L’État, et si Haïti est frappée d’un tremblement de terre majeur ?

Et si, demain, Haïti était frappée par un tremblement de terre majeur ? Question inutile ? Certainement pas.

Par Anson DACIUS
27 août 2026 — Lecture : 3 min.
L’État, et si Haïti est frappée d’un tremblement de terre majeur ?

Décombres du Palais National en 2011

Et si, demain, Haïti était frappée par un tremblement de terre majeur ? Question inutile ? Certainement pas.

La terre n’a pas besoin d’attendre que nous terminions nos élections, que la sécurité soit rétablie ou que nos institutions retrouvent enfin leur fonctionnement normal. Elle peut trembler quand elle veut. Et lorsqu’elle tremblera, elle ne demandera pas à l'État si son agenda était suffisamment chargé.

Ces derniers temps, plusieurs pays ont été frappés par des séismes. Nous regardons les images, nous compatissons, nous partageons quelques publications sur les réseaux sociaux et, généralement, nous passons à autre chose. Mais Haïti, elle, devrait avoir une raison de ne pas passer à autre chose. Car, nous avons déjà vécu le 12 janvier 2010. Mais, seize ans après, qu’avons-nous fait pour que la prochaine catastrophe ne ressemble pas à la précédente ? Avons-nous appris ? Ou avons-nous simplement attendu que le temps fasse disparaître le traumatisme ?

Parce que les constructions anarchiques sont toujours là. Les bâtiments mal construits sont toujours là. Les constructions sans contrôle sérieux sont toujours là. Alors, qui contrôle réellement ce qui se construit en Haïti ? Et, lorsqu’un bâtiment est construit sans respecter les normes, qui vient frapper à la porte du propriétaire pour lui dire : « Monsieur, votre bâtiment risque de tuer des gens » ? Existe-t-il seulement un mécanisme efficace pour le faire ? Ou attendons-nous simplement que le bâtiment s’effondre pour produire ensuite un rapport, organiser une conférence de presse et promettre que « des dispositions seront prises » ?

Supposons que la terre tremble demain. Où allons-nous soigner les blessés ? Nous irons en République dominicaine ? Très bien. Mais comment ? Avec quelles ambulances ? Par quelles routes ? Et ces routes, qui les contrôle aujourd’hui ? L’État ? Faudra-t-il négocier avec les gangs pour permettre aux ambulances de passer ? Faudra-t-il demander un «  laisser-passer » pour secourir les victimes dans les foyers des gangs ?

Mais nous avons peut-être une solution. L'hélicoptère. Après tout, lorsqu’on abandonne les routes, on peut toujours prendre les airs. Mais combien d'Haïtiens auront droit à cet hélicoptère ? Tous les blessés ? Les enfants ? Les habitants des quartiers populaires ? Les personnes âgées ? Les travailleurs ordinaires ? Ou seulement ceux qui connaissent quelqu’un qui connait quelqu’un ?

Passons-y. Il y aura certainement une solution qui fait partie de notre politique publique. Nous demanderons de l’aide. Encore. Mais combien de fois encore allons-nous confondre solidarité internationale et politique nationale de prévention ? Faut-il attendre « le Blanc » pour venir nous apprendre à secourir nos propres citoyens ?

Certes, certains citoyens pourraient se dire qu’ils n’ont pas vraiment besoin d’attendre grand-chose de l’État puisqu’ils ont les moyens de voyager et par conséquent, peuvent toujours aller chercher ailleurs ce qu’ils ne trouvent pas ici. Et puis, qui sait ? Peut-être que le prochain tremblement de terre nous donnera encore une raison de partir. Mais partir pour aller où ? Et surtout, dans quelles conditions ?

Certains Haïtiens vivent à l’étranger avec des procédures migratoires qui les soumettent à une surveillance électronique, avec un appareil à la cheville pour suivre leurs déplacements. Cela fait réfléchir. Nous avons connu les chaînes aux pieds dans notre histoire. Aujourd’hui, évidemment, ce n’est pas la même chose, et il serait absurde de mettre les deux réalités sur le même plan. Mais l’image reste difficile à ne pas regarder.

Pendant ce temps, chez nous, nous continuons à construire, à laisser construire et à attendre. Mais, si la terre tremble demain, il n’y aura pas de frontière à franchir pour tout le monde. Il n’y aura pas d’avion pour chacun. Il n’y aura pas d'hélicoptère pour chaque blessé. Mais, il y aura simplement des Haïtiens, ici, qui auront besoin de leur État. Donc, l’État, et si demain la terre tremble comme en 2010 ?