Commémoration de la fête du drapeau et de l'université

18 mai 2026: Discours du Recteur de l'UEH, Dieuseul Prédélus

Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Président du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, Mesdames / Messieurs les Ministres, Madame / Messieurs les Secrétaires d’État, Mesdames/ Messieurs les Directeurs Généraux, Distingués Membres du Corps Diplomatique et Consulaire, Autorités Civiles et Militaires,  Messieurs les Recteurs et Présidents d'universités, Chers étudiantes, chers étudiants, écoliers, écolières Mesdames/Messieurs les Membres de la Presse, Honorables invités, Chers Concitoyens, Chères Concitoyennes, Le 18 mai 1803, à l'Arcahaie, le drapeau bicolore haïtien a été créé ; symbole d’un peuple uni, dans sa résolution de vivre libre ou mourir.

Dieuseul PREDELUS
19 mai 2026 — Lecture : 7 min.
18 mai 2026: Discours du Recteur de l'UEH, Dieuseul Prédélus

Le recteur de l'UEH, Dieuseul Prédélus

Monsieur le Premier Ministre,

Monsieur le Président du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire,

Mesdames / Messieurs les Ministres,

Madame / Messieurs les Secrétaires d’État,

Mesdames/ Messieurs les Directeurs Généraux,

Distingués Membres du Corps Diplomatique et Consulaire,

Autorités Civiles et Militaires,

 Messieurs les Recteurs et Présidents d'universités,

Chers étudiantes, chers étudiants, écoliers, écolières

Mesdames/Messieurs les Membres de la Presse,

Honorables invités,

Chers Concitoyens, Chères Concitoyennes,

Le 18 mai 1803, à l'Arcahaie, le drapeau bicolore haïtien a été créé ; symbole d’un peuple uni, dans sa résolution de vivre libre ou mourir. Ce geste fondateur affirmait que la liberté se conquiert d'abord dans les esprits avant de s’arracher sur les champs de bataille.

En la circonstance, la décision de célébrer l'Université le même jour, loin d’être un simple accident de calendrier, réalise en fait, un vœu cher à Dantès Bellegarde, pour lequel, le savoir représentait une véritable arme de libération nationale. L'Université est un bastion de la souveraineté nationale.

Mes chers compatriotes, en ce 18 mai 2026, la concomitance de ces deux célébrations résonne avec une force et une urgence particulières, alors qu'Haïti traverse l'une des périodes les plus éprouvantes de son histoire. 

Au moment où je prends la parole ce matin, je n’entends nullement discourir sur notre passé glorieux, aussi réelle et incontestable fût-elle. Je veux examiner en toute lucidité les contraintes du présent et les exigences de l’avenir au miroir de nos responsabilités.

Fils et Filles de Catherine Flon, de Dessalines, de Toussaint Louverture, de Pétion, de Christophe et de Capois-La-Mort, nous sommes également les contemporains d'une Haïti qui souffre. Quel est donc le rôle de l’Université dans ce contexte délétère ?

Au centre de notre mission, se trouve inscrit le développement de la connaissance au service de la population. Cette dimension particulière qui consiste à produire un savoir intégré en réponse aux besoins nationaux définit un patriotisme d’une autre nature, un patriotisme qui touche à la formation d’esprits indépendants, libérés des pressions externes, exercés à la critique et guidés par l’intérêt public.

Il nous appartient dès lors de fructifier ce patriotisme intellectuel dont l’université est porteuse en mettant l’intelligence, l’expertise, la passion de la vérité au service du pays. Ce parti-pris délibéré nous invite à refuser toute coupure entre les activités académiques et la réalité du pays. Il nous appelle à voir dans chaque salle de cours un espace de formation de citoyens éclairés, dans chaque laboratoire un atelier de solutions haïtiennes, dans chaque thèse une contribution au grand chantier du relèvement national.

L'Université haïtienne, fondée sur le socle de l'intérêt public, est donc par vocation, un lieu d’expression patriotique, un lieu d'engagement lucide dans la production du savoir, la formation de cadres compétents et intègres capables de répondre aux problèmes du pays, particulièrement à la critique constructive des politiques publiques.

Je ne saurais ne pas saisir l’occasion pour saluer avec fierté et gratitude le travail de nos enseignants qui, malgré des conditions souvent précaires, malgré les menaces sécuritaires, malgré les ressources insuffisantes, continuent inlassablement de dispenser leur savoir et de contribuer ainsi à former les générations qui prendront en charge l’avenir et le destin de la patrie. Leur ténacité est une forme héroïque de patriotisme que la Nation doit reconnaître, honorer et soutenir.

Cadre d’exercice d’un patriotisme intellectuel, l'université est un espace de droits — droit à la formation, droit à la recherche, droit à la liberté académique — et un espace de devoirs également. En cette heure critique pour Haïti, ces devoirs sont indispensables :

 Devoir de présence, présence physique dans nos institutions et présence citoyenne dans les espaces de délibération démocratique — car, la démocratie haïtienne ne survivra pas si les plus instruits de ses enfants s'en désintéressent ;

Devoir de produire des connaissances et de proposer des politiques publiques adaptées aux besoins du pays ;

Devoir de transmission des connaissances car Former un étudiant, c'est construire une brique de l'édifice national ;

Devoir d'innovation puisqu’il nous faut produire des pensées nouvelles, des approches inédites, des solutions conçues à partir de notre propre sol, de notre propre géographie humaine, économique et culturelle. 

Devoir de solidarité. La communauté universitaire ne doit pas être une élite fermée sur elle-même. Elle doit tendre la main aux communautés locales, aux artisans du savoir informel, aux entrepreneurs de base, aux agriculteurs qui nourrissent le pays. 

Descartes disait que le bon sens était la chose du monde la mieux partagée. Nous, universitaires haïtiens, ajoutons : le savoir doit être la chose la mieux partagée pour qu’elle puisse être valablement mise au service du peuple.

Il me faut impérativement aborder à ce stade un autre point essentiel pour l'avenir d'Haïti : l'économie du savoir. Le monde a changé. Les nations qui prospèrent au XXIe siècle ne sont plus nécessairement celles qui possèdent le plus de ressources naturelles. Ce sont les nations qui ont su transformer leur capital humain en moteur de croissance, leur intelligence collective en avantage compétitif, leur capacité d'innovation en levier de développement.

En conséquence, l'État haïtien doit absolument placer le savoir et l'innovation au cœur de la stratégie de développement national. Il s’agit là, à la fois, d’une prescription constitutionnelle, d’une exigence économique et d’une contrainte stratégique.

Dans ce prolongement, il nous faut bâtir aujourd'hui un Pacte national pour l'économie du savoir en Haïti. Ce Pacte implique au minimum :

Premièrement, un engagement budgétaire significatif et sanctuarisé pour l'enseignement supérieur avec une trajectoire vers les standards internationaux. 

Deuxièmement, la création d'un Fonds National pour la Recherche et l'Innovation alimenté par l'État et piloté par les universités elles-mêmes.

Troisièmement, la mise en place d'une politique de valorisation des diplômes haïtiens dans la fonction publique et dans le secteur économique national, pour que le mérite intellectuel soit reconnu et payé à sa juste valeur.

Quatrièmement, l'articulation systématique entre l'université et le tissu économique national.

Mesye Dam lasosyete ! Peyi a ap travèse yon kriz malouk! Sosyete a malad nan tout kò l. Nou tout ap mande : ki Solisyon ? Nou pa konnen ki bout pou n manyen ! An nou pran chimen edikasyon ak ansèyman siperyè pou n sove peyi a ! Menm jan nou tout konnen edikasyon konn sove lavi moun, li ka chanje yon peyi tou! Vrè remèd Ayiti se lasyans, bon jan teknoloji ak edikasyon ! 

Anvan m fini, mwen vle di yon mo ak etidyan yo.

Nou menm etidyan, nou chwazi etidye nan yon moman ki mande anpil kouraj. Chak jou nou travèse wout ki frajil, nou pase anba bouch zam, nou riske lavi nou pou nou ka jwenn ti moso lakonesans, pou nou prepare avni nou. Nap etidye nan move kondisyon. Men nou kontinye kenbe malgre pwoblèm lamanjay, kout zam, kè sote ak twomatis. 

Mwen vle pou tout etidyan konnen, batay sa a n’ap mennen an pa danse kole ak reziyasyon, men li makònen pito rezistans ak lanmou patriotik. E se nan etid sa yo ak jefò sa yo lòt Ayiti nap chèche a ap sòti.

Mwen pwofite jodi a pou m mande tout otorite ki la a pou nou pa bliye etidyan yo, pou nou pa kite yo pou kò yo nan batay yap mennen pou yo pa abandone fòmasyon yo. Yo bezwen yon akonpayman espesyal nan moman difisil sa a.

Aujourd’hui tout le système universitaire haïtien est menacé par la crise : les bâtiments ont été pillés et vandalisés ; la migration forcée de nos professeurs nous a privés de la compétence de bon nombre de collègues chevronnés ; le manque criant de ressources financières empêche l’université haïtienne de remplir ses devoirs. 

Je ne puis manquer de saluer les efforts du gouvernement relatifs à l’augmentation du budget accordé à l’Université d’État d’Haïti au début de cet exercice fiscal. Toutefois, beaucoup reste à faire. 

Fort de son statut constitutionnel d’institution indépendante et autonome, l’UEH doit respecter son devoir d’exemplarité pour le système de l’enseignement supérieur haïtien ; les Universités Publiques Départementales doivent être renforcées ; les Universités Privées ont besoin d’être soutenues. En un mot, le système de l’enseignement supérieur haïtien a besoin d’une meilleure organisation, d’une meilleure régulation émanant d’une véritable concertation.

En ce 18 mai 2026, sous les couleurs de notre drapeau bien-aimé — le bleu de la fraternité et le rouge du sang versé pour la liberté — l'Université d'État d'Haïti réaffirme son engagement sans faille envers la Nation.

Nous serons toujours debout parce que nous croyons, avec la conviction des bâtisseurs, que la connaissance est la seule voie durable vers la dignité collective et la souveraineté réelle.

L'histoire nous regarde. Les fondateurs nous interrogent. Les générations futures nous jugeront. Et ce jugement sera simple : Avez-vous fait ce qu'il fallait, au moment où il le fallait, pour sauver ce qu'il y a de plus précieux en Haïti —à savoir l'intelligence de son peuple, la créativité de sa jeunesse, la profondeur de sa culture ?

Que le drapeau que nous honorons aujourd'hui soit aussi le drapeau de l'école et de l’université, du laboratoire, de la bibliothèque et de chaque salle de cours. 

Vive l'Université d'État d'Haïti !

Vive l'Université haïtienne !

Vive la Fête du Drapeau !

Vive Haïti libre, souveraine et savante !