Écrire sur Roger Jean Francois ( Chôchô ), c’est raconter l’histoire d’un homme ordinaire devenu étoile par son art et son engagement. Ce texte n’est pas seulement une étude biographique : il est une chronique vivante, un hommage à la fidélité, à la constance et à l’humanité. À travers ce texte , nous découvrons un musicien discret mais essentiel, dont la lumière continue de briller dans l’histoire de Septentrional.
Depuis l’aube des temps, les hommes ont levé les yeux vers le ciel, fascinés par ces points lumineux qui ornent la voûte céleste : les étoiles. Elles ne sont pas seulement des corps célestes, mais des symboles de repères et de destinées. Ces astres lumineux, guides des voyageurs et symboles de destinées, ont inspiré poètes, philosophes et musiciens.
Même si l’on ne devient pas toujours une « étoile » dans une activité humaine, chacun reconnaît l’importance de ces astres dans le décor de l’existence. . Dans l’univers de l’Orchestre Septentrional, certaines figures humaines se sont elles-mêmes transformées en étoiles : repères lumineux, discrets mais essentiels, qui ont marqué la mémoire collective.
L’étoile crée des moments précieux et mémorables : elle tisse des liens d’attachement avec les sympathisants, développe des rapports cordiaux avec les admirateurs, et s’impose comme un acteur essentiel dans un système, même si son unique pouvoir est d’accomplir la tâche pour laquelle elle a été appelée.
Septentrional represente l’espace qui lui permit comme etoile de briller sur la vie des fans .Il est le seul horizon qui porte un nom qui sert de reference.Il est comme un ange qui chante louanges et qui donne la fievre.Et avec lui, les musiciens revaient.On est avec Septent ce qu’on ne serait jamais tout seul.
Ce texte retrace la trajectoire de Chôchô, musicien effacé mais incontournable, dont la rigueur et l’élégance incarnent l’esprit de Septentrional.Chaque fragment explore une facette de son parcours :
• L’étoile comme symbole universel.
• L’homme ordinaire devenu étoile par son dépassement de soi.
• Roger, figure de franchise et de dévouement.
• Chôchô, élégance discrète et exécutant modèle.
• L’empreinte durable laissée après son départ.
• Le maître effacé, dont l’héritage traverse le siècle.
Fragment I – L’Étoile, guide des hommes
Ce texte se veut à la fois académique et historique, reliant l’analyse rationnelle à l’élan lyrique, pour transmettre aux générations futures l’exemple d’un musicien qui fit triompher le devoir sur la passion.
On ne vient pas toujours à une soirée dansante pour danser. Parfois, on y vient pour rencontrer nos artistes, pour découvrir ces étoiles humaines qui éclairent la scène. Comme un chauffeur cherchant un panneau indicateur, le spectateur cherche l’étoile : dès qu’il la repère, la route prend sens, une raison valable s’impose, un motif de taille se dessine. L’étoile devient alors guide et lumière, celle qui retient l’attention et marque l’existence.
Fragment II – L’Homme devenu etoile
Parmi les musiciens ordinaires, un homme s’est détaché du lot. Admiré pour sa sagacité, il a su démonter les antagonismes entre le corps et l’esprit, l’art et la vie, le réel et l’imaginaire, la création et l’existant, la nature et la culture. Sa force réside dans cette capacité à transformer les sensations physiques, les tâches quotidiennes, les références musicales et la philosophie de la vie en une matière de réflexion et de création.
Son aisance est remarquable : il exécute n’importe quelle partition avec la même maîtrise qu’il accompagne les plus grands artistes du monde. Guidé par une conscience heureuse et aiguë, il s’est nourri des histoires, des idées et des richesses venues des autres, les transformant en leviers pour s’améliorer et devenir plus performant.
Il est aimé pour son engagement, sa sensualité, son talent à dire et à décrire les éblouissements de l’amour, les beautés de la vie, mais aussi la violence, la folie et la tragédie des hommes. Son style, unique, hypnotise : une manière de jouer qui fouille la chair des admirateurs, comme une caméra fixée sur un personnage lors d’un tournage. Et pourtant, en toute innocence, il ne fait que jouer pour donner du plaisir, mettant de côté ses propres envies.
Peu d’hommes repoussent aussi résolument et aussi loin que lui les parois du moi. En franchissant ces limites, il s’est élevé au rang d’étoile : non pas par ambition personnelle, mais par la lumière qu’il a su offrir aux autres
Fragment III – Roger, l’homme de Septentrional
Peu bavard, mais observateur sensible et attentif du monde du travail, Roger se distinguait par sa franchise et son dévouement à la cause de Septentrional. Professionnel consciencieux et honnête, il incarnait une hauteur de vue chaleureuse, esquissant une articulation possible et désirable entre son groupe et lui-même.
Roger rappelait la tradition de créativité, d’amour de la vie et d’ouverture sur le monde dont Septentrional était porteur. Homme d’action malgré sa timidité, il œuvrait pour renverser les tendances, avançant des propositions précises qui permirent à l’orchestre de conquérir de nouveaux bastions, de remporter des batailles et de découvrir des horizons plus cléments
. Il refusait l’attente passive de lendemains incertains, affirmant : « Quand la valeur d’usage d’un bien supplante sa valeur d’échange, cela débouche sur des interrogations ambitieuses. »
Fragment IV : Chôchô : le bourgeois gentilhomme
Le « bourgeois gentilhomme » évoqué ici diffère de celui de Molière, chef-d’œuvre du genre. Roger représentait un artiste complet, vivant dans l’entourage d’un roi musical : Septentrional. Comme Lully auprès de Molière, il réglait les comptes en prose et en musique, incarnant une comédie-ballet moderne où la vie et l’art se mêlaient.
Cette référence rappelle que la grandeur d’un artiste ne réside pas seulement dans son talent individuel, mais dans sa capacité à mobiliser les forces créatives de son temps. Roger, par son engagement et sa vision, s’inscrivait dans cette tradition : celle d’un homme qui, au-delà des turqueries et des modes, portait l’esprit d’un orchestre vers l’universel.
Fragment V – Chôchô, l’élégance discrète
À l’époque où l’Empire ottoman fascinait l’Europe et nourrissait les imaginaires, Molière s’était moqué d’un bourgeois voulant imiter les nobles. Entre ce personnage et Chôchô, il existe une résonance : d’un côté comme de l’autre, nous avons affaire à des musiciens d’exception, inoubliables, qui ont laissé des empreintes indélébiles sur le sable du temps.
Le premier est étudié et reconnu dans le monde entier comme référence du genre ; pourquoi ne pas faire connaître le second, qui peut servir de modèle et d’échantillon pour les générations futures ? Chôchô entra au sein de l’Orchestre Septentrional en 1959, onze ans après sa fondation, avec ses bagages classiques soigneusement préservés.
Il s’imposa rapidement comme un musicien valable, digne de respect, avec une aura extraordinaire dissimulée sous une timidité voilée. Chôchô incarnait la vaillance, la régularité, la promptitude, un sens aigu de la logique des faits, une capacité d’analyse et de discernement qui firent de lui l’un des musiciens les plus appréciés et écoutés du groupe.
De haute taille, élancé, élégant et distingué, il dominait la ligne des hanches par sa stature et par l’élégance de ses déplacements. Il jouait du ténor avec une mobilité supérieure à celle de ses collègues Jacques Jean, Douze et Ulrick Pierre-Louis. Véritable artiste, il développait un sens de l’empathie rare, avec un coefficient très élevé.
Fragment VI– L’empreinte durable de Chôchô
En 1969, après dix années de bons et loyaux services, Chôchô quitta l’Orchestre Septentrional. Il fut apprécié comme un bourgeois gentilhomme, toujours imité mais jamais égalé. Comme beaucoup de nos frères et sœurs, il émigra en Amérique du Nord, à la recherche d’un sol plus clément, offrant davantage d’ouvertures et de possibilités.
Pourtant, son nom demeure gravé aux frontispices de Septentrional, inscrit dans la mémoire collective comme celui d’un des plus grands musiciens et ouvriers que le groupe ait connus. Certes, il fut remplacé par des musiciens tout aussi valables, mais aucun n’eut son engagement, son sentiment d’appartenance, ni cette complicité intime qui liait l’orchestre et lui.
L’actuelle génération de musiciens de Septentrional doit beaucoup à ces pionniers, tels Roger Jean-François, qui ont su garder la chandelle allumée malgré les intempéries. Ils étaient plus professionnels qu’affairistes, et faisaient de l’art pour l’art, avec une fidélité et une passion qui continuent d’inspirer.
Fragment VII – Le maître effacé, l’héritage vivant
Chôchô, certes paresseux lorsqu’il s’agissait de créer et de produire, était pourtant imbattable comme répétiteur. Sa contribution fut appréciable et décisive dans la réalisation de l’œuvre collective. On ne peut parler de Septentrional sans évoquer ce « héron » qui dominait les gabarits du carré de l’orchestre, jouant avec finesse et passion.
Son combat au sein de Septent fut unique : « Devenir plus humain dans un monde ravagé par l’injustice sociale et l’intolérance. » Ce credo le liait à des musiciens de grande classe – Rollin Valbrun, Henri Fanfan, Lycius Saintil alias Douze, Limage – qui, comme lui, portèrent le ténor à travers le temps.
Chôchô resta un maître effacé, reconnu comme un arbitre sur un terrain de jeu : discret mais efficace, inoubliable par des prestations déroutantes et de haut niveau. Ses interprétations dessinaient un univers singulier, cohérent, autonome, rapidement nécessaire aux yeux de ceux qui les découvraient.
Homme sérieux et serein, il refusait de fuir le sens du devoir et de la responsabilité pour le divertissement. Roger, héros cornélien, fit triompher le devoir sur la passion. Son image de musicien nous hante, nous poursuit, nous travaille : elle traverse le siècle avec une énergie débordante et une joie de vivre à toute épreuve.
Il a désencombré les modes de vie, faisant valser tout ce qui s’opposait à son impatience, tout ce qui empêchait de profiter pleinement de l’existence. À son niveau, il favorisa l’épanouissement des possibles de chacun. Roger est l’exemple de ces grands travailleurs anonymes et méconnus, semblables à un milieu défensif accomplissant un travail ingrat, mais qu’il faut hisser bien haut sur le mât de l’Orchestre Septentrional.Ainsi, ce texte est une célébration : célébration de l’homme discret devenu étoile, célébration de Septentrional, célébration d’une mémoire qui nous unit et nous élève.
