Évans Paul nommé Premier ministre, Hannibal sera-t-il à nos portes le 12 janvier 2015 ?

«Jusques à quand Catilina, abuseras-tu de notre patience» ? dirait le président Martelly au groupe des Six.

Ramon Guillaume
09 janv. 2015 — Lecture : 5 min.
«Jusques à quand Catilina, abuseras-tu de notre patience» ? dirait le président Martelly au groupe des Six. Ces paroles célèbres sortaient de la bouche de Cicéron, adressées à Catilina, le célèbre tribun. Depuis plusieurs siècles, elles traversent le temps en servant de mise en garde aux politiciens trop verbeux et à la verve intarissable. On recrute ces orateurs dans le sein des partis politiques et dans les hémicycles des parlements, enfin à toutes les tribunes ainsi que dans nos cours et tribunaux. Notre pays regorge de ces tribuns qui, le plus souvent, ne font qu’attirer les regards sur eux en faisant trembler leurs adversaires moins doués. Sténio Vincent, Émile Saint-Lot, Daniel Fignolé, pour ne citer que ceux-là faisaient partie de ces grands orateurs et tribuns que le pays a connus. Certains observateurs disent qu’ils sont rares aujourd’hui. On ne retrouve que des dilettantes manqués. Le titre de cet article suscite beaucoup de peur. Les évènements annoncés le 12 janvier 2015 inquiètent beaucoup. Hannibal, sera-t-il à nos portes? Pour l’histoire disons qu’Hannibal fut un général carthaginois qui, après avoir franchi les Alpes, pénétra en Italie puis s’y retira peu de temps après. Il mourut vaincu par Scipion l’Africain, baigné dans son sang. Que reste-t-il à dire du 12 janvier. D’aucuns pensent et prédisent que nous assisterons à un tsunami politique, c’est-à-dire un total chambardement qui s’accompagnera de violences incontrôlables, de vengeances sans cesse mâchées et remâchées. Pour une fois, nous allons décider à faire mentir l’histoire. Les temps ont changé. C’est celui de la rupture et de la mesure. La rupture d’avec un passéisme étroit et rétrograde et la mesure dans les actes et actions susceptibles d’engager l’avenir de la nation. À la suite d’infructueuses tentatives en vue de trouver une solution à la crise politique larvée que traverse le pays, on a fini par trouver onze personnalités haïtiennes reconnues comme étant crédibles pour faire une synthèse des propositions de solutions émises par la classe politique et les partis. Elles se sont mises au travail et, comme Diogène, elles promenaient la lampe sacrée à la recherche d’une sortie de crise. La synthèse de ces propositions avait été soumise au chef de l’État. Elle a été observée et appliquée à la lettre. C’est alors qu’un vent commençait à souffler à travers le pays, un vent d’espoir de nature à chasser les ténèbres de la division au sein de la famille haïtienne, et à l’effet de drainer toutes les eaux boueuses, limoneuses et à la fois puantes qui stagnent dans tous les sentiers et avenues de la nation pour enfin être canalisées vers de lointains abysses. Le rapport de cette commission soumis au président de la République a fait son bonhomme de chemin pour enfin éliminer les frustrations, les scories et autres anticipations négatives jusqu’à aboutir avec la nomination d’un Premier ministre, Évans Paul, alias K-PLIM, pour remplacer Laurent Lamothe démissionnaire. Certains prétendants au trône ont avalé la couleuvre alors qu'ils se préparaient à faire un pied de nez à cette Commission. Ainsi, la guerre de Troie n’a pas eu lieu. Si ces onze personnalités parvenaient à réussir dans leur noble et exaltante mission, on dira d’elles qu’elles ont bien mérité de la patrie, en réécrivant une nouvelle page d’histoire de notre tumultueuse histoire, faite de luttes épiques, d’épopées émancipatrices et de symboles. En fait, tous les symboles n’ont pas la même portée historique, ni la même vitalité, puisque leurs succès n’ont pas toujours le même résultat. Combien d’humiliations notre pays a connues de Dessalines et Pétion, de Catherine Flon à Odette Roy Fombrun et autres figures emblématiques de notre histoire? Il nous paraît avoir beaucoup d’autres chemins à parcourir et de luttes à gagner, du fait que notre histoire a toujours tendance à rouler à contre-sens. Faut-il admettre que malheureusement cette solution à la crise qui pointe à l’horizon ne rencontre pas l’adhésion et la faveur de tous les acteurs politiques ou presque. Certains d’entre eux ont résolument décidé de ne pas accorder de répit à la nation. Ils refusent à celle-ci de respirer et de se chercher une voie de garage à l’effet de sortir de cette apesanteur de crise toujours présente dans le firmament politique – pas de trêve ou de moment de réflexion, jugent les acteurs de la ligne dure de l’opposition dite démocratique, mouvement auquel appartiennent certaines personnalités qui se sont spécialisées plutôt dans l’art de décoder les virgules ou de distinguer les tripes des poux d’avec celles des vers de terre. Autant dire que nous autres Haïtiens nous avons la mémoire courte. Il nous a fallu “deux indépendances” pour nous reconnaître comme nation. La première, celle de 1804, et la seconde, celle de l’après Duvalier. Avons-nous besoin d’une troisième? Il est vrai que la Commission présidentielle consultative a accouché d’un bébé viable suite à de laborieuses césariennes. Pour le bien du pays, devons-nous le nourrir et consentir d’autres sacrifices pour enfin trouver ce nouveau paradigme devant conduire la nation vers des horizons plus cléments et des cieux moins agités. Nous avons toujours eu une culture de «marrons», de maîtres d’armes – dans toutes les sphères de nos activités humaines nous nous sommes toujours évertués à faire durer le temps ou faire perdre de temps. Nous sommes toujours en retard de phase au moment idéal qui devait nous servir d’exemple ou de «moment fort». N’assistons-nous pas au rapprochement USA – CUBA? La guerre froide est du domaine du passé alors que l’opposition politique haïtienne crie: À bas l’impérialisme américain. En ce début d’année 2015, nous nous réjouissons de ces instants annonciateurs d’une paix durable pour la nation tout entière. Ne réveillons plus les vieux démons du passé. Évitons de tomber dans les profondeurs abyssales où pullulent ces vermines que nourrissent les idéologies protéiformes, perturbant l’ordre social plutôt que de le protéger. Que ce Nouvel An nous apporte beaucoup plus de sagesse et de perspicacité. À nos politiques beaucoup plus de clairvoyance et de prospective à l’effet de constater que le pays s’enfonce dans un profond abime, à défaut d’un recensement salvateur des idées et des opinions, et que de plus il fait face à l’un des pires exemples au monde, de désastre écologique et d’un réchauffement climatique. Bonne année à tous! 24 décembre 2014.