Le Compas Direct a franchi les frontières dans des efforts d’internationalisation par la migration de nos groupes musicaux. Aussi la musique du Compas direct a-t-elle accordé une attention à de grands problèmes de l’humanité? Car les thèmes universels participent à une migration des artistes. C’est un voyage imaginaire au-delà des frontières culturelles et physiques . L’amour, l’exil, l’identité et la condition humaine, la guerre et l’exploitation sont des thèmes qui renvoient à une condition humaine universelle. On peut qualifier la musique comme un art transnational. La migration s’inscrit dans un double mouvement qui est d’une part un retour aux sources et de l’autre l’accès à un dialogue interculturel.
La migration s’accompagne d’un processus d’adaptation, d’intégration ou d’assimilation. Il y a lieu de faire état de l’apport du diffusionnisme culturel et celui de la globalisation de la culture sur les activités et modes de vie des migrantes et migrants aussi bien que sur la musique. Dans certains cas, se préservent les cultures par des résistances des groupes de diaspora dans leur repli identitaire. Ce qui fait référence aux frontières culturelles.”La musique voyage avec la migration et les aventures migratoires transportent les gens dans des espaces pluriels et dans le temps” , rapporte Frandy Jasmin. Aussi l’interculturalité est-elle une approche pensée par le bas, permettant aux peuples d’échanger entre eux-mêmes?
En effet, la migration est le déplacement durable défini par de groupes humains d’un milieu de référence à une destination finale. Les animaux savent aussi migrer. La migration qui soit le terme générique implique des déplacements, échanges, rencontres, refuges, transit,visites , installations temporaires ou durables, résidences permanentes. La migration est un terme utilisé aussi en informatique, il s’agit de migration des données,migration d’applications, etc. Mais cet aspect n’est pas ici l’objet du présent exposé
Dans notre travail, nous nous proposons de relier les thématiques et contenus musicaux des groupes de Compas direct à travers plusieurs générations des approches de migration- Mais ce point sera réservé pour la suite de cet article avec un développement soutenu -. Bien souvent, on laisse le champ libre à des études théoriques associées à des universitaires avec le monopole de comprendre la réalité sociale, culturelle, économique et politique alors que les savoirs populaires et des récits ont aussi une importance discursive. Dans cette perspective, nous avons proposé une liste de dix thématiques. Ce sont :1) Migration et promotion légitime du Compas direct; 2) Migration, attache et sens patriotique; 3) Nostalgie en situation de migration; 4) Retour aux sources;5) Migration, traite et trafic; 6)Migration, exploitation et stigmatisation;7) Migration et sante mentale; 8) Migration , conflits de valeurs et sante mentale; 9) Migration de retour et identité ; 10) Fascination des valeurs occidentales et médiatisation .
Ce travail tient lieu des considérations suivantes qui servent de plan: 1) Mise en contexte des migrations des musiciens et musiciennes et des groupes musicaux dans la région , apports réciproques et influences; 2)les mouvements de migrations internes et influences sur les groupes musicaux des milieux urbains et de la capitale d’Haïti 3) Trajectoires migratoires des migrantes et migrants membres des groupes de Compas direct ; 4) Migrations des premiers groupes musicaux du Compas et des musiciens et musiciennes vers les Etats Unis, le Canada, la France et les Antilles et de l’évolution des groupes musicaux ; 5) Bases pour l’analyse des récits de migration au regard des réalités existantes .
Mise en contexte
Le cosmopolitisme a marqué la société haïtienne qui est à la croisée des courants culturels divers . L’avancée de l’indigénisme des premières années du Duvaliérisme 1957-1965 n’a pas pu dévier des traditions vouées à l’universalité . Entretemps, s’approchait le Mouvement de Mai 1968 qui allait impliquer de nouveaux modes de vie et des expressions culturelles et artistiques qui questionnaient le traditionnel au profit du développement d’un mouvement antisystémique. C’est l’essor des groupes hippies, de l’habillement aux mini-jupes exposés à l’exhibition du corps, c’es le dadaïsme dans la peinture et dans la musique, la montée du rock and roll et sa version française connue sous le nom du mouvement Yeye. Les groupes musicaux haïtiens d’alors ont vite embrassé ce mouvement qui a fait l’affaire des Mini Jazz (Shleu Shleu, Tabou Combo, Frères Déjean, les Ambassadeurs, les Loups Noirs etc) .
