Un ballon plutôt qu’une arme : TiMondyal et le pouvoir d’offrir une alternative à la jeunesse

Et si, pour éloigner un enfant de la violence, il fallait aussi commencer par lui offrir autre chose ? Un terrain.

Un ballon plutôt qu’une arme : TiMondyal et le pouvoir d’offrir une alternative à la jeunesse

Ti Mondyal

Et si, pour éloigner un enfant de la violence, il fallait aussi commencer par lui offrir autre chose ? Un terrain. Un maillot. Une équipe. La possibilité de quitter son quartier pour rencontrer d’autres jeunes. Et surtout, quelque chose de suffisamment grand pour nourrir un rêve. À travers TiMondyal, des centaines d’enfants issus de différents quartiers ont montré qu’une alternative est possible lorsque l’on crée pour eux des espaces où ils peuvent choisir une autre voie.

À 12 ans, Steve sait déjà ce qu’il veut devenir.

« Je veux devenir un grand joueur comme Andy Pierre, Nazon ou Bellegarde. Je crois que je vais y arriver », affirme-t-il.

Steve est élève d’un établissement de village de Dieu Bicentenaire. Son quotidien est loin des conditions dans lesquelles naissent habituellement les grandes carrières sportives. Son école porte les traces d’années difficiles. Les murs sont fissurés. L’insécurité complique les déplacements et pèse sur la vie des familles.

Mais Steve a un rêve.

Et lorsqu’il parle de son avenir, il ne parle pas d’une arme.

Il parle d’un ballon.

Donner aux jeunes quelque chose à choisir

C’est peut-être l’une des leçons les plus importantes de TiMondyal.

Pendant plusieurs semaines, des centaines d’enfants issus de différentes écoles quartiers difficiles se sont retrouvés autour du football. Chaque établissement représentait un pays, transformant la compétition sportive en une expérience de rencontre, de découverte et de coexistence.

L’École Becky Dewine de Cité Soleil, représentant la Tunisie, a remporté la compétition. L’École nationale de Corail, qui défendait les couleurs de l’Arabie saoudite, s’est classée deuxième. L’École communautaire du bicentenaire, représentant la Suisse, a complété le podium.

Mais derrière le classement, TiMondyal raconte une autre victoire.

Celle d’enfants qui se rencontrent alors que leurs quartiers peuvent être séparés par la peur, les tensions et parfois la violence.

Pour Christelle, cheffe de projet à Vivario, l’une des forces de TiMondyal réside précisément dans cette capacité à réunir différentes couches sociales autour du football. Elle salue également l’appui de la Coopération suisse en Haïti, qui a contribué à rendre possible cette nouvelle édition.

Une histoire née il y a vingt ans

TiMondyal n’est pas né en 2026.

Son histoire remonte à la Coupe du monde de football de 2006, dans une Haïti qui traversait déjà une période particulièrement difficile.

À l’époque, les Casques bleus brésiliens, avec Vivario, ont crééTiMondyal dans des quartiers comme Cité Soleil, Cité Militaire et Simon Pelé.

L’idée était aussi simple que puissante : utiliser la passion du football pour créer un espace où des enfants et des jeunes provenant de quartiers différents pouvaient se rencontrer autrement.

L’ambassadeur du Brésil en Haïti, M Luis Guillerme Nascentes da Silva se souvient de cette période où des communautés confrontées aux tensions et à la violence ont malgré tout vu leurs jeunes se retrouver autour d’un ballon.

Vingt ans plus tard, en 2026, cette histoire résonne étrangement.

Les circonstances ne sont pas identiques. Mais de nombreux enfants continuent de grandir dans des territoires fragmentés par la violence et les restrictions de mouvement.

Et une fois encore, le ballon réussit à franchir certaines frontières.

Selon l’ambassadeur, cette nouvelle édition a notamment permis de réunir des jeunes issus de quartiers ayant connu des conflits entre eux. Certains ont pu quitter leur zone pour rencontrer d’autres enfants et découvrir d’autres espaces de la capitale.

Pour quelques-uns, TiMondyal a même été l’occasion de se rendre à Pétion-Ville pour la première fois de leur vie.

Quelques kilomètres seulement.

Mais lorsque la géographie d’un enfant est dessinée par l’insécurité, quelques kilomètres peuvent représenter un autre monde.

Ils ont marché pour pouvoir jouer

Le parcours de l’équipe représentant la Suisse en donne une illustration particulièrement forte.

Lors d’un match décisif des quarts de finale, les jeunes joueurs ont parcouru plusieurs kilomètres à pied pour rejoindre le terrain.

Ils auraient pu ne pas venir.

Ils ont marché.

Puis ils ont joué.

Ils ont remporté le match et poursuivi leur parcours jusqu’en demi-finale, où ils ont finalement été éliminés après une séance de tirs au but très disputée, 4-5.

