Le Septentrional, en tant que patrimoine : est une mémoire vivante, un monument de sons et de sacrifices. Derrière chaque note, chaque rythme, se cachent des vies offertes, des familles bouleversées, des hommes et des femmes qui ont payé le prix de la joie collective.
Ce texte est une tentative de rendre justice à ces bâtisseurs de mémoire. Il ne s’agit pas seulement de raconter une histoire musicale, mais de dresser un chronique vivante, où les figures comme Athémis Dolcé, dit Tengué, apparaissent dans toute leur dimension : musiciens, serviteurs publics, sportifs, hommes de rigueur et de fidélité.
Écrire ce texte, c’est refuser l’ingratitude de l’histoire. C’est transformer les fragments dispersés en un édifice de mémoire, afin que les générations futures sachent que le Septentrional est né de sacrifices, de discipline et de passion.
I. Le prix du patrimoine
L’histoire ingrate a bâti le Septentrional sur les sacrifices silencieux des familles, des femmes, des enfants. Les musiciens ont payé de leur vie et de leur sueur pour nous offrir la joie. Aujourd’hui, il est temps de reconnaître et de valoriser ces trésors vivants, au lieu de les laisser errer comme des pièces de musée abandonnées.
II. Le rythme Boule de Feu
Au cœur de cette mémoire, Athémis Dolcé, dit Tengué, fut l’un des artisans du rythme Boule de Feu. Sobre, infatigable, il imprima son style à l’orchestre, aux côtés d’Arthur François et de Raymond Jean-Louis. Ses baguettes, ses uniformes, ses anecdotes sont autant de reliques qui devraient nourrir un musée Septentrional.
III. Le parcours de Tengué
De la Fondation Vincent du Cap-Haïtien à son intégration officielle au Septentrional en 1948, Tengué consacra plus de 37 ans à l’orchestre. Musicien, portier, administrateur du Feu Vert Night Club, il fut un homme de discipline et de fidélité. À la batterie, il incarnait la sobriété et la régularité, imposant sa présence silencieuse et pragmatique.
IV. Le serviteur public et sportif
À la Douane du Cap-Haïtien, il fut un fonctionnaire respecté, serviable et compétent. Dans le sport, il fit le bonheur du Zénith Athletic Club comme joueur, entraîneur et arbitre. Sa rigueur et son autorité lui valurent respect et crainte, mais aussi admiration pour son sens du fair-play et de la responsabilité.
V. La reconnaissance tardive
Malgré une carrière riche et exemplaire, Tengué ne reçut aucune décoration publique. Seul le Conseil supérieur du Septentrional sauva l’honneur en lui offrant une distinction au soir de sa vie, aux côtés de Robert Menuau et Arthur François. Tengué demeure un modèle rare, un ouvrier essentiel de l’édifice Septentrional, une légende vivante dont le nom doit être pérennisé
Tengué incarne la figure rare du serviteur total : au service de la musique, de l’administration, du sport et de la communauté. Sa vie est un modèle de sobriété, de discipline et de fidélité. Pourtant, il n’a reçu que tardivement une reconnaissance officielle, preuve que notre société oublie trop souvent ses véritables bâtisseurs.
Ce texte veut réparer cet oubli. Il veut inscrire son nom, et celui de ses compagnons, dans la mémoire collective. Tengué n’est pas seulement une légende du Septentrional : il est une pierre angulaire de notre patrimoine, un exemple à multiplier, un flambeau à transmettre.
Que ce texte serve de musée vivant, où les anecdotes, les rythmes et les sacrifices deviennent des reliques précieuses. Que nos enfants puissent dire : « Nous avons honoré nos trésors. Nous avons gardé la mémoire. »!
