L’intervention de Bukele suite au drame des militaires salvadoriens
C’est une triste habitude en Haïti, notamment à Port-au-Prince, d’apprendre sur les réseaux sociaux l’enlèvement d’un proche, ou un massacre par des bandes criminelles. Le dernier en date fut celui de Kenscoff ou plus de 160 personnes furent assassinées. Cette réalité quotidienne plonge les familles dans l’angoisse et porte gravement atteinte au bien être psychologique et à la santé mentale des haïtiens, contraints de vivre dans la peur constante de perdre un être cher.
Le dimanche 17 octobre 2026, c’était au tour des techniciens aéronautiques salvadoriens de la mission militaire de l’ONU à Croix-des-Bouquets. Dans un premier temps, des informations faisaient état d’un enlèvement. Au fil des heures, des nouvelles faisaient état d’une fusillade des gangs armés contre le véhicule des Salvadoriens qui aurait été incendié avec les occupants à bord.
Des dépouilles fortement calcinées auraient été retrouvées le samedi 24 octobre 2026. Toutefois, les autorités salvadoriennes contestent qu’elles correspondent à celles des victimes recherchées. De son cote, la Force de l’ONU estime qu’elle n’est pas en mesure de confirmer l’identité des dépouilles. Dans cette circonstance, nous exprimons toute notre sympathie au peuple salvadorien et aux familles des victimes. Les peuples salvadorien et haïtien ont subi les ravages de la violence, qui dans ses ramifications, criminelles ne connaît pas de frontières. Aujourd’hui, la sécurité constitue une aspiration du peuple haïtien. Fort de son expérience de violence, le peuple salvadorien est mieux placé pour comprendre les souffrances et les déboires du peuple haïtien.
Le président Nayib Bukele, qui a obtenu un énorme succès dans la lutte contre les gangs, semble vouloir promouvoir une approche similaire dans son intervention en Haïti. Cette intervention, aussi déterminée soit-elle, pourrait contribuer à contenir certaines manifestations de la violence en éliminant des poches criminelles. Toutefois, elle ne saurait, apporter aucune solution durable, car elle doit s’inscrire dans une stratégie globale pour démanteler les liens entre les officiels et les réseaux criminels, restaurer l’autorité de l’État, tarir les sources d’approvisionnement et réduire la dépendance internationale.
Le PM Alix Didier Fils Aime, auteur du recrutement des mercenaires de Vectus Global a permis le renouvellement d’un contrat opaque pour une somme astronomique de 52 millions USD à cette firme d’Erick Prince, incapable de produire le minimum de résultat sur la situation sécuritaire. En plus, les achats d’armes et de munitions sont émaillés de scandales de corruption selon la presse locale. Le dernier rapport des experts des Nations Unies a fait état de liens avérés entre le Gouvernement et les groupes armés qui fragilisent les institutions et renforcent les réseaux criminels. En effet, le PM tire profit du climat de violence pour prolonger son maintien au pouvoir et préparer des élections susceptibles de favoriser sa famille politique. Ce comportement semant le doute sur la crédibilité des élections contribuera plutôt à la normalisation du désordre. Les autorités détiennent toujours des informations sur la réalisation des massacres occasionnant des centaines de mort , mais sans aucun effort pour les contrer.
Après le drame, le pouvoir a démontré toutes les limites de son irresponsabilité en prenant plus de trois jours pour produire une réaction. Sans informer la Nation, le PM a préféré de se rendre au Mexique via un Jet prive au prix de 4,500 dollars l’heure pour le trésor public pendant que des troupes salvadoriennes débarquent sur le territoire sans aucun cadre légal et sans designer un intérim.
Le Président Abinader de la RD se déclare toujours prêt à fournir un appui logistique aux forces des Nations Unies avec un bilan désastreux sur la situation sécuritaire. En effet, il vient de promettre au Président Bukele son appui. Pourtant l’apport le plus important qu’il aurait dû faire, consistait à limiter l’approvisionnement des bandits en armes et munitions provenant de la RD. Le dernier rapport de l’ONU révèle que plus de 900 000 articles, principalement des munitions, ont été détournées des stocks officiels de la police dominicaine pour alimenter la violence en Haïti.
Beaucoup d’Haïtiens perçoivent que des secteurs de la RD, notamment des ultranationalistes sont animées par l’idée que leurs pays profiteraient du climat d’instabilité en Haïti. Pourtant, au regard de ses intérêts stratégiques, la RD a plus d’intérêt à une Haïti stable et prospère, et vice versa pour Haïti. Nationalisme ne rime pas nécessairement avec la négation et le rejet de l’autre. Dans ce monde globalisé, la différence est une richesse.
Malgré les grandes promesses internationales pour accompagner Haïti à surmonter cette situation de chaos, l’international rechigne à délier les cordons de la bourse. La mission kenyane fut un échec total, notamment financier et l’actuelle mission peine concrétiser les promesses financières pour ses opérations. En plus, l’international mise sur une stabilité de façade et privilégient les liens avec les architectes du chaos. Le fait que le PM a choisi de renouveler le contrat improductif des mercenaires constitue l’illustration de l’échec annoncée de l’actuelle mission de l’ONU..
L’intervention du Président Bukele ne sera qu’une goutte d’eau dans cet océan de criminalités construit et entretenu. La crise sécuritaire est indissociable des défaillances de la justice, de la corruption des élites économiques et politiques, de la criminalité transnationale, des circuits d’approvisionnement en armes et l’ingérence internationale, qui doivent être examinées avec rigueur.
