La rationalité de chaos : Haïti face à une conjoncturelle permanente

La situation haïtienne actuelle de désenchantement n’a rien de surprenant.

Shiller Joseph Bibliothécaire et Travailleur Social
03 juil. 2026 — Lecture : 21 min.
La rationalité de chaos : Haïti face à une conjoncturelle permanente

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La situation haïtienne actuelle de désenchantement n’a rien de surprenant. Ce n’est donc pas un « tout nouveau tout beau » de l’histoire d’Haïti, tel que nous dit le vieil adage. On est comme plongé dans une série à répétition. Une histoire nationale jalonnée de crises conjoncturelles, les unes plus aigües que d’autres. Certaines plus sanglantes, plus déstabilisantes que d’autres, c’est en tout cas, une nation dont l’histoire semble enracinée dans une logique de troubles quasi-indépassables. Il nous importe de nous questionner sur le fondement philosophique d’une telle praxis ? En effet, on doit s’interroger sur le fondement de cette tendance à la permanence des crises en Haïti ? Et d’essayer de voir plus causalement ce que sont leurs rapports à l’histoire au présent de cette nation ? Nous ne chercherons dans cette réflexion qu’à mettre en lumière le rapport de l’état de chaos observé à travers chaque moment de crise conjoncturelle à une logique de laisser faire, stratégiquement adoptée, ce qu’il nous reviendra de prouver bien sûr dans cette démarche, apparemment, pour mener la destinée de la nation. Cette réflexion fera le panorama des crises haïtiennes dans une perspective méthodologique centrée sur la recherche des aléas théoriques pouvant aider à une compréhension du phénomène Historico-Politique en ces quatre points qui suivront. Nous tenterons d’expliciter en tout premier lieu le principe de la rationalité de l’action, en second lieu, la crise conjoncturelle permanente en Haïti, en troisième lieu la logique de chaos, et en quatrième lieu, pour finir, la voie de sortie. Ce ne sera qu’une proposition de compréhension de la situation de la permanence des crises politico-sociales étendues sur toute l’histoire du pays et dont la tendance montre que l’avenir n’en sera pas autrement si les acteurs du présent poursuivent la voie tracée par nos prédécesseurs. Allons dans les faits et de manière plus approfondie.

Le principe de la Rationalité de l’action

Dans le petit Larousse illustrée 2000, on entend par rationalité le caractère de ce qui est rationnel. Ceci nous laisse supposer que l’action humaine obéit à une raison. En ce sens, nous faisons appel à un principe en Sociologie qu’on intitule pour ainsi reprendre les sociologues le paradigme de l’individualisme méthodologique. Justement en parlant de rationalité et/ ou d’intentionnalité, la démarche d’individualisme méthodologique fait directement référence à la théorie de l’agent économique. On suppose que l’individu agit rationnellement c’est-à-dire qu’il opère des choix et utilise au mieux « les ressources dont il dispose ». Dans cette acception, la rationalité désigne des actions qui déterminent des moyens en vue d’atteindre une ou des fins. Nous nous inspirons de cette démarche, car elle semble mettre en lumière l’aspect rationnel de l’action des acteurs politiques, à travers toute l’histoire d’Haïti, à la recherche d’une fin. Nous laisserons à la morale de sanctionner ou de juger. Pour nous ce qui parait nécessaire et qui nous intéresse plus notoirement c’est le rapport des actions à une logique de continuité dans la recherche de quelque chose, dira-t-on plus méthodologiquement, la recherche d’une fin. Nous ferons une loupe sur les actions, les moyens et stratégies de recours pour essayer à travers cette méthode de dégager cette fin. Nous recherchons donc, ce vers quoi tendent ces actions. On prendra en compte les faits d’aujourd’hui. Nous voulons surtout mettre accent sur les évènements de ces temps actuels, le temps présent, de cette conjoncture marquée par cette apparente guérilla urbaine, à Port au Prince. Il en sera cas des chefs de gangs, à qui on tente de responsabiliser, par leurs actions, dans la recherche d’une fin sans prétendre faire comprendre ou dire que cette fin est là leurs précisément, ou qu’ils en sont forcément aussi les principaux auteurs intellectuels. 

