Au-delà des défaites, la victoire d’une nation

Cinquante-deux ans (1974-2026).

Ancy Dorélus
25 juin 2026 — Lecture : 3 min.
Au-delà des défaites, la victoire d’une nation

Cinquante-deux ans (1974-2026). Un demi-siècle d'attente, de rêves nourris dans le cœur de chaque Haïtien, de cette passion dévorante pour le ballon rond qui traverse les générations.

Dix-huit novembre 2025, l’exploit monumental, un cri de joie qui a résonné à travers tout le pays et l’au-delà, et enfin, le miracle s'est produit. Haïti, cette nation vibrante et résiliente, a retrouvé sa place sur la plus grande scène : la Coupe du Monde. Une équipe rajeunie, pleine de fougue et de nouveaux visages, a porté les espoirs de tout un peuple, prouvant que la flamme du football haïtien brûle toujours aussi intensément.

Pourtant, malgré l'euphorie et la fierté qui accompagnaient cette qualification historique, la réalité de la compétition s'est rapidement imposée. La phase de groupes, ce premier grand défi, s'est révélée être un mur difficile à franchir.  Au sein d'un groupe comprenant le Brésil, le Maroc et l'Écosse, les Grenadiers ont subi trois défaites en autant de rencontres : un but à zéro face à l'Écosse ; trois buts à zéro contre la sélection brésilienne ; et, lors d'un match spectaculaire contre la sélection marocaine, malgré deux réalisations des Grenadiers, ils ont enregistré une défaite quatre buts à deux, ce qui met un terme au parcours de nos vaillants Grenadiers. Conformément aux règles de ce tournoi mondial, la sélection écossaise est en position favorable pour obtenir la troisième place du groupe.

Ce retour en Coupe du Monde, même s'il s'arrête plus tôt qu'espéré, n'est pas une fin en soi. C'est une étape cruciale, une renaissance. Il a démontré la vitalité du football haïtien, la présence de talents émergents et la force d'une passion collective. Désormais, il est impératif de capitaliser sur cette expérience. Il faut analyser chaque détail, comprendre les forces en présence, travailler sans relâche pour combler les lacunes et, surtout, maintenir cette foi inébranlable en l'avenir. Le chemin vers les sommets est semé d'embûches, mais la participation de la sélection à cette phase finale de la coupe du monde a rallumé une étincelle de solidarité du peuple haïtien à travers le monde entier.

Bien qu'il soit exact que l'équipe nationale haïtienne n'ait pas encore enregistré de victoire en Coupe du Monde, les Grenadiers ont réalisé un accomplissement d'une valeur inestimable : l'unification du peuple haïtien, trop longtemps fragmenté par des divisions politiques. Durant plusieurs semaines, tant en Haïti qu'à l'étranger, les Grenadiers sont parvenus à rassembler les Haïtiens, les incitant à mettre de côté leurs différends pour soutenir leur sélection nationale. Il s'agit là d'un phénomène des plus rares. Cinquante-deux ans plus tard, ces courageux Grenadiers nous ont démontré que l'esprit de solidarité demeure bien vivant en Haïti. Le peuple haïtien ne saurait exprimer autrement sa gratitude : merci !

L'essentiel est de ne pas se décourager, de tirer les leçons de cette aventure et de viser encore plus haut, avec la détermination de faire rayonner le nom d'Haïti sur la scène internationale lors des prochaines compétitions. Avec ces nouvelles têtes et leur talent indéniable, à l’image des joueurs tels que Hannes Delcroix, Ruben Providence, Woodensky Pierre, Martin Expérience, Lenny Joseph et Wilson Isidor, on peut affirmer que le football haïtien a retrouvé sa voix. Il est temps de la faire entendre encore plus fort.

La déception est là, indéniable, mais elle ne doit en aucun cas éclipser la grandeur de ce qu'à réaliser les grenadiers. Il est impératif que nous nous interrogions sur l’identité collective de ce peuple. Il est également temps que les  dirigeants de ce pays prennent la pleine mesure de l'opportunité qui leur est donnée de représenter la nation haïtienne. La voie a déjà été tracée par les Grenadiers ; il nous incombe désormais d'assumer pleinement les choix et les décisions, dans l'intérêt de ce pays. Un profond remerciement aux Grenadiers. Il est à espérer que nous n'aurons pas à attendre un demi-siècle supplémentaire pour voir ce peuple ainsi rassemblé.