Conflits armés à Martissant, les Madan Sara exigent des actions des autorités

L’on n’est plus au temps de « peyi lòk ». Pour certains, c’est déjà un lointain souvenir. Pourtant, la situation n’est guère différente pour les Madan Sara de la partie sud du pays. Les conflits armés à Martissant empêchent des centaines de marchandes d’atteindre les grands marchés publics du Centre-ville comme la Croix-des-Bossales et le marché Salomon. Comme au temps de peyi lòk, Carrefour redevient un espace d’échange de produits agricoles de premier plan en provenance du grand Sud.

Publié le 2021-07-27 | lenouvelliste.com

Une partie de la commune de Carrefour est transformée en un vaste marché public. Cette situation s’intensifie avec les conflits armés opposant des bandes rivales de la sortie sud de Port-au-Prince. De Bizoton à Paloma, on observe systématiquement des marchandes étalant leurs produits à même le sol. Le spectacle est hideux. Mais, dit-on, faute de grives, on mange des merles. Cette situation crée à la fois un manque à gagner pour les marchandes obligées de vendre leurs produits à vils prix à un public très restreint et également une pénurie de certains produits locaux dans les autres parties de l’aire métropolitaine.

Ce n’est pas de gaieté de cœur que les marchandes croupissent dans ces lieux dangereux et obstruent parfois une partie importante du boulevard Jean-Jacques Dessalines. Jacqueline François, une Madan Sara qui étale ses produits à quelques mètres de l’entrée du quartier de Canne à Sucre, affirme qu’elle n’en peut plus. « C’en est trop », s'offusque-t-elle. En plus de liquider ses produits, elle en perd régulièrement une partie.

Visiblement fatiguée, madame François explique qu’en vendant des denrées sans aucun conditionnement et dans une disposition pareille, la situation devient de plus en plus insoutenable. Dans une grande proportion, les produits agricoles sont très périssables. Quelques jours suffisent pour tout perdre et c’est ce qui arrive souvent quand les produits sont en abondance dans une partie du pays, de surcroît avec des gens avec un pouvoir d’achat très limité.

Johanne Pierre-Louis essaie de se relever après les pertes énormes occasionnées par le mouvement « peyi lòk » de fin 2019; elle critique le laxisme des autorités gouvernementales qui ne font rien pour garantir le minimum de sécurité aux passants. Le voyage, poursuit la vendeuse, est épuisant. On n’a même pas la garantie que tous les produits seront écoulés même à vil prix.

À l’instar d’autres marchandes, madame Pierre-Louis projette de jeter l’éponge si rien n’est fait dans une période relativement courte. Les marchandes ne demandent pas beaucoup. Leur seule exigence est de circuler en toute quiétude un peu partout sur les routes nationales. C’est de cela que dépend leur survie et celle de leur famille parfois, est très nombreuse.

Les conflits armés à Martissant, doublés du laxisme des autorités à tous les niveaux ont déjà poussé des membres de la population à abandonner leurs maisons, leur travail et tout ce qui va avec, enfonçant cette frange dans une urgence alimentaire. Cette situation est en passe d'entraîner des conséquences plus graves si les marchandes décident de tout quitter. Elle aura des impacts négatifs à la fois sur la disponibilité des produits alimentaires dans l’aire métropolitaine de, ce qui est déjà le cas dans certains endroits, et sur le secteur agricole dont le poids dans le produit intérieur brut (PIB) ne cesse de chuter.



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