Dans un champ eu égard à la réalité d’Haïti d’aujourd’hui, nous postulons que la logique de troubles-faits poursuivie à travers l’action coordonnée des chefs de gangs soit motivée par une recherche de chaos dans le pays. Il ne serait pas de trop de se demander dans quelle intention ? C’est-à-dire vers quelle fin, encore, tend tout ceci ? Ils sont intentionnellement à la recherche du chaos et affiche même une volonté, on pourrait tout aussi bien parler de foi, de rependre ceci à travers tout le pays. Ce qui nous laisse en toute hypothèse à entrevoir que ces derniers recherchent à instaurer le chaos comme mode d’opération ou de gestion tout court en vue de satisfaire des intentions claires et avouées que nous nous devons de prendre le temps d’analyser pour l’histoire et pour la vérité. Le chaos est un moyen d’arriver à une fin qu’il nous impose de déterminer….

La situation actuelle attribue à certains acteurs, en particuliers les chefs de gangs, puisque ceux sont eux-mêmes qui revendiquent leurs actions, une posture d’agir avec une raison, bien sur leur raison, autrement dit, ils agissent dans le souci d’aboutir à des objectifs et/ ou une finalité pour laquelle ils se dotent les moyens d’action. Si nous peinons à voir clairement la finalité, il n’en demeure pas moins vrai, que le mode opératoire nous ramène à voir dans les actions coordonnées une volonté de destruction et de déstabilisation qui ne semblent non seulement pas nouvelles mais réécrivent des pages d’histoire dans une logique de continuité. Une logique dite de chaos, sinon de dire une rationalité de chaos. Faisons un peu d’histoire des crises en Haïti pour en dégager la confirmation.

La Crise conjoncturelle permanente en Haïti

Haïti reste un pays très vulnérable. C’est une nation née dans des crises, et dont l’histoire se trouve jalonnée de crises répétitives ou en série. Les unes plus profondes et plus durables que les autres, bien entendu. La notion de crise que nous évoquons ici en ferait appel à tout un appareillage de données théoriques, mais permettez qu’on ne s’y attarde pas. S’il fallait entre autres nous en tenir à un type typologique de crises, celle qui retiendrait ici le plus notre considération serait la crise conjoncturelle. Il s’agit en effet d’une période courte de la vie d’une société ponctuée par des circonstances, des troubles, où les bases et même le fondement des institutions sont dans une certaine mesure remise en question. D’ailleurs, historiquement, en Haïti les crises conjoncturelles rentrent dans la genese même de l’Etat. Nous ferons ici économie des crises issues de la période antérieure à 1804. En 1806, l’empereur, le père fondateur de la nation est assassiné. Ceci plonge le pays dans un bouleversement majeur du système étatique. On connait bien le dénouement. La nation est divisée en deux Etats, ce que nos historiens haïtiens se mettent d’accord pour designer la scission du pays. La vanne est ouverte depuis et l’histoire ne s’est pas arrêtée à cette seule tragique illustration. Tout le long XIXe siècle a été le spectacle de crises de conjonctures. Ce triste constat n’a malheureusement en aucun cas tourné la roue, c’est-à-dire changé de face au XXe siècle. L’Occupation américaine du début de ce centenaire, en 1915, nous retient l’attention et en dit long. Et telle une marque de la vie de la politique chez nous, le XXIe siècle ne s’écartera pas de cette dite logique. Peut-être on ferait plus de prudence de dire pourrait ne pas s’écarter. C’est dans un sens plus pratique, car il reste encore du temps, soit trois quarts de siècles encore si cela nous tenterait de rompre à la routine des crises. La routine de crises conjoncturelles qu’on préfère designer par la Rationalité de chaos. Force est de constater que les deux premières décennies du siècle présent corroborent la notion ici évoquée de la permanence des crises conjoncturelles ou Rationalité de Chaos. Quand on n’apprend pas de notre histoire, on est condamnée à la revivre aussi néfaste soit elle. Outre d’autres cas d’assassinats de chefs d’Etat dont Le feu Excellence Cincinnatus Leconte, Excellence Vilbrun Guillaume Sam, Excellence Sylvain Salnave…, nous nous ramenons donc au cas le plus récent qui consiste en l’assassinat du feu président Jovenel Moise. Celui-ci s’ajoute à la liste tout en perpétuant la tradition, et conforte une pratique qui s’érige, comme nous nous préposons à le justifier, en une rationalité d’action. On pourra toujours questionner les enjeux géopolitiques, le contexte international mais n’en déplaise à ces prétextes on ne fera pas fie du contexte socio historique qui demeure Haïtien et qui tend même à s’évertuer comme un Habitus pour reprendre un concept cher au sociologue Français Mr Pierre Bourdieu, dont le recours pour Haïti trouve une grande fréquence chez notre éminent professeur et scientifique en communication Mr Hérold Toussaint.

Par Habitus le sociologue entend « comme le mot le dit, c’est ce que l’on a acquis, mais qui s’est incarné de façon durable dans le corps sous forme de dispositions permanentes. La notion rappelle donc de façon constante qu’elle se réfère à quelque chose d’historique, qui est liée à l’histoire individuelle, et qu’elle s’inscrit dans un mode de pensée génétique, par opposition à des modes de pensée essentialistes. » Il poursuit « Par ailleurs, la scolastique mettait aussi sous le nom d’habitus quelque chose comme une propriété, un capital ». Nous pouvons en nous référant au sociologue philosophe Bourdieu dire que certaines pratiques en sont devenues donc une sorte de capital dans la manière d’agir de l’Haïtien, surtout en ce qui se rapporte à ce que nous débâtons ici, à savoir la violence dans sa forme la plus plausible c’est-à-dire la forme physique. Nous nous amenons ici à dire qu’on a acquis la manière de de terminer les vies de nos hommes d’Etat…Un habitus d’exécuter, d’assassiner, de terminer la vie de ceux-là qui servent la patrie à la première magistrature, et des fois même des prétendants en sortent victimes. Les conséquences de ces actes, on ne peut les laisser sous silence, sont profondément désastreuses. Ces faits se répètent et se multiplient à peu près dans les mêmes termes. Autrement dit, nous nous enfonçons dans une sorte de continuité d’action, même aveuglement, dans la gestion de troubles, de catastrophes, aussi et surtout de luttes perpétuelles pour le Pouvoir. Le professeur Michel Hector a fait en ce sens une étude sur les crises et les mouvements populaires en Haïti où il nous enseigne méthodologiquement sur la réalité du pays constituée par les principales mobilisations populaires survenues au cours de l’histoire des deux centenaires, à savoir le XIXe et le XXe….Nous postulons par la force des conjonctures antécédentes et actuelles que le XXIe siècle annonce déjà les pas de maintien. Sur les deux centenaires déjà connus, la liste de crises est longue. Les crises, dites conjoncturelles, trouvent leurs expressions dans quasiment chaque joute pour élire un nouveau pouvoir. Certes on pourra faire exception du long règne des Duvalier, mais c’est se démarquer de la logique de perturbations et de contestations ou de mouvements anti-régime. L’histoire des évènements qui ont abouti à 1986 nous en fait des récits confirmatifs.

La logique de chaos 

La logique de chaos nous autorise à rassembler dans un cadre de continuité un ensemble de faits du passé et aussi du présent se souscrivant dans le contexte socio-historique de chez nous. Les faits de deux siècles qui ont été étudiés, analysés par différents auteurs et qui nous méritent de nous en tenir au fait que l’histoire de ce pays reste donc tributaire d’une série d’affrontements dans la perspective, malheureusement purement et simplement, de prendre le contrôle de l’appareil d’Etat. Voir comme déjà cité l’ouvrage intitulé « Crises et Mouvements Populaires en Haïti » du professeur Michel Hector.

Néanmoins, nos considérations feront plutôt cas des faits les plus récents, et qui étrangement, paraissent s’aligner dans la même méthodologie de gestion des crises conjoncturelles ici chez nous.

En 1915, pour mettre fin à une longue période de turbulences politiques ayant conduit le pays à un autre clivage politique entre cacos et piquets, on a assisté à une occupation du pays par les Américains. Le professeur Suzy Castor en fait l’histoire dans son fameux ouvrage intitulé « L’Occupation Américaine de 1915 ». Le professeur Gaillard analyse tous les évènements et sur une plus longue période pour ceux-là qui s’y intéresseraient « La République Exterminatrice » en est le titre. C’est un vrai éventail d’histoire de la période pré-occupation de 1915 jusqu’à sa fin et de la période qui s’en est suivie. Cet auteur est un grand nom dans l’histoire des récits qui permettraient de comprendre notre référence à ladite logique de chaos. Bref ! Cette occupation américaine survint, alors qu’on venait, disons approximativement plus d’une décennie plus tard, de célébrer le centenaire de l’indépendance du pays. Et comme pour reprendre notre propos, notre histoire ne s’en lasse pas des crises. L’histoire de troubles et de turpitudes se poursuit. Le premier fait que nous évoquerons ici est le retour des blancs sur le sol, en 1994. Les blancs ont encore débarqué pour reformuler un sous-titre de la « République Exterminatrice » de l’historien Roger Gaillard. Cette fois ils débarquaient pour ramener au pouvoir un président déchu par un coup d’Etat militaire en 1991. Nul besoin de vous rappeler qu’il s’agit du légendaire et charismatique prêtre président, alors démocratiquement élu, excellence Jean Bertrand Aristide. Les violences qui se sont enchaînées de la période d’après cette gifle historique que les militaires et les proches du régime appelaient de « correction démocratique », augurait un cynisme politique qu’on pourrait éviter mais donnant libre cours à la répétition tumultueuse ou du chaos. Justement c’est par l’opération « Support to Democracy » que 20.000 marines ont restitué au pouvoir, en 1994, le président Jean Bertrand Aristide. Comme si cela n’avait pas été suffisamment injurieux ou indigne, les acteurs n’en ont tiré pas de leçon, du moins le destin tragique de cette nation l’enlise dans une éternité anarchisante, arbitraire et surtout sanguinaire. On aura donc connu avec ce débarquement, le deuxième dans le même centenaire. Le premier au tout début et le second nous pouvons dire pratiquement à la fin du siècle. On notera que les motifs n’ont pas trop connu de changement. N’est-ce pas une logique d’agir quelque chose qui se répète pratiquement dans les mêmes conditions ? 

 En 2004, on fête le bicentenaire de l’indépendance dans une escalade de violences à la faveur d’une rébellion armée contre le même président Jean Bertrand Aristide qui, encore une fois, devrait faire des adieux au pouvoir dans des circonstances en tout cas pas assez élucidées, donc toujours troublantes. Ceci aura eu pour conséquence, une nouvelle fois, de plonger le pays, encore, dans une crise d’Etat découlant du vide présidentiel. L’ère des consensus s’ouvre.

Des rapprochements de partis ont permis d’éviter la décente aux enfers. Cette dite stratégie, peut-être une fin recherchée à l’époque, accoucha une formule de concorde à l’effet de gérer ce nouveau vide présidentiel. Ladite conjoncture aura abouti à l’organisation d’élections générales dans le pays qui auront permis au président René Garcia Préval de retourner au pouvoir en 2006 briguant ainsi son deuxième mandat l’habilitant ainsi à gérer une deuxième fois les destinées de la nation. Ce qu’il faut rappeler est que pour arriver à cette relative stabilité, on a dû concéder encore une fois la souveraineté du pays à une autre opération militaire de stabilité par des forces étrangères. Une énième fois, dans ce cas sous le label des Nations Unies, emmené par le géant Sud-Américain en l’occurrence le Brésil, la nation s’agenouille. Permettez que je ne parle pas d’ingérence. Les mêmes causes nous apprend l’histoire produisent les mêmes effets. Ce déterminisme historique cadre bien à notre réalité.

 Un premier fait qu’il nous impose ici de relever est que depuis le retour au pouvoir du président Aristide, suite au coup d’état de 1991, c’est par la négociation ou tout au moins par une formule de consensus qu’il faut organiser des élections dans le pays. Même quand la constitution trace les voies et moyens d’élire les hommes d’Etat, et même de monter un gouvernement, c’est encore et toujours par des négociations qu’il faut y procéder. Il faut toujours des procédés qui imposent aux normes des normes de contour. Dans le cas contraire les troubles faits dicteront la loi de l’arbitraire des rues. De l’arbitraire des rues dites encore à tort, « irruption des masses populaires sur la scène politique », ou forme de vandalisme d’état, on est passé à la loi chimérique des gangs. Et c’est de là qu’est née toute la logique de chaos que nous essayons de décrire ici. Certainement, un certain sens de l’équilibre nous ordonne de signaler le rapport de cette rationalité de l’agir politique chez nous à la longue et permanente tradition d’impunité, d’injustice, d’écart aux droits, et j’en passe. Les partis politiques se sont donc donné une manière de procéder pour porter l’establishment à négocier, et pour y parvenir dans cette logique de marchandage politique, les gangs sont devenus des instruments de luxe, ou de premier recours. Autrement dit, la rationalité de chaos nous plonge dans une sorte de procédure, toujours irrégulière, qui consiste à agir politiquement en dehors des lois, en dehors des institutions, en dehors des principes et des valeurs. Une logique de valeurs contraires aux valeurs suprêmes. En d’autres termes, contrairement à toute idée laisser faire ou de tabula rasa par conjoncture ou par hasard, la pratique acceptée de tous dans la cour du politique a accouché une philosophie de destruction en apparence alors que dans le fond ceci vise à conduire le pays à une forme de gestion qui limite la démocratie tout en restreignant les masses à ne pas prendre leur destin en main. Il s’agit en d’autres termes d’une approche ploutocratique reposant sur le recours au chaos, que je baptise plutôt méthodologiquement sous la dénomination de Rationalité de Chaos. Les faits devront aller dans cette explication du phénomène de « Gangocratie ». Je crois bon ici de dissiper dans cette Rationalité de Chaos tout idéal de luttes de classes. Je cite ici le professeur Herlyne Joseph qui semble bien résumer la situation actuelle dans une sorte de « Gangocratie » dit-elle. Certainement, il faut entrevoir que dans cette Rationalité de Chaos les jeux plongent dans une neutralité passive les vrais acteurs des classes en ce sens qu’ils sont sinon contraints dans l’incapacité du moins ils jouent eux-mêmes une sorte de double jeu pour ne pas se prononcer directement.

Il nous sera nécessaire de faire le point sur un fait de cohésion politique, ultérieure cette fois ci de l’ère des Duvalier. Depuis cette longue ère de pouvoir taxé d’ailleurs de Dictature, après 1986 à aujourd’hui, la république d’Haïti n’a connu que deux termes achevés de pouvoir qui vous allez vous en rendre compte n’ont été que ceux du feu Président Préval. Il est dans cette période d’après 1986 le seul à avoir pu briguer entièrement deux mandats constitutionnellement. Après quoi, aucun n’a abouti selon la durée établie par la loi mère c.-à-d. la constitution. Les deux mandats de l’excellence Mr Aristide n’ont pas abouti, le mandat de l’excellence Mr Martelly n’a pas abouti totalement, c’est-à-dire la durée constitutionnelle. Ce dernier a dû faire une concession, d’ailleurs ce n’est même pas lui-même qui a eu à organiser les élections ayant conduit à l’élection de son successeur, encore moins qu’il ait pu passer l’écharpe au nouvel élu. Nous savons ce qui s’est passé en termes de troubles et de négociations avant l’élection d’un président à la tête de la république. C’est le président de l’assemblée Nationale en l’occurrence le président Jocelerme Privert qui devenu président provisoire a eu ce privilège encore dans les conditions que nous savons mais qui a pu boucler le processus devant conduire à l’élection d’un successeur élu à l’ancien président Martelly. Et on sait que ceci aura vu la prise de fonction du président Jovenel Moise. Celui, le dernier en date à nos jours, du feu président Moise n’a encore plus dramatiquement pas abouti à son terme. Et on sait dans quelle condition Mr Moise a dû laisser sa peau au pouvoir. Et on voit aussi ne serait-ce que dans cette logique de créer l’instabilité pour en faire un mode de gestion de l’Etat, il en revient un fait notoire, depuis la mort du président tout ce qui doit composer la structure administrative de la république doit sortir d’un mode consensuel faisant court-circuit aux normes républicaines de prise de pouvoir. Ce n’est donc pas moi-même qui forge la philosophie de rationalité de Chaos. Les faits montrent que ceci obéit à une éthique politique propre, on dirait même essentiellement Haïtienne. Le dernier fait que nous évoquerons ici c’est le fait de l’usurpation du titre présidentiel jusqu’à l’aboutissement de la formule de CPT. Le premier cas d’usurpation du titre de président a été tenté avec maitre Gérard Gourgue qui devrait prendre la charge d’un gouvernement parallèle à celui de Mr Aristide dans les évènements qui ont précède la chute de ce dernier en 2004. Le deuxième du même genre a été tente plus récemment dans les évènements subversifs ayant conduit à l’assassinat du président Jovenel Moise. L’opposition pour affaiblir l’autorité constitutionnelle avait monté une structure parallèle avec le Juge Mecene Jean-Louis. Il nous importe ici de faire voir la stratégie. Certes il se réserve dans l’acte un jugement moral, mais ce n’est pas nécessairement notre préoccupation dans cette démarche.

En résumé, nous pouvons marquer cette situation de chaos par des évènements qui se répètent et se succèdent dans l’histoire du pays. On mettra l’accent sur quelques-uns notamment au cours de la période de la fin du XXe siècle allant au premier quart du XXIe. Permettez de relever ces faits incontournables. 

Les soulèvements dits populaires ayant forme de déstabilisation de l’autorité de l’Etat.

Les violences dirigées contre les masses populaires.

Les abus de pouvoirs sous forme d’atteintes aux libertés individuelles et/ ou collectives.

Les attaques contre les biens et les propriétés privées.

Les détériorations des conditions de vie des couches les plus pauvres.

Les dérogations aux normes juridiques.

Les nuisances de pollutions sur les voies publiques..

Les destructions et pillages des biens publics et/ou privées.

Les déviances des institutions par rapport aux missions.

Les massacres perpétrés dans les quartiers les plus vulnérables.

Les troubles Electorales attentatoires au maintien de la stabilité des institutions républicaines.

Les interventions militaires étrangères.

Nous ne pouvons pas omettre la permanence de ces faits que nous venons de relever dans la vie de la nation au cours de cette longue période d’histoire, soit durant près de trois décennies. Ce sont donc ces faits qui nous portent à la conclusion qu’un état de chaos permanent s’est installé dans notre vécu au point de le considérer comme nous l’avons résumé un peu avec justesse dans une logique de Chaos. Faut-il par souci d’objectivité et de respect pour la vérité porter la clarification sur ce découpage temporel. La période ici choisie nous donne une approche plutôt contextuelle, une sorte de lecture du présent proche. Mais cela ne dérangera pas notre démarche de porter cette analyse sur une autre tranche d’histoire plus antérieure. Et les mêmes faits reviendront sans trop d’écart, sans trop de démarcation. L’histoire de cette nation est donc nous sommes en droit de soulever la polémique est une histoire de troubles. Cet état de chaos nous amène au constat, tout au moins à une tentative d’explication du sous-développement endémique du pays. Malheureusement, le soin de gérer ou de patauger dans les crises ne nous a pas permis au cours de ces trente dernières années de penser stabilité, encore moins de voir le développement comme une alternative.

La voie de sortie 

On dit souvent que les crises sont porteuses d’opportunités. D’un côté elles mettent à nue certains enjeux, certaines contradictions. De l’autre, elles donnent l’occasion de les surpasser. Nous n’allons pas nous contredire ici en assumant un fond idéologique à quelque chose qui apparemment échappe à la logique classique. Haïti est un cas à considérer dans ses particularités. Les crises conjoncturelles permanentes dans lesquelles s’enlisent notre nation ne fait pas référence aux normes classiques sur la méthodologie des crises. Toutefois, elles s’élèvent et comme nous le supposons font apparaitre une rationalité qui nous apprend sur ce vers quoi elles pourront tendre en termes d’objectifs poursuivis et/ou même comme finalité.

Les crises expriment ici un dysfonctionnement. Elles indexent dans la société une fin de non congruence à un projet inavoué par l’aveuglement du chaos perpétuel d’écarter, d’exclure. En d’autres termes, s’il y a une chose que ces dernières, en parlant des crises à proprement parler, exacerbe, font apparaitre en tant que finalité c’est la mise à l’écart de la masse et/ ou les masses du mode de l’organisation sociale. Les masses en réaction ne font histoire qu’en étant un rejet, qu’en tant qu’un collectif de rejets. Malheureusement, les consensus, à force d’être à la base illégitime, ne consolide pas les tentatives de rupture au statu quo. 

Le projet inavoué d’exclure ici évoqué prend un double sens. D’abord il adopte un sens plus significatif ou du moins plus palpable en faisant référence à l’exclusion des masses. Il y a aussi le sens, et ceci importe tout aussi que l’autre, qui postule l’exclusion des élites et/ ou les riches. Nous sommes donc dans un contexte socio historique d’intolérance réciproque. Cet état d’intolérance réciproque aura survécu durant toute l’histoire du pays. Ceci semble, à ne pas s’en douter, la cause prépondérante de cette permanence des crises conjoncturelles. Elles peuvent prendre des formes plurielles, tantôt politiques, tantôt économiques, tantôt sociales et ou culturo-épidermiques. De toute évidence, peu importe la forme conjoncturelle apparente au présent, il n’en demeure pas moins vrai que cet état de fait aura eu toujours raison de la paix nécessaire à engager le pays sur les sentiers de la stabilité et du développement. Haïti parait en toute évidence être une terre de feu. Son histoire rime poétiquement à la violence et à la destruction. S’en sortir revient donc à se dépasser de ce pragmatisme extrémiste et déstabilisant. Pour se faire nous postulerons ici trois voies à prendre. Premièrement la voie de bâtir des institutions conséquentes et adaptées aux défis de ce pragmatisme extrémiste constaté. Deuxièmement, la voie de l’éducation et de la science, il faut que nous arrivions à mettre un système d’enseignement et de recherche qui cadre à notre histoire et nos ambitions. Enfin, troisièmement, la voie de du respect et de la préservation de ce que nous appelons ici la mosaïque culturelle que nous pouvons designer autrement par la culturo-diversité ceci lui aussi conséquent de notre histoire de peuple. L’adoption de ces trois voies n’aura pas pour effet immédiat de résoudre les centenaires de désenchantement d’une nation issue du système colonial le plus féroce de l’histoire, mais elle aura le mérite de nous embarquer dans une nécessaire renaissance imprégnée de notre rang scellée par l’histoire en tant que première nation nègre indépendante et libre du monde, certainement et dignement conquis à la faveur d’une histoire de feu et de sang dont l’histoire moderne nous impose de nous en défaire de toutes pratiques rétrograde hors contexte. 

L’intolérance réciproque aura fait son chemin durant toute l’histoire du pays. Et c’est à ne pas s’en douter l’une des causes majeures de cette permanence des crises conjoncturelles. En conséquence, la première voie de sortie passe par le recours à un paradigme social qui s’inscrirait en rupture avec la politique d’exclusion de l’une envers les autres qu’ici nous désignons comme intolérance réciproque. Haïti c’est Nous. Un Nous pluriel qui implique la reconnaissance de toutes les forces sociales, économiques et politiques La reconnaissance des différences a toujours été la force vive de toute société et ou projet de société.

Revenons un petit peu sur le contexte de guerre ayant forgé l’indépendance. Le maintien de la stratégie de destruction adoptée par Dessalines semble inspirer les générations ultérieures, et du coup pour nous expliquer un peu, inspirer la Rationalité de Chaos en ce sens qu’il se dégage une sorte de fidélité par rapport à la philosophie du père de la patrie. Ne serait-ce que dans une forme un peu fermée en raison de son affinité pour un moment qui pourrait se dépasser. Une question sur le fondement de cette fidélité est de chercher à savoir si cette stratégie résume l’idéal de Dessalines ? N’a-t-elle pas été une obligation d’un temps bien précis ? On peut aussi se demander est-ce que celle-ci aura servi à rendre la nation plus fière et plus prospère. Je ne parlerai même pas de la recherche du bien-être commun à tous qui est un élément central chez le père de la patrie. 

Ce que nous voulons dire en termes plus explicites, pour certains Haïtiens la liberté se résume à une philosophie de la destruction, en ce sens qu’il faut créer une sensation de l’horreur face à la velléité aussi elle-même constante de ceux-là qui s’aviseraient à penser les bienfaits de la colonisation, pour ne pas dire plus sévèrement une tolérance des blancs. La menace de retour des blancs nous plonge dans un automatisme de défense La menace de retour des blancs nous plonge dans un automatisme de défense à n’en plus finir. Il faut réduire le pays en cendre pour parer et ou s’opposer aux retours des blancs, car on a toujours associé les blancs aux colons. Cette lecture philosophique d’une liberté à défendre par la une forme de Xénophobie, en réalité ne dépasse pas le contexte révolutionnaire de l’époque, encore moins qu’elle prendrait en compte la diversité culturelle et ou épidémique de la nation. Et ceci nous débouche sur une conclusion un peu triste, car malheureusement elle a toujours été un obstacle à toute idée d’exporter la Révolution dite Haïtienne. C’est un humanisme contesté. Nous en dégagerons ici que toute révolution pour s’exporter à travers un humanisme transcendant doit porter un idéal du refus de l’absolu. Il faut en ce sens voir que le relatif Haïtien nous échappe toujours dans les réflexions profondes sur la Nation. La révolution affiche un temps de l’histoire mais elle ne la résume pas. Ceci doit s’adapter aussi à la nôtre pour qu’elle affirme son humanité entière, totale et ou universelle.

En d’autres termes, il y a lieu ici d’insister sur la nécessite de rompre avec la logique guerrière et de s’accentuer sur la construction et la réparation. Ne faut-il pas plutôt penser une transition du pouvoir des armes à un pouvoir des esprits ? Cette question trouve son fondement dans l’histoire des troubles