Insécurité/Crise politique

« Nous dénonçons la dictature du kidnapping dans notre pays », déclare le président de la Conférence des évêques haïtiens

Pour exiger la libération des sept religieux catholiques enlevés le 11 avril dernier et pour dénoncer le phénomène de kidnapping en Haïti,  les activités économiques et scolaires étaient paralysées le jeudi 15 avril à Port-au-Prince et dans les villes de province en support à l’Eglise catholique. Des messes ont été célébrées dans toutes les églises catholiques. Le président de la Conférence des évêques haïtiens, Mgr Launey Saturné, qui célébrait une messe en l’église Saint-Pierre, a appelé à la libération de tous les kidnappés. « Nous dénonçons la dictature du kidnapping dans notre pays », a-t-il fulminé.

Publié le 2021-04-16 | lenouvelliste.com

Au-delà de la décision de l’Eglise catholique d’observer un arrêt de travail le jeudi 15 avril pour exiger la libération des sept religieux, c’est tout le secteur privé des affaires en Haïti et le secteur scolaire qui ont répondu à l’appel de l’Eglise. A Port-au-Prince et dans la plupart des villes de province, toutes les activités économiques, scolaires fonctionnaient au ralenti ainsi que les transports en commun, ce qui a eu des conséquences sur le fonctionnement des activités dans la fonction publique.

Des messes ont été célébrées et les cloches retentissaient partout dans le pays dans les églises catholiques à exactement midi en signe de protestation et pour exiger la libération des sept religieux.

« La Conférence des évêques et la Conférence des religieux  exigent la libération de tous les kidnappés sans condition, sains et saufs. Nous dénonçons la dictature du kidnapping dans notre pays », a déclaré le président de la Conférence des évêques haïtiens, Monseigneur Launey Saturné, qui célébrait l’une des messes de la journée du 15 avril en l’église Saint-Pierre de Pétion-Ville.

« Nous demandons aux kidnappeurs d’arrêter d’endeuiller la population haïtienne. Nous ne pouvons pas négocier la libération des gens comme on marchande du pain. On ne peut pas réduire la vie d’un être humain à une marchandise », a dénoncé le prélat.

« Nous rêvons d’une Haïti sans insécurité, sans kidnapping, sans violence. Nous condamnons le kidnapping d’où qu’il vienne et quelle que soit sa forme. Nous tous, Haïtiens, devons prendre notre responsabilité pour changer cette situation, "paske se twòp atò; nou pa kapab. Nou bezwen viv, fòk nou viv" », a martelé Monseigneur Saturné.

« Bondye di nou sispann bay moun zam ak minisyon pou fè san koule. Depoze zam yo pou nou tout nan peyi a kapab viv ak kè poze. Nou dwe obeyi Bondye plis pase lòm », a lancé le prélat sous les applaudissements des participants.

« Après 39 ans, ces paroles du pape Jean-Paul II ont conservé toute leur fraîcheur : ‘’Il faut que quelque chose change dans ce pays" ! Nou pa kapab ankò, nou bouke ! », a lancé l'archevêque du Cap-Haïtien  sous les cris des participants à la messe.

« Nous souhaitons ardemment que les pays amis ne se comportent pas comme des témoins passifs de ce que nous vivons aujourd’hui. Au nom de la fraternité universelle et de la solidarité internationale, il n’est pas bon de laisser un pays aller à sa perte. « Le kidnapping est un type d’acte illégal condamné par le droit international. Nul ne peut revendiquer le droit de priver l’autre de sa liberté personnelle, surtout en cas d’enlèvement dont le but est d’obtenir une rançon. Le droit international prévoit des sanctions sévères pour ce type d’acte illégal », a avancé Mgr Saturné.

La plupart des messes se sont rapidement transformées en mouvements de protestation contre le pouvoir en place qui, selon les protestataires, ne fait rien pour lutter contre le kidnapping et l’insécurité dans le pays.

Alors que des évêques célébraient la messe en l’église Saint-Pierre à Pétion-Ville, des gens ont improvisé une manifestation anti-gouvernementale à l'entrée de l'église. Selon ce qu'ont rapporté des témoins,  une bonbonne de gaz lacrymogène a été lancée sur le pérron de l’église, ce qui a créé une situation de panique.

Outre le secteur privé des affaires, le secteur protestant a supporté l’arrêt de travail de l’Eglise catholique exigeant la libération des religieux.

Après la nomination d’un nouveau Premier ministre mercredi, le Palais national a fait savoir dans un communiqué que « des mesures d'urgence sont déjà prises pour assurer la sécurité des personnes et des biens, engager des poursuites judiciaires contre les auteurs des exactions dénoncées, procéder au désarmement sans condition des gangs ».



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