Ils termineront néanmoins à la troisième position de la compétition.

Pour M. Valet, directeur de leur école, cette participation dépassait largement le résultat sportif.

« Malgré toutes les difficultés, nos enfants ont réussi à représenter dignement Martissant et Village de Dieu. Ils voulaient montrer que les jeunes sont résilients, qu’ils croient au football et qu’ils croient que ce sport peut contribuer à changer certaines choses. »

Cette marche de plusieurs kilomètres raconte peut-être mieux que n’importe quel discours ce que représente une alternative.

Ils ont marché parce qu’au bout du chemin, quelqu’un les attendait.

Il y avait un match.

Une équipe comptait sur eux.

Ils avaient un maillot à défendre.

Ils avaient un objectif.

Une alternative ne résout pas tout. Mais elle ouvre une porte.

Il serait naïf de prétendre qu’un tournoi peut, à lui seul, répondre à la violence qui affecte certains quartiers haïtiens.

TiMondyal ne remplace ni l’école, ni la protection des enfants, ni la sécurité, ni les réponses humanitaires dont les communautés ont besoin.

Mais l’expérience pose une question essentielle :

Quelles alternatives proposons-nous aux enfants avant que d’autres ne leur en proposent ?

Un enfant grandit avec ce qu’il voit autour de lui.

Lorsque ses déplacements deviennent impossibles, lorsque son école fonctionne dans des conditions précaires, lorsque les espaces où il peut s'épanouir, apprendre, jouer et se projeter disparaissent progressivement, son horizon se rétrécit.

Créer une alternative, c’est ouvrir cet horizon.

C’est permettre à un enfant de découvrir qu’il existe quelque chose au-delà des frontières de son quartier.

C’est lui donner un rendez-vous le samedi.

Une équipe qui l’attend.

Des règles à respecter.

Un adversaire qui n’est pas un ennemi.

Une victoire à célébrer.

Une défaite après laquelle il faudra se relever.

Et surtout, une raison de rêver.

Un appui exceptionnel pour une initiative particulière

Pour la Coopération suisse en Haïti, l’appui à TiMondyal revêtait un caractère particulier.

Dans un contexte humanitaire où les enfants et les jeunes sont parmi les premiers affectés par la violence, les déplacements et la fragmentation des communautés, l’initiative a retenu l’attention par sa capacité à créer des espaces positifs et à rapprocher des jeunes issus de réalités différentes.

Pour Nina Astfalck, cheffe de la Coopération suisse en Haïti, les résultats observés au terme de l’initiative confortent la pertinence de cet appui.
« Nous sommes ravis de voir l’impact qu’a eu TiMondyal auprès des enfants et des communautés participantes. Dans un contexte aussi difficile, voir des jeunes se rencontrer, créer des liens, dépasser certaines barrières et continuer à rêver est particulièrement encourageant. C’est une initiative de promotion de la paix. C’est précisément ce qui nous a convaincus d’appuyer cette initiative. »

Au-delà des résultats sportifs, ce sont donc les rencontres créées, les barrières franchies et les perspectives ouvertes qui donnent à l’expérience toute sa portée.

Et si l’alternative faisait partie de la réponse ?

L’histoire de TiMondyal relie désormais deux générations.

En 2006, dans une période difficile, des Casques bleus brésiliens et Vivario avaient choisi le football pour rapprocher des jeunes de quartiers marqués par les tensions.

En 2026, vingt ans plus tard, des enfants de quartiers encore affectés par la violence ont de nouveau quitté leurs zones, traversé des frontières invisibles et joué ensemble.

Certains ont découvert Pétion-Ville.

D’autres ont découvert des enfants qu’ils n’auraient probablement jamais rencontrés.

Steve, lui, a peut-être découvert quelque chose d’encore plus important : une possibilité.

Cela ne signifie pas que chaque enfant qui reçoit un ballon deviendra footballeur professionnel.

Ce n’est pas la promesse.

La promesse est plus simple : lui permettre de savoir qu’une autre trajectoire existe.

C’est pourquoi l’expérience de TiMondyal mérite aussi d’interpeller les institutions publiques, les organisations internationales, les acteurs humanitaires, le secteur privé et tous ceux qui travaillent auprès de la jeunesse.

Parce que protéger un enfant, ce n’est pas seulement l’éloigner du danger.

C’est aussi lui donner quelque chose vers quoi aller.

Un terrain.

Une école.

Une équipe.

Un rêve.

À 12 ans, Steve sait déjà ce qu’il aimerait devenir.

Il rêve de football.

Il rêve d’un avenir où les enfants peuvent aller à l’école sans craindre la violence.

Et lorsqu’il regarde ses mains, il sait déjà ce qu’il veut y tenir.

Pas un calibre.

Un ballon.