En fait, on constate des réminiscences de tendances musicales étrangères dans le patrimoine national grace aux migrations et échanges dans la région. Les influences n’ont pas pour autant afffecté le substrat culturel haïtien dans la littérature, les arts et la musique. Il se produit un éclectisme tout en maintenant le fond du Compas original. “Le Konpa fonctionne comme une marche en rythme, selon le principe d’alternance des appuis. Le rythme de base est binaire (1-2,1-2), comme dans une marche militaire appuyant tous les temps de la mesure. Il ne faut pas oublier un ensemble de postures de notre konpa:kanpe lwen, anbwate, ploge , men nan men ak de men, men nan men ak yon men, lage “( https://lenouvelliste.com/article/236455/tout-sur-la-danse-compas-konpa-danse-sociale-dhaiti-de-clifford-gaelle-jasmin-ala-yon-bel-eritaj-sa).
J’observe que plus d’uns assimilent le Compas direct à un rythme produit dans la facilité avec un tempo monotone . Mais le “Compas Direct” évolue , se construit et s’enrichit au fil des temps sur le plan esthétique aussi bien que comme mouvement identitaire. La danse comme l’une des dimensions est typique . Elle se manifeste dans des tours de hanches , la cadence et dans les élans. Le cas du compas direct fait état de l'éxécution de pas simples 1-2:correspondants au tempo de base à partir duquel le maestro Nemours Jean Baptiste avait à la fois conçu ce rythme couplé d’une danse dont les mouvements sont fluides.
Par ailleurs, un recul historique permet de relater que les premières traversées des esclaves dans le cadre de la traite négrière sont accompagnées de leurs bagages culturels, de leurs habitudes, leurs us et coutumes ainsi que l’art et la musique de ces derniers . Ce qui fut en premier lieu le cas des rites de sambas des indiens arrivés en 1492 dans l’ile d’Haïti aussi bien que les rites africains (petro, ibo, rara, raboday, yanvalou, nago, ibo). La musique du jazz qui a connu d’abord un grand essor aux Etats Unis et dans le reste du monde est issue des traditions des esclaves de Saint Domingue qui ont migré à Louisiane. Puis, l’expérience des braceros haïtiens de Cuba a pu charrier le genre de troubadour qui allait être très dominant durant l’occupation américaine de l’ile d’Haïti.
Haïti constitue un carrefour culturel et à ce titre reçoit les grandes personnalités et les groupes du monde musical international du Mexique, des Etats Unis, du Canada, de la France, de l’Espagne, du Brésil. Des émissions radiophoniques l’ont historiquement témoigné pour la musique méxicaine, le son cubain, le merengue dominicain, les chansonnettes françaises, la musique américaine, la musique africaine, la musique brésilienne, la musique sudaméricaine, la musique antillaise et caribénne. Nous profitons pour indiquer les émissions de promotion de rythmes d’autres peuples. Ainsi , pour la musique latine, la Radio Haïti , la Radio Métropole , la Radio Nationale d’Haïti , la Radio Antilles International et la Radio Kiskeya ont consacré des heures spécifiques de diffusion; Les chansonnettes françaises et les ballades ont fait le tour des stations de radio qui leur dédient une partie importante de leur programmation. La Radio Caraïbe pour la musique méxicaine; la musique du jazz a été diffusée dans des séquences de programmation à Radio Nationale d’Haïti, la Stéréo 92 de Radio Lumière,Radio Vision 2000, Radio Mélodie FM, Radio Métropole, Radio Ibo, Radio Kiskeya.Pour le hip hop et le RAP , Radio Télé Eclair, Radio MBC; la Radio Nationale d’Haïti faisait aussi la promotion des rites africains. Le Zouk avait fait l’affaire de presque toutes les radios ainsi que le reggae. La musique sudaméricaine a eu un echo à Radio Kiskeya. Au fur et à mesure des radios ont une programmation exclusivement portée sur la diffusion de la musique dont les Radios Super Star , Sweet FM, Univers FM, Horizon FM .
A l’heure des nouvelles technologies de l’information, il n’y a plus de frontières pour accéder aux musiques du monde quand les vues (views) et suiveurs (followers) comptent beaucoup pour l’audience des groupes musicaux . N’a t-on pas relaté des dizaines de milliers de vues (views) de Joe Dwet Filé, puis de Rutschelle Guillaume et du Magnum Band parmi des records notés à un certain moment.
