L’absence de proposition de l’université haïtienne face à la crise politique

« Répondre aux besoins des habitants d’un territoire local ou régional en matière de vie sociale et de culture, telle est désormais une des missions d’une université socialement responsable.

Ancy DORÉLUS
05 févr. 2026 — Lecture : 4 min.
L’absence de proposition de l’université haïtienne face à la crise politique

Manifestation d'étudiants (photo d'archive)

« Répondre aux besoins des habitants d’un territoire local ou régional en matière de vie sociale et de culture, telle est désormais une des missions d’une université socialement responsable. » (Annoot 2012). 

L'université a toujours eu une fonction sociale importante. Dans l'Occident chrétien, elle formait les clercs qui servaient l'Église et les dirigeants, jouant ainsi un rôle social clair, bien que limité à une petite élite. L'université libérale, qui a suivi, avait pour but de former les enseignants et les dirigeants du pays. Le nombre de diplômés a augmenté, et ils ont joué un rôle important dans la gestion des affaires publiques et privées. L'université socialiste, apparue avec les républiques soviétiques, a cherché à toucher un plus grand nombre de jeunes. Pour construire une économie socialiste, il fallait former des techniciens compétents et élever le niveau culturel et technique des travailleurs. La Révolution d'Octobre a mis fin aux privilèges dans l'éducation, permettant à tous d'accéder à la science, à la culture et à l'art. L'enseignement russe, accessible à tous, visait à stimuler l'économie nationale grâce à l'industrie socialiste.

Qu’en est-il de la mission de l’université? En tant qu’institution autonome, qui a une triple mission d’enseignement, de recherche et de service à la communauté. 

Bien que l'histoire de l'UEH remonte aux années 1860 (de manière non officielle), ce n'est qu'en 1929, avec l'occupation américaine d'Haïti, que les étudiants ont commencé à s'engager activement dans des luttes politiques et sociales et la dernière date en question remonte en 2004. L’université se rebondit en force sur la scène politique à la suite de la réélection de Jean-Bertrand Aristide comme président du pays en 2001 dans des élections jugées par certains truquées et contestées. Soutenus par la communauté internationale et une fraction significative de la bourgeoisie haïtienne, les étudiants prenaient part à des manifestations démocratiques quotidiennes, jusqu'à ce que le départ de Jean-Bertrand Aristide soit finalement acté le 29 février 2004. 

Nonobstant la crise que traverse le pays, depuis le quinquennat du président Jovenel Moïse jusqu’au collège présidentiel(CPT), les universités du pays n'ont jamais levé le petit doigt dans les discussions sur les propositions faites pour surmonter la crise.

Sous la présidence du président Jovenel Moïse (2017-2021), côté législatif, nous avons pu constater la caducité de la chambre des députés et du sénat de la république. Toutefois, le gouvernement n’est pas le seul affecté par cette situation. A titre d’exemple, la cour de cassation et le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire(CSPJ), ce panorama est tout aussi marqué par cette instabilité. Neuf (9) ans après, le pays plonge dans un macabre politique, transition après transition pour zéro solution. Une situation, malgré le fait qu’aucune de ces règles démocratiques ne soit respectée, l’Organisation des Etats Américain(OEA) considère qu’il n’y a ni rupture, ni altération de l’ordre démocratique en Haïti. Les seules déclarations de l’organisation ont été des déclarations d’appui aux ensembles des gouvernements de transition qu’elle a été imposée. Plus récemment, certaines tentatives de dialogues menées par le secrétaire général de l’OEA et par la CARICOM entre les divers partis impliqués ont eu lieu afin de trouver une solution de sortie de crise. Une situation qui nous pousse à croire que la démocratie est parfois une condition malléable, selon les intérêts de la classe politique et les puissances concernées.  

Nous assistons à une forme d'aristocratie politique en Haïti, avec les mêmes visages et les mêmes petits groupes qui dialoguent pour proposer les mêmes solutions. Les partis politiques sont fragmentés, chaque groupe étant convaincu de détenir la solution en dehors de toute loi constitutionnelle. L'université observe en silence. Aucune proposition ni aucun dialogue n'émanent de cet espace censé produire des connaissances et des savoirs scientifiques. Dans une crise comme celle-ci, il ne prend ni position ni ne propose de travail scientifique solide pour en sortir. 

Les acteurs politiques de ce pays ne cessent de déplorer l'ingérence de la communauté internationale dans les affaires haïtiennes. Toutefois, ne seraient-ils pas eux-mêmes responsables de cette situation, en l'absence d'une proposition nationale forte et constitutionnellement viable, et d'un véritable dialogue inter-haïtien ? 

À moins d'une semaine du 7 février, échéance marquant la fin du mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), et ce, en dépit de l'absence persistante d'une opposition ayant brièvement terminé leur mandat au pouvoir sans parvenir à respecter les prérogatives qu’eux mêmes se sont fixées, quelles perspectives s'offrent à la nation haïtienne après ces deux ans de promesse lénifiant?