtien. Cette situation est due au fait que des individus non identifiés ont attaqué le Parlement, en lançant une grenade lacrymogène sur le local du Bicentenaire vers les 4 heures ce matin. L'incident a provoqué une scène de violence contre les journalistes accrédités au Parlement.

Publié le 2018-08-20 | lenouvelliste.com

Tous les regards de ceux qui d’habitude fréquentaient le Parlement étaient rivés, le lundi 20 août 2018, sur la petite porte d’entrée de la Chambre des députés. En effet, cette ouverture en verre donnant accès à la salle d’accueil de la Chambre basse est, par les impacts de balles qu’elle porte d’un côté et le grand trou de l’autre, la principale preuve d’une attaque qu’aurait subi le Parlement haïtien dans la nuit de dimanche à lundi.

Mise en scène

Au bord de mer, les questions s’enchaînent autour de cet incident. La principale se résume ainsi : Comment des projectiles venant de la rue pouvaient-ils contourner une clôture aussi haute pour percer une porte aussi basse par rapport à la clôture ? Les projectiles suivent-ils une trajectoire aussi curviligne ? Une vraie énigme pour les plus simples d’esprit.

Heureusement, la police scientifique, le directeur départemental Ouest de la Police, la Direction centrale de la police judiciaire et un substitut du commissaire du gouvernement étaient sur les lieux. Ils constatent, vont et viennent après avoir sécurisé la scène de crime. La presse se presse pour trouver les premiers éléments d’information, mais personne n’ose piper mot devant cette sinistre scène jusqu’à ce qu’un policier enfin se laisse aller en affirmant devant les flots de questions des journalistes que les impacts de balles laissent présager que les coups de feu ont été tirés de l’intérieur vers l’extérieur du local et non l’inverse. Après cette primeur aux friands journalistes, le policier a bien pris le soin de demander à ce que son nom ne soit pas cité dans la presse.

Même un sénateur qui lui aussi requiert l’anonymat parle d’une mise en scène concoctée au sein même du Parlement. Par qui et pourquoi ? on ignore encore les réponses.

Scène de violence

La messe est ainsi dite sur les impacts de la rentrée. Entre-temps, dans le parking des députés, les choses tendent à évoluer après les soupçons révélés par les impacts. Ainsi, les agents de la DCPJ ont décidé d’interroger les agents de sécurité qui ont passé la nuit au Parlement. La stratégie est de les interpeller et les conduire à la DCPJ. On commençait déjà à embarquer quelques-uns quand les autres agents se sont opposés aux agents des forces de l’ordre en barricadant toutes les barrières.

Pour persuader les agents de la DCPJ, certains agents de sécurité qui, jusque-là obéissaient au doigt et à l’œil aux policiers pour empêcher la presse de filmer la scène d’arrestation, ont résolu de capituler dans l’espoir de porter les policiers à revenir sur leur décision. Ici, c’est la pagaille : chaque agent de sécurité devient un corps ne faisant qu’à sa tête. Certains vont jusqu’à détruire le matériel de travail des journalistes qu’ils accusent d’être responsables des menaces qui pèsent sur le Parlement aujourd’hui « en relatant ce qui se passe au Parlement avec objectivité ». Ainsi, Bob Sleam Fontilus de Télé Ginen et Frantz Cinéus de Télé pacific ont eu leurs caméras brisées. Dans la foulée, un agent de sécurité du Sénat, qui n’était même pas de service, s’est invité et a giflé le cameraman Frantz Cinéus.

Fier de son acte, il sonne la trompette en scandant qu’on ne devrait pas donner à des journalistes accès au Parlement. L’agent de sécurité en question a même menacé d’abattre quelques journalistes qu’il qualifie d’épines aux pieds des parlementaires. « Dans tous les pays du monde, les parlementaires ont de grands privilèges, mais ces journalistes sont ici pour parler de ce qui ne les regarde pas », en faisant allusion à la vie des parlementaires.

Les membres du bureau de la Chambre des députés disent déplorer cet acte barbare de certains agents de sécurité du Parlement recrutés pour la plupart sur la base du clientélisme politique par les parlementaires.

Le président du Sénat, Joseph Lambert, lui non plus ne digère l’acte des agents de sécurité. Il garantit que suite sera donnée à ce dossier.

Cette scène de violence contre les travailleurs de la presse vient après deux semaines de menaces contre les journalistes accrédités au Parlement. Ces menaces sont proférées par certains employés offusqués après qu’un journaliste eut réalisé un reportage radio sur la façon dont certains employés et contractuels passent leurs journées de travail au bord de mer.



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