Haïti est-elle prête à organiser des élections après dix ans ?

Le lundi 27 juillet 2026, le Conseil électoral provisoire (CEP), l'institution chargée d'organiser les élections en Haïti, a publié le calendrier électoral en vue des prochains scrutins.

Emmanuel Sainsilien
30 juil. 2026 — Lecture : 3 min.
Haïti est-elle prête à organiser des élections après dix ans ?

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Le lundi 27 juillet 2026, le Conseil électoral provisoire (CEP), l'institution chargée d'organiser les élections en Haïti, a publié le calendrier électoral en vue des prochains scrutins.

Selon ce document, le premier tour de l'élection présidentielle, des législatives ainsi que le référendum constitutionnel sont fixés au 13 décembre 2026. Un éventuel second tour est prévu à partir du 21 février 2027.

Avec la publication de ce calendrier, le CEP lance officiellement le processus électoral. Plusieurs étapes préparatoires sont prévues avant les scrutins, notamment les campagnes d'information et d'éducation civique, la formation des membres des bureaux de vote, l'inscription des candidats, l'accréditation des observateurs électoraux et des représentants des partis politiques, ainsi que la campagne électorale.

La publication de ce calendrier constitue une étape importante dans la relance du processus démocratique en Haïti. Toutefois, une question fondamentale demeure : les conditions sécuritaires permettront-elles réellement de respecter ces échéances ?

Haïti n'a pas organisé d'élections depuis près de dix ans. Le dernier scrutin remonte à 2016, lorsque les Haïtiens avaient élu Jovenel Moïse à la présidence de la République. Depuis, le pays n'a plus connu de dirigeant élu conformément à la Constitution. L'assassinat du président Jovenel Moïse a laissé un vide institutionnel qui n'a toujours pas été comblé. Le Parlement est devenu caduc et les institutions démocratiques continuent de s'affaiblir.

Le pouvoir est aujourd'hui partagé entre les autorités de transition et les acteurs de la communauté internationale. Malgré leur mission d'organiser des élections pour rétablir l'ordre constitutionnel, les dirigeants successifs de la transition n'ont pas réussi à atteindre cet objectif.

Cette impasse s'explique en grande partie par la profonde crise sécuritaire qui secoue le pays. L'assassinat du chef de l'État a aggravé une situation déjà fragile. Les groupes armés ont étendu leur emprise sur de vastes territoires, multipliant les attaques, les pillages, les incendies et les déplacements forcés de milliers de familles.

Les principaux axes routiers sont régulièrement bloqués, plusieurs quartiers densément peuplés demeurent inaccessibles et une grande partie de la capitale échappe toujours au contrôle de l'État. Cette insécurité chronique alimente une grave crise humanitaire qui touche des centaines de milliers d'Haïtiens.

Dans ces conditions, une interrogation s'impose : comment organiser des élections crédibles, inclusives et transparentes dans un pays où une partie importante de la population ne peut circuler librement ni participer sereinement à la vie politique ?

Comment garantir le droit de vote lorsque de nombreux citoyens vivent sous la menace permanente des groupes armés ? Comment les candidats pourront-ils parcourir le territoire, organiser des rassemblements et présenter leurs programmes dans des zones largement contrôlées par les gangs ?

Le calendrier électoral représente sans doute un signal d'espoir pour le retour à l'ordre constitutionnel. Mais un calendrier, à lui seul, ne suffit pas à garantir la tenue d'élections. Sans amélioration significative de la sécurité et sans rétablissement de l'autorité de l'État sur l'ensemble du territoire, le risque demeure que ces échéances ne puissent être respectées.

La véritable question n'est donc plus seulement de savoir quand les Haïtiens voteront, mais dans quelles conditions ils pourront exercer librement leur droit de choisir leurs dirigeants.