Êtes-vous prêts à encourager le «Made in Haïti»?

Publié le 2016-09-21 | Le Nouvelliste

«Pa gen anpil kontra. Pa gen force de travail du tout », s'exprime avec découragement Maritane Joseph, seule, en direct de son atelier de couture au centre-ville des Gonaïves. Avec quelques maigres commandes de tailleurs et de jupes de clientes du secteur, l'entrepreneure ne peut fournir du travail à temps plein à ses employés. Les chefs d'ateliers de production du pays doivent mettre les bouchées doubles pour survivre. Tirer leur épingle du jeu pour répondre aux exigences de leurs clients, alors qu'ils peinent à concurrencer les produits du textile chinois ou encore les vêtements usagés (pèpè) en provenance des États-Unis ou de la République dominicaine. À titre d'exemple, pour une chemise confectionnée sur mesure coûte 600 gourdes dans un atelier, alors qu'il est possible de se procurer une chemise et un pantalon pour le même prix sur le marché... Appuyer la production locale L'État devrait continuer à encourager son propre marché de vêtements, estime Mésac Philogène, fondateur de l'Association des couturières et tailleurs des Gonaïves (ACOTAG). Par l'entremise d'Indepco, l’homme d'affaires a réussi, dans le passé, à décrocher plusieurs contrats de confection d'uniformes scolaires pour ses 39 ateliers. Sauf que, depuis quelques années, ACOTAG n’a pu bénéficier d’aucun contrat du gouvernement haïtien. « Il faudrait que l'État puisse donner la possibilité aux couturiers de confectionner des uniformes scolaires, de football, pour la Police nationale, le personnel des hôpitaux, etc. On achète tout à l'étranger, alors qu'il y a tout en Haïti », défend celui qui a aussi déjà revêtu l'uniforme de couturier. Si la plupart des ateliers opèrent encore avec des machines à pédale, comme celui de Madame Amonèse, l'intermittence de l'électricité ne rend pas la tâche plus facile aux ateliers qui se sont dotés de machines modernes. Peu importe l'équipement utilisé, le rythme de production est compromis et les importations dominent le marché. Début septembre, quelques couturiers ont trouvé du travail à l'atelier de Madame Amonèse. Les petits contrats de confection d'uniformes scolaires qu'elle a obtenus ont permis d'activer les machines à pédale installées à l'entrée de sa maison. Septembre et octobre seront tout juste rentables. Sinon, il faudra attendre de longs mois, jusqu'en mars ou avril, où il y aura enfin de nouvelles demandes pour créer des costumes traditionnels en l'honneur du festival Rara. Stimuler le marché, conquérir les clients L'ACOTAG cherche à devenir plus proactive afin d'aider ses ateliers à dénicher des contrats. «Avec l'appui du Programme de coopération volontaire canadien (PCV-Haïti), on donne beaucoup plus d'importance à l'environnement dans les ateliers, mais aussi on sait maintenant comment faire le marketing», témoigne fièrement M. Philogène. «On va à la rencontre des clients et on fait beaucoup plus de contrôle de qualité », ajoute-t-elle. D'ailleurs, le coopérant Rémi Gosselin est mandaté pour accompagner ACOTAG afin d'assurer des revenus plus réguliers à ses ateliers affiliés. « Une gestion transparente et un développement de l’autonomie dans la recherche de contrats sont essentiels à une relance de l’organisation. Les chefs d’ateliers sont dans l’attente d’un redémarrage et du partage de travail entre eux », constate-t-il. Avec beaucoup d'ardeur et de conviction, l'ACOTAG fait la promotion d'une économie solidaire et sociale. D'abord par sa vision de l'entrepreneuriat, car elle valorise l'apport de tous ses petits producteurs, les chefs d'ateliers. Mais aussi par l'apport des femmes, qui constituent plus de 50% des membres de l'association. « Dans la communauté haïtienne, on a tendance à accorder plus d'importance aux hommes. Quand on fait affaire avec les femmes, on sait que l'argent va rentrer à la maison. Que les enfants en bénéficient. C'est pourquoi on donne la possibilité aux femmes de se réaliser », soutient M. Philogène. Question aux lecteurs Chers lecteurs, nous aimerions maintenant savoir: Etes-vous prêts à encourager l'économie locale, l'industrie du textile d'ici, le «Made in Haïti»?
Josianne Desjardins Collaboration spéciale – Programme de coopération volontaire canadien (PCV-Haïti) Auteur

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