Subvention à l’Université Quisqueya : investir dans la connaissance au cœur de la crise haïtienne

Ces derniers jours, la subvention accordée par l’État haïtien à l’Université Quisqueya pour soutenir ses activités d’enseignement et de recherche a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux.

Subvention à l’Université Quisqueya : investir dans la connaissance au cœur de la crise haïtienne

Université Quisqueya

Ces derniers jours, la subvention accordée par l’État haïtien à l’Université Quisqueya pour soutenir ses activités d’enseignement et de recherche a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Dans un contexte national marqué par de profondes difficultés économiques et institutionnelles, il n’est pas surprenant que toute décision impliquant l’utilisation de ressources publiques fasse l’objet de débats.

Face à ces différents remous, je me sens dans l’obligation d’apporter une réflexion. Non pas en tant qu’ancien étudiant de cette université, encore moins comme ancien responsable au sein de la Faculté des Sciences de la Santé (FSSA), mais avant tout comme citoyen avisé et partisan de la connaissance. Je ne peux m’empêcher de me sentir concerné lorsque les discussions portent sur une institution académique qui, depuis plusieurs décennies, contribue à la formation de professionnels et à la production de savoirs au service d’Haïti.

Une crise qui fragilise les institutions académiques

Haïti traverse aujourd’hui l’une des périodes les plus difficiles de son histoire récente. L’insécurité généralisée, la crise économique, l’instabilité politique et l’exode massif de la jeunesse ont profondément affecté l’ensemble du tissu institutionnel du pays.

Les universités n’échappent pas à cette réalité. Plusieurs établissements d’enseignement supérieur de la région métropolitaine de Port-au-Prince font face à une diminution importante des inscriptions étudiantes, conséquence directe de l’insécurité, de l’émigration des jeunes et de la dégradation des conditions économiques. Beaucoup d’étudiants sont contraints d’abandonner ou de reporter leurs études, tandis que certaines institutions voient également diminuer l’appui de partenaires nationaux et internationaux.

Dans ces conditions, maintenir des activités d’enseignement, préserver les programmes académiques et poursuivre les activités de recherche devient un véritable défi.

L’université comme espace de reconstruction nationale

Dans toutes les sociétés, les universités jouent un rôle essentiel dans la formation des élites intellectuelles et professionnelles. Elles constituent également des espaces de réflexion critique, d’innovation et de production de connaissances.

Dans le cas d’Haïti, ces institutions sont appelées à jouer un rôle encore plus déterminant. Le redressement du pays nécessitera des cadres compétents, des chercheurs, des ingénieurs, des professionnels de la santé, des économistes et des spécialistes des politiques publiques capables de concevoir et de mettre en œuvre des solutions durables.

Affaiblir les universités dans un moment de crise reviendrait à compromettre la capacité du pays à se reconstruire. À l’inverse, les soutenir constitue un investissement stratégique dans le capital humain dont Haïti aura besoin pour sortir durablement de cette situation.

Une pratique normale dans les États modernes

Le soutien de l’État aux universités n’a rien d’exceptionnel. Dans la plupart des pays du monde, l’enseignement supérieur et la recherche sont considérés comme des secteurs stratégiques qui bénéficient d’un financement public important.

Au Canada, par exemple, les universités reçoivent une part importante de leurs ressources des gouvernements fédéral et provinciaux afin de soutenir la recherche, l’innovation et la formation de la main-d’œuvre qualifiée.

Aux États-Unis, une grande partie du financement de la recherche universitaire provient de fonds publics, notamment à travers des institutions fédérales comme la National Science Foundation ou les National Institutes of Health.

Dans plusieurs pays d’Europe et d’Asie, les gouvernements investissent également de manière significative dans leurs universités, conscients que la connaissance, la recherche et l’innovation constituent les fondements du développement économique et social.

Dans ces contextes, une constante apparaît : lorsque les sociétés traversent des périodes difficiles, les États renforcent généralement leur soutien aux institutions d’enseignement supérieur plutôt que de les affaiblir.

Pour une vision durable du soutien aux universités haïtiennes

Dans la situation actuelle d’Haïti, la subvention accordée à l’Université Quisqueya doit être comprise comme un investissement dans le capital intellectuel du pays.

Cependant, ce type d’appui ne devrait pas être ponctuel ni isolé. Il devrait s’inscrire dans une vision plus large et durable de soutien à l’enseignement supérieur et à la recherche en Haïti.

L’État pourrait envisager la mise en place d’un mécanisme temporaire d’appui aux institutions universitaires affectées par la crise dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. Une allocation spéciale destinée aux universités et aux centres de recherche permettrait de soutenir leurs activités académiques jusqu’à ce que le pays retrouve une trajectoire de stabilité et de développement.

Investir dans l’avenir malgré la crise

L’histoire montre que les sociétés qui parviennent à se relever de crises profondes sont celles qui ont su préserver leurs institutions éducatives et scientifiques.

Les universités ne sont pas seulement des lieux d’enseignement. Elles sont aussi des laboratoires d’idées, des espaces de réflexion collective et des moteurs de transformation sociale.

Dans cette perspective, soutenir aujourd’hui les institutions universitaires haïtiennes, dont l’Université Quisqueya, revient à affirmer que même dans l’adversité, la connaissance demeure l’un des piliers essentiels de l’avenir d’Haïti.

Pour aller plus loin…

AyiboPost. (2023). Chute drastique des inscriptions dans les universités en Haïti. https://ayibopost.com

Gazette Haïti. (2026). L’Université Quisqueya défend la transparence d’une subvention publique. https://gazettehaiti.com

Government of Canada. (2023). Government of Canada invests $1.4 billion in strategic research at postsecondary institutions. https://www.canada.ca

Research Foundation – Flanders. (n.d.). About the Research Foundation – Flanders (FWO). 

Statistique Canada. (2022). The impact of the COVID-19 pandemic on university finances. https://www.statcan.gc.ca