Hommage officiel à Jacques Pierre, dit Boss Pierre

Islam Louis Etienne
18 juin 2026 — Lecture : 3 min.
Hommage officiel à Jacques Pierre, dit Boss Pierre

Jacques Pierre (Boss Pierre)

Ébéniste, maestro, membre fondateur et artisan patrimonial du Septentrional

Au nom de la mémoire culturelle d’Haïti, et au nom de toutes les institutions qui reconnaissent la valeur des bâtisseurs silencieux, nous rendons aujourd’hui un hommage solennel à Jacques Pierre, connu de tous sous le nom de Boss Pierre.

Son parcours, son engagement et son dévouement exemplaire constituent une page essentielle de l’histoire du Septentrional et, au-delà, du patrimoine musical national.

Il y a des hommes dont la grandeur ne se mesure ni au bruit qu’ils font, ni aux titres qu’ils revendiquent, mais à la trace profonde qu’ils laissent dans la matière, dans les gestes, dans les institutions qu’ils ont façonnées. Jacques Pierre, alias Boss Pierre, appartient à cette lignée rare. Il est l’un des membres fondateurs de Septen le plus effacé et le plus meconnu.

Ébéniste de formation, maître-artisan dont la précision et la rigueur faisaient autorité, Jacques Pierre fut également maestro du groupe Razoir, avant de compter parmi les membres fondateurs du Septentrional. Dès les premières heures de l’orchestre, il s’est imposé comme l’un de ces hommes rares dont la loyauté, la constance et la discrétion assurent la stabilité et la longévité des grandes institutions.

Dans les premières années, il fit entendre la profondeur du saxophone baryton, instrument qu’il servit avec discipline et sens du collectif. Par la suite, dans un geste de responsabilité et de transmission, il céda sa place à Roger Jean Francois (Chocho ) pour assumer une fonction essentielle, souvent invisible mais déterminante : la garde de la barrière, la supervision matérielle et logistique de l’orchestre.

Il comprenait que la pérennité d’une institution ne repose pas seulement sur ses performances artistiques, mais aussi sur l’infrastructure humaine et matérielle qui les rend possibles.

Son apport concret fut d’une importance capitale.

C’est à lui que le Septentrional doit sa première contrebasse, son premier tambour, ses luthins, les faux plafonds, les tables rondes du Feu Vert.

Ces contributions, offertes sans ostentation, témoignent d’un engagement qui dépasse la simple participation : elles relèvent d’un véritable acte fondateur.

Malgré des décennies de service loyal, malgré son rôle structurant dans la consolidation de l’orchestre, Jacques Pierre s’est éteint aux États-Unis dans l’anonymat le plus complet.

Ce silence autour de sa disparition ne saurait toutefois occulter la portée de son œuvre. Il ne saurait effacer la place qu’il occupe dans la mémoire du Septentrional et dans l’histoire culturelle du pays.

Un départ silencieux, presque injuste, pour un homme qui avait tant donné à la musique haïtienne. Mais l’anonymat n’efface pas la mémoire. Il ne peut rien contre la reconnaissance. Il ne peut rien contre la vérité.

Aujourd’hui, nous disons son nom.

Nous le remettons à sa place : au cœur de l’histoire du Septentrional, parmi les artisans essentiels, les fondateurs discrets, les hommes de devoir qui ont permis à la légende de tenir debout.

Respects, Boss Pierre!  

Ton œuvre demeure.

Ton dévouement nous éclaire.

Et ton nom, désormais, ne sera plus jamais prononcé dans le silences

Aujourd’hui, par cet hommage officiel, nous rétablissons la vérité de son parcours.

Nous reconnaissons en lui un artisan patrimonial, un pionnier, un protecteur de l’institution, un homme dont la fidélité et la générosité ont contribué à ériger le Septentrional en monument national.

Que son nom soit désormais inscrit parmi ceux qui ont bâti, soutenu et honoré cette institution musicale. Que son souvenir inspire les générations futures. Et que la Nation culturelle lui rende, enfin, la lumière qu’il n’a jamais réclamée, mais qu’il a amplement méritée!

Honneur et respect à Jacques Pierre, dit Boss Pierre.  

Son œuvre demeure.

Sa loyauté nous oblige.

Sa mémoire nous rassemble.