Les touches inamovibles de Rigaud Fidèle dans la structure septentrionale

Rigaud Fidèle est le dernier survivant des membres fondateurs de l’orchestre septentrional, au moment où nous ecrivons ces lignes.

Islam Louis Etienne
25 juin 2026 — Lecture : 5 min.
Les touches inamovibles de  Rigaud Fidèle dans la structure septentrionale

Rigaud Fidele

Rigaud Fidèle est le dernier survivant des membres fondateurs de l’orchestre septentrional, au moment où nous ecrivons ces lignes. N’attendons pas sa mort pour lui rendre un hommage bien mérité.

À l’origine, Rigaud Fidèle était le plus connu, le plus entreprenant et le plus populaire de tout le groupe grâce à son passé de footballeur au Zenith Athletic Club , et ce , sans compter d’autres faveurs que la nature lui a faites. Il était le chef de file incontesté de cette clique. 

De vibrants temoignages venant des musiciens eux-mêmes et de certaines personnalités crédibles du milieu, peuvent mieux aider le lecteur à apprécier les exploits et les agissements de Rigaud Fidèle comme icone, membre fondateur de Septent dans ces moments difficiles d’incertitude, d’inquiétude et de troubles. On ne va pas pouvoir comptabiliser tous ses actes ; mais on va reveler les plus saillants et les plus remarquables

• 1.Leandre Fidèle a admis que « Au cours des deux à trois premières années d’existence de la formation, Rigaud en était l’impresario, sans en avoir le titre. Je n’avais pas de temps à cause de mon travail et Jean Menuau , le maestro,a toujours été un grand timide» .

• 2. Josaphat Abstenius Dolcé ( Tingue ) a surenchéri : « Rigaud était l’âme de Septentrional. On le voyait sur tous les fronts : il recrutait des musiciens, nous trouvait des lieux de répétitions et surtout des salons pour organiser les bals de salon. 

De ses propres fonds, Rigaud couvrait certains frais du groupe. C’est lui qui nous avait offert notre premier amplificateur pour guitare et pour microphone. » Cet appareil a été installé par Emile Anacréon, le second propriétaire de la station de radio La Voix du Nord.

• 3.Rigaud Fidèle a été à la base du recrutement des principaux musiciens ayant participé au progrès de Septentrional. Avant l’arrivée de Loulou Etienne, il a été difficile au groupe de se doter d’un pianiste stable. Il était l’émissaire dépêché auprès de Roger Laguerre, Marcel O. Gilles (dit Tonton Gilles) et Max Piquion pour leur aider momentanée, pariant sur l’admiration que lui vouaient ces trois légendes .

• 4.Rigaud Fidèle avait accompli d’autres œuvres méritoires. En novembre 1948, quand il fallait trouver un remplaçant au tambourineur Camille Pierre, à l’insu de ses pairs, il enfourcha son vélo et se rendit à Cadush pour inviter Arthur François.

Cette invitation s’était révélée payante, car, au début des années 1960, ce dernier, de concert avec Absténius Dolcé et Raymond Jean-Louis, avait pris une part active à l’élaboration du rythme « boule de feu ». 

• 5.Toujours sur la brèche, Rigaud dénichera d’autres célèbres musiciens. Grâce lui, Septent avait bénéficié des compétences des saxophonistes Bérard Desrosiers, Pierre Lochard et Jacques Jean. 

• 6.Léandre Fidèle confirme que :En été 1955, peu après le retour d’UlrickPierre-Louis de l’Ensemble du Riviera Hôtel d’Haïti, notre trompettiste et son frère Léandre Fidèle allaient repérer un génial guitariste qui faisait ses débuts à la trompette dans un septette que Boss Pierre avait créé à « En Bas Ravine ». « Ébahis par son talent, Rigaud et moi l’avons recommandé à Ulrick».

Après que le maestro Pierre-Louis eût approuvé la recommandation de ses deux amis, Rigaud prit le jeune recru sous son aile, lui enseigna comment respirer et comment et où apposer l'embouchure sur ses lèvres pour améliorer son son à la trompette. On est en train de parler du grand Alfred Moise.

7.Notre bûcheur allait manifester davantage son audace. Dans les premiers jours, Septen avait rencontré des difficultés à trouver un lieu de répétition. En août 1948, les premières répétitions se faisaient dans la cour de la maison de Tati, à la rue 12 L-M, non loin du salon de coiffure de Luc Fidèle. 

8.Deux ou trois semaines plus tard, grâce à Rigaud, Esmangar César permettra aux musiciens de répéter dans son atelier d’ébénisterie où travaillaient ses fils Innocent et Berlioz. 

• 9.Quelque temps après, grâce à son entregent, les Almonacy ouvriront le salon de leur maison à la rue 23 F aux dirigeants de la formation pour en faire son premier Quartier Général.

• 10.Rigaud Fidèle s’était montré utile à Septent sur d’autres points. Au début, il était très difficile au groupe de se procurer des instruments, faute de moyens financiers. Il se souvient : « C’est d’Emmanuel Toussaint que nous louions le saxophone qu’utilisait Ulrick. 

Parfois, nous nous cachions pendant deux à trois jours, ne pouvant pas les deux gourdes de la location. » Et, le plus souvent, c’est Rigaud Fidèle qui honorait ces dettes des maigres gourdes que lui gratifiaient des admirateurs après des rencontres de football. 

• 11.Ensuite, vers 1949, il convainquit son ami Bérard Desrosiers, chez qui se trouvaient les instruments d’Asteka, de la nécessité d’en prêter certains à Septentrional.

• 12.Le mérite revient à Rigaud Fidèle, à Ulrick Pierre-Louis et à Jacob Germain d’avoir constitué le premier répertoire de Septent. Pendant plus de deux années, ils se réunissaient deux fois par jour dans le salon de coiffure de Luc Fidèle pour recueillir les morceaux en vogue de la Orquesta Chepín-Chovén qui figuraient au répertoire de leur formation. Des tubes telles que Eres como la gata, Rincón tropical, El baile tijera, Pero que picazón et d’autres avaient électrisé les couples. 

• 13.L’homme était un visionnaire et un professeur. Rares sont ceux qui, chez nous, pensent à former des pépinières. Hormis Alfred Moïse, Rigaud Fidèle a participé à la formation d’autres musiciens qui ont fait l’honneur de Septentrional. En 1956, il a instruit Jacques François, sur recommanfation d’Alfred Moise, alors membre du Jazz Anacaona. 

• 14.Tout gosse, Eddy Leroy était toujours à ses côtés pour suivre son jeu. Il faut mentionner que, bien que nonagénaire, le patriarche continue à enseigner et à aider d’autres trompettistes à améliorer leur jeu.

• 15. Leslie Eyma, un de ses disciples, n’a jamais tari d’éloges sur celui qu’il considère comme « une des fiertés nationales.