Beaucoup d’émigrant-e-s haïtien-ne-s ont des problèmes d’adaptation dans la société d’accueil. Il leur manque souvent la préparation nécessaire pour l’insertion sur le marché de travail. La maîtrise de la langue et des codes du système socio-culturel et légal est un atout. La grande majorité des migrant-e-s du fait de leur statut irrégulier ont sous utilisé le système de sécurité sociale auquel leurs enfants ont droit comme citoyens. Ce, contrairement aux Jamaïcains, Cubains et Dominicains. En général, les immigrants haïtiens ne sont pas imbus des avantages sociaux auxquels ils ont droit ni de la législation nationale en vigueur. Ils sont généralement déclassés dans la société d’accueil à défaut de liens forts à des réseaux. Ils se jettent à des aventures au lieu de planifier dans une société capitaliste qui mise sur l’initiative individuelle. La situation est défavorable aux migrant-e-s par rapport aux nantis dans les pays récepteurs. La République dominicaine est la première destination à considérer.
En République dominicaine, les droits des travailleurs immigrants haïtiens ne sont pas respectés. Ils ont peu bénéficié de la sécurité sociale. Aussi l’indice social de la République dominicaine est-il très bas? 10 % sont allouées aux dépenses publiques pour des programmes d’assistance sociale aux enfants et aux personnes âgées. Mais l’assistance sociale aux immigrants se limite à 0.5%. Les immigrants ont bénéficié de 1.8% pour l’éducation et de 2,7% pour la santé. La proportion des dépenses sociales en général à cette catégorie minoritaire représente moins de 0.3% (OCDE/OIT, 2018).
Loin d’être considérés comme charge sociale, les immigrantes et immigrants haïtiens-nes qui représentent 4 % de l’ensemble de la population apportent 2.4% du budget national. Ils sont assujettis à des impôts indirects importants qui correspondent à 61%. Ils contribuent entre 3.8% et 5.3% de valeur ajoutée dans l’économie dominicaine avec 7.4% dans l’agriculture à elle seule.
Dans le cas du Québec, les désillusions des immigrants haïtiens dans cette société sont préoccupantes. Les difficultés pour intégrer un ordre professionnel et travailler dans leur domaine de compétence sont énormes. Ce qui pousse ces immigrants à occuper des emplois précaires par rapport à leur surqualification.
Dans la société chilienne, les immigrant-e-s sont aussi discriminés. En effet, les réseaux d’accueil jouent un rôle prépondérant quant à un projet d’installation à moyen ou long termes. Le statut matrimonial est une variable importante aussi bien que le processus incomplet d’intégration qui soit évident pour des migrants non suffisamment préparés pour le marché de travail chilien. Ainsi, les immigrants se retrouvent d’abord dans le travail domestique (14%), puis le commerce (9%) et à un certain niveau dans l’agriculture et les mines (3%). Le bas niveau de formation de ces migrants est l’un des facteurs de leur marginalisation, soit 10% des immigrants dans l’ensemble recensés avec un niveau universitaire.
L’expérience chilienne de la migration haïtienne s’est soldée par un score positif pour l’Etat haïtien en termes d’envois de transferts de telle sorte qu’Haïti soit devenue la troisième destination des transferts de fonds du Chili à l’étranger en 2017. De 727 millions au reste du monde, vers Haïti sont passés 7 millions de dollars en 2015 pour croitre à 92 millions $ américains en 2017.
Les défis sont devenus énormes durant les 10 dernières années avec la succession de régimes de droite qui conduisent des politiques migratoires restrictives.
Quant aux États-Unis, ils sont la destination la plus traditionnelle pour les Haïtiens depuis les premières lois les plus flexibles sur l’immigration de 1965 à 1976.Toutefois, l’insertion des immigrants doit se négocier au regard du sens d’initiative, du niveau d’éducation, des liens forts dans des réseaux et l’orientation vers les meilleurs créneaux d’emplois. En effet, selon le Dr Mathieu les immigrants haïtiens de sexe masculin occupent en grande proportion (30.1%) les emplois dans les domaines de « l’agriculture, la pêche et la foresterie », alors que les femmes haïtiennes sont faiblement représentées dans ce secteur (4.8%). Les statistiques indiquent que la plus forte proportion (43.7%) des immigrants haïtiens âgés de plus de 15 ans se concentre dans les services (26.5%) et dans les postes d’emplois labellisés de « Techniciens, vendeurs et employés de bureau » (17.2%). Ces occupations dans les services sont faiblement exigeantes en termes de niveau d’éducation.
Selon les données disponibles, en 2018, les immigrants haïtiens expérimentent un taux d’activités évalué à 71.8%, avec une différence non négligeable entre les personnes de sexe masculin (76.6%) et féminin (67.0%). Ces informations montrent que les immigrants haïtiens exercent des pressions considérables sur le marché du travail et ce comportement est en cohérence avec la motivation occupationnelle à la base de leurs mouvements migratoires.
Du point de vue économique, il importe beaucoup d’élargir ses réseaux pour augmenter le revenu du ménage. L’État pourrait être ménagé pour d'éventuelles dépenses sociales en faveur de nouveaux arrivants Parole. Passer d’un esprit communautaire à l’individualisme est bien un challenge pour un laps de temps dédié pour la socialisation. Un ensemble de contingences peuvent s’interposer pour éloigner toute idée de réussite individuelle et d’intégration.
Repères bibliographiques
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