Les groupes musicaux haïtiens sont ouverts aux autres courants, ils ne manquent pas même ponctuellement pour éxécuter des touches et reprendre des refrains associés à d’autres rites étrangers comme la salsa, le calypso, le Bossa Nova, le disco, la pop, le reggae, le jazz, la bachata, le rock and roll, le zouk etc. Des groupes spécifiques se réclament de telles tendances dans certains morceaux et à titre d’exemples nous pouvons citer les associations suivantes: (Ibo Combo et Caribean Sextet et Bossa Nova), (Magnum band, le funk music), (le scorpio universel et le rock, dans les années 1970 et 1980; (le DP Express et le disco); (le Gemini All stars et le reggae), dans les années 1980; (le Tabou Combo et le hip hop); ( les mini jazz et le courant yeye), dans les années 1970. Le maestro Nemours Jean Baptiste lui même a embrassé le Mambo, le Cumbia et d’autres rites apparentés au big band. Le Zouk avait aussi influencé la musique haïtienne à un certain moment, fin des années 1980 et jusqu’à 1990. l’afrobeat, le techo et le R and B après les années 2010. A l’heure actuelle , on parle du Compas direct au rythme du Rabòday électronique . Il faut souligner que Les femmes reviennent sur la scène du Compas avec une prestation internationale appréciable.
Les groupes haïtiens du compas direct ont eu à leur tour une influence réciproque sur le mouvement musical dans les antilles puis en République dominicaine . Les groupes d’ailleurs principalement l’artiste dominicain Wilfredo Vargas dans “ pale pale on” et “el jardinero” avait procédé à une adaptation du groupe de Compas de DP Express. Ils interprètent la musique du Compas direct dont certaines compositions du Tabou Combo et du DP Express.Il a évolué sur les traces du maestro dominicain Johnny Ventura qui a interprété pour sa part le tube “Bobine” du Mini jazz “les Ambassadeurs”. Au départ, le Compas direct avait une forte influence dans les antilles jusqu’à inspirer des groupes musicaux antillais tels les Gramacs, Exile one et les Aiglons.
Aujourd’hui , on rapporte que le rappeur Kery James a intégré le Compas dans son morceau “Jacmel” de son dernier projet RAP sorti le 27 novembre dernier. Des prestations de Rutschelle Guillaume, d’Anie Arlerte sont assorties de celles d’autres artistes étrangers avec qui elles sont associées .Ce, sur les pas du Magnum Band, du Skah Shah et du Tabou Combo . Le Bossa Combo dans “Acte de Naissance”(1981) de l’album “Ambiance d’Eté” a fait l’éloge du Compas direct comme un langage universel qui permet de communiquer aux gens de tous les continents
Le Compas direct a fait l’objet de différents débats sur son origine. Le courant qui l’assimile à la Merengue priorise ses origines coloniales en tenant compte des variations de la musique europénne d’alors sous les effets des rites africains. Puis, durant l’occupation américaine et sous les gouvernements de Duvalier, on a constaté des activités culturelles et les prestations de meilleurs artistes internationaux dans presque tous les genres qu’ils /elles ont eu à performer en Haïti (théatre, musique, cirque, beaux arts, littérature, cinéma, danse, etc.).Ce, malgré l’éducation plus qu’insuffisante des Haïtiens dans le domaine des arts, et qui traduit par une absence quasi générale de spectateurs, lors de grandes manifestations artistiques, les vedettes étrangères ne renoncent pas (Corvington, 1987 :301).
Le Compas direct s’inscrit par la suite dans la mouvance et l’influence de la musique caribéenne dans les années 1940-1950. Le nouveau genre musical du Compas direct né en 1955 est à la fois influencé par le folklore haïtien ainsi que le Tipico cibaeno, la contredanse, le Magouline dominicain, la musique cubaine et le carabinier. Dans ce contexte, les échanges furent intenses sous le coup des migrations dans la région. Ce qui a permis des prestations en tandem de musiciens et de musiciennes de nationalités différentes. Ce moment venait tout de suite après l’ère des grands orchestres qui a marqué l’orchestre d’Issa El Saeh, le jazz des jeunes, l’orchestre aux Calebasses, le Tropicana qui allait devenir l’orchestre Nemours Jean Baptiste qu’on percevait avoir éxécuté des rites dits importés. Alors que les grands orchestres jouaient de la musique dite savante , le Compas direct s’est assimilé à un rythme produit dans la facilité avec un tempo monotone 1-2 .
2 Les mouvements de migrations internes et leurs influences sur les groupes musicaux des milieux urbains et de la capitale d’Haïti
On ne saurait passer sous silence les marques rurales du “grenn siwèl”du Compas Direct transformé en musique urbaine par le maestro Nemours Jean Baptiste . Ce, après avoir observé un bal “anba tonèl” dans la localité de Saut d’Eau. En effet, “le terme “Grenn siwèl” correspond aux petits orchestres ruraux, appelés également bann gwenn siwèl ou plus simplement ti-bann”. La contribution des travailleurs braceros haïtiens revenus de Cuba a été considérable dans le développement duquel genre en Haïti qui soit une variante du Troubadour. Le dialogue musique rurale et musique urbaine est effectif. La réception de la version de la musique du compas en “live’ s’apparente souvent au ‘grenn siwèl lors des fêtes champêtres et la musique dansante en “live” . Ce genre est à mi-chemin du troubadour avec une dominance du conga, de malaca, et de nos jours le keyboard s'associe au son du saxophone pour s’adapter à la rythmique du “ grenn siwèl“ . Des solos simples de la guitare ou du piano s’accordent et animent dans le même sens.
L’apport de musiciens des provinces était crucial. Formés pour la plupart dans des groupes d’églises , dans des chorales , ils se retrouvaient dans plusieurs groupes de Compas direct de la Capitale. On peut se rappeler dans une liste non exhaustive le tambourineur Raymond (Roro) Baillegeau ( 1910-1980) de Jacmel; la chanteuse et guitariste Lumane Casimir (1914-1955) de Plaisance du nord et Eddy Prophète né en 1943 au Cap haïtien . Ce dernier a performé dans le groupe Latino devenu Ensemble Webert Sicot. Il a joué dans le groupe Ibo Lele, sous la direction de Tite Pascal. Il a plus tard collaboré dans le compas dans l’album “Haitiando” (2001) qui était un concept du compas direct sous ses aspects de troubadour avant d’oeuvrer dans le jazz. Tite Pascal lui, (multi instrumentiste) né en 1947 à Pétion Ville qui lui a joué avec les groupes Anacaona, jazz Atomique et le Conjunto international, les Six as de Pétion Ville, Ayizan (un groupe Racines). . Quant à Guy Durosier né à Port au Prince en 1931 et contribué au Septentrional et dans d’autres groupes (Ensemble Riviera et orchestre Issa El Saeh à Port au Prince puis a émigré au Canada puis en France . Il a aussi réalisé plusieurs séjours aux Etats Unis. Il est multiinstrumentiste. Il est décédé en 1999.
Jean Elie Telfort né en 1950 et Roger M.Eugène(1947) issus de groupes musicaux de Port de Paix comme les orchestres _ Tremelos- et les fantaisistes puis l’orchestre Perle des Antilles composé par Jean Elie Telfort dit Cubano (multi instrumentiste) qui jouait les tubes de Nemours Jean Baptiste (1918-1985) né à Port au Prince et de Wébert Sicot (1930-1985) né à Port au Prince, multi instrumentiste associé aux groupes suivants (Conjunto international, Orchestre Casino international, orchestre Latino, Flêche d’Or) Il a migré aux Etats Unis en 1968, a collaboré avec Ibo combo à New York, le groupe Zotobre de Serge Rosenthal et l’orchestre de la Radio Nationale sous la direction du maestro Raoul Guillaume (Claude Victor, le Nouvelliste du 4 février 20250, Septentrional puis a intégré Shleu Shleu qu’on dit être l’équivalent des Beatles en Haïti .
Quant à Antoine Rossini Jean Baptiste dit ti Manno (1953-1985), il est des Gonaïves et a performé dans le groupe de Compas direct “ Diable du rythme de Saint Marc” avec lequel il est parti pour les Etats Unis pour s’y installer par la suite. Intégrant les groupes de Volo Volo de Boston et d’Astros. Revenu en Haïti en 1978 est passé au DP Express jusqu’à 1981 pour fonder son propre groupe “Gemini All Stars”.
Pour ce qui concerne Joseph Lainé dit Blagueur, il est de Jérémie ou il a performé dans le groupe des “Fantaisistes de Jérémie qui a repris le style des “Fantaisistes de Carrefour” du Maestro Gérard Daniel.Il a intégré le Coumbite Créole de Rodrigue Millien dans les années 1970 dans lequel il a chanté le fameux tube “Lelen Chérie “ qui est devenu presqu’un standard.Il a imité le timbre de voix de Jesan Elie Telfort (Cubano) du Skah Shah.Après le Coumbite Créole, il allait faire partie du groupe Shooblack. Il se retouvait plus tard aux Etats Unis dans la formation de Skah Shah d’Haïti Number Plus dans les années 1980, une dissidence du groupe Skah Shah sous la direction du maestro Arsène Appolon.
Nous poursuivons la présentation des individualités issues principalement des provinces qui ont eu leur partition dans l’évolution des groupes du Compas direct tant à Port-au-Prince qu’en terres étrangères. Nous distinguons ainsi Dener Ceïde qui est de Saint Louis du sud, né en 1979. Il faisait partie du groupe évangélique Alabanza (multi instrumentiste). Il a émigré aux Etats Unis en 2000 , à la base du groupe de Compas direct “Zafem” mais a collaboré à d’autres groupes comme le Tabou Combo .
Pour considérer les différentes générations de musiciens, c’est le tour d’Ascencio Sevère dit Oky Jems, ancien membre de King Posse, a respectivement collaboré avec les groupes “Vyab” et “Djakout” au carnaval. Il avait fait bonne figure en 2013 dans le groupe “Ambiance’ du Cap haïtien considéré alors comme la nouvelle génération.
Puis Jean Hérard Richard dit Richie né en (1969) au Cap haïtien et a rejoint le groupe “Zenglen” en 1996 après avoir débuté dans le groupe “Tah Pajj”. Il a quitté le groupe “Zenglen” en 2011 pour créer son propre groupe “Klass” en 2012. Il est percussionniste, chanteur et compositeur. Sa première formation musicale au Cap haïtien portait le nom de “Power X” puis “Fashion” 1990 et a laissé le pays la même année pour aller s’installer aux USA là il a étudié la technologie musicale. Il a joué avec des groupes jamaïcains et américains.
Des fusions se sont constatées lors des migrations de musiciens de provinces vers Port-au-Prince ou vers des pays étrangers. Le Maestro Nemours Jean Baptiste lui-même a une dette envers Destinoble Barrateau(1915-2001) in Haïti Liberté 22 novembre 2017 Pleins feux sur Destinoble Barrateau (Cayes , 1915-idem , 2001) “un etalon discret “ de Ed Rainer Sainvil ).Le maestro Barrateau (multiinstrumentiste) était de l’orchestre du Méridional puis du Panorama des Cayes qui a appris Nemours Jean Baptiste à jouer le banjo puis le Saxophone (Le Nouvelliste du 28 juillet 2025 Destinoble Barrateau: le maitre oublié derrières les débuts de Nemours Jean Baptiste et la naissance du Compas direct).
Les deux principaux ténors du Nord se sont vite adaptes au Compas direct direct. l’Orchestre du Tropicana d’Haïti jouait d’abord Nemours pour s’alligner après dans la musique du nord et le Septentrional se réclament du Compas direct sous la forte influence de ce rythme alors qu’ils s’identifiaient autrefois aux grands orchestres. On voit d’autres groupes de Compas direct des provinces qui suivent cette mouvance .
Les trajectoires migratoires des migrantes et migrants membres des groupes de compas direct
Les musiciennes et musiciens n'ont pas les mêmes trajectoires migratoires. En effet, il y a une première génération qui fait partie de la 1ère vague de migrants à destination des Etats Unis, du Canada , de la France ou des anilles françaises.Ils sont pour la plupart de migrants qui onr bénéficié de visa d'étudiants ,de visas d'affaire,visa d'échange pour artiste ou de Permanent résident de programme de réunification familiale.Le motif politique est central dans l'un ou l'autre cas. Ils ou elles ont eu déjà des antécédents dans la musique soit comme musicien ou musicienne et membre d'un groupe musical.Certains faisaient partie de chorale d'église ou de fanfare au lycée ou à l'école congréganiste , du Centre d’Accueil de Carrefour qui a remplacé la Centrale es Arts et de Métiers. D'autres ont un savoir faire sur le tas comme musicien expérimenté.Les premières personnalités de référence dans cette mouvance étaient Wébert Sicot, issu de cette Centrale puis Nemours Jean Baptiste, tous deux saxophonistes et maestro d'orchestre qui se sont rendus aux Etats Unis. Puis Eddy Prophète (pianiste) qui a migré aux Antilles pour s'installer à Québec. Il est parti en 1964 pour Martinique jusqu’en 1967 . Il intégra l’orchestre Tropicana de Martinique et s’est joint à de musiciens martniquais.
Guy Durosier (pianiste,compositeur) se dirigeait vers la France après un passage dans l'orchestre Septentrional. Ces pionniers ont exercé dans les grands orchestres puis se sont associés aux groupes de Compas direct. C'était le tour , dans un 2è moment de jeunes musiciens de mini jazz contraints de laisser le pays pour leur protection et être à l'abri de la dictature des Duvalier . Ces musiciens étaientJean Elie Telfort (Cubano) multiinstrumