Gros plan sur le premier Festival Entènasyonal Literati Kreyòl

Pour la première fois en Haïti a eu lieu Festival entènasyonal literati kreyòl. L’événement s’est déroulé dans des conditions intenables. L’atmosphère politique et sociale irrespirable du pays a éloigné les créolophones d’autres pays de cet événement. Du 4 au 8 décembre les différents intervenants déployaient leurs idées, chantaient, disaient de la poésie dans différents espaces. La langue du peuple offrait une parade rhétorique en uniforme d’éloquence pour le plaisir des esprits. Le Nouvelliste a rencontré le président du comité organisateur de cet événement : Anivince Jean-Baptiste. Il est le directeur de Regwoupman Ekriven Kreyòl (REK), membre de Sosyete Koukouy et fondateur du regroupement littéraire et artistique, Tanbou-Literè.

Publié le 2019-12-19 | lenouvelliste.com

Le Nouvelliste (L.N.) Festival Entènasyonal literati kreyòl a bel et bien eu lieu. C’était un pari. Un engagement risqué. 

Anivince Jean-Baptiste (A. J-B.) : Etre jeune en Haïti est un risque. Ce risque est beaucoup plus grave si on prend le risque de ne rien risquer. C’est justement cette volonté de risquer qui vient d’inaugurer en Haïti, du 4 au 8 décembre dernier, le tout premier festival de littérature créole dans le monde. Historique. Désormais, Festival Entènasyonal Literati Kreyòl n’est plus l’initiative d’Haïti, encore moins de Anivince ou de ce groupe dynamique de jeunes qui jurent de rêver dans un pays qui se secoue... C’est un cadeau de la jeunesse haïtienne au monde créolophone. On a osé implanter Festival Entènasyonal Literati Kreyòl  à un moment où il était implicitement interdit de rêver dans notre pays. On a osé à un moment où la majorité de nos partenaires ne pouvaient plus tenir parole. 

L.N. : Justement, un seul auteur étranger a répondu à l’appel. Vous n’avez de cesse de louer Yves marie Seraline que vous qualifiez de dyougan.

Anivince Jean-Baptiste: On devait avoir dans nos murs le poète cubain d’origine haïtienne, Hilario Batista Felix qui pleure encore son absence obligée et vraiment regrettée à cette grande première historique. Depuis la Havane, il a donné tout son support inconditionnel à l’évènement. Yves Marie Seraline était là. Pas seul. Mais avec toute la Martinique, à travers ses écrivains et ses éditeurs. Avec OMDAC (Organisation martiniquaise des arts et de la culture). On a reçu une lettre de  support et d’encouragement de Krey Matjè Kréyol Matinik (KM2) (Asosyasyon ekriven kreyòl Matinik). Des écrivains et des éditeurs nous ont également envoyé des livres en créole martiniquais comme contribution symbolique pour appuyer notre projet de « bibliothèque de créoles comparés » en Haïti. 

L.N. : Quels étaient les moments forts de cet évènement ?

A. J-B : L’invité d’honneur, Manno Ejèn, a pleuré à deux reprises. Mais soulignons ce moment d’une prestation de l’artiste engagé Herby François disant «  peyi a se pou ou mon blan, ou mèt fè sa ou vle. Leta p ap di w anyen. Polis p ap arete w. Menm m konnen anvan w depase simityè Pòtoprens, papa Legba ap kase kou w”. Parler de moments forts, c’est dire implicitement qu’il y a eu des moments faibles. Il faut souligner le fait que dans la journée consacrée aux éditions et aux auteurs, les lecteurs sont venus, nombreux, mais quasiment sans pouvoir d’achat. Parler de moments forts, c’est parler de la conférence de presse, du lancement et de la clôture du festival où l’émotion collective était visible. Comment ne pas parler de cette matinée de chaud débat chez Rodolphe Mathurin (Anba zanmann) animé par Yves Gérard Olivier et Melissa Béralus, où des personnalités comme Pierre Michel Chéry, Jean-Baptiste Remarais, Ralph Jean-Baptiste, Louise, James Darbouze étaient là. Parlons aussi des activités réalisées à Jaden Sanba, à Sant kiltirèl Dédé Dorcély…

L. N. : L’invité d’honneur de FÈLKreyòl 2019, le poète Manno Ejèn, était heureux comme un poisson dans l’eau. L’auteur de « pwezi pou anwoule tan mwen », quelle impression laisse-t-il dans la mémoire de cette première edition ?

A.J-B. :C’est un Manno Ejèn triste de la situation sociopolitique du pays qu’on a eu comme invité d’honneur. C’est surtout ce Manno Ejèn vif, élégant, joyeux et vivant malgré sa récente opération au niveau des genoux. Pourquoi ? Il croit fermement à l’idée que la relève est assurée. 

L.N. : Que restera-t-il de ce festival comme support pour perpétuer le souvenir de cet évènement ?

A.J-B. : D’abord, la présence des médias. En grand nombre. Plusieurs articles publiés. Et, il faut noter un vrai festival de capsules vidéos ont été publiées sur Internet. Il faut souligner cette  volonté manifeste d’appropriation de l’activité par la jeunesse. Déjà C3 éditions accepte de patronner « Pri Festival Entènasyonal Literati Kreyòl», autrement dit, ce prix littéraire récompensera la meilleure production créole dans le monde. Ce prix sera  lancé en 2020. Notons aussi la détermination de l’équipe organisatrice et la volonté de nos partenaires: Fondation Maurice Sixto, ministère de la Culture, C3 editions, Akademi Kreyòl Ayisyen, Espas Kreyòl, Educa Vision, Rectorat de l’Université d’Etat d’Haiti, Signal FM, Le Nouvelliste, Sibelle Haiti, Kopivit l’Action Sociale, DNL, Jaden Sanba, Café Tap Tap, Lakou Kanga Twa Zile, Sosyete Koukouy… on ne saurait oublier cette lettre de support des écrivains et des éditeurs de la Martinique. 

L.N. : Le comité organisateur pense- t-il déjà à la deuxième édition du festival ?

Bien sûr. La deuxième édition est pour la première semaine du mois de décembre, du 2 au 6. On dévoilera en 2020 le nom de l’invité d’honneur et des invités spéciaux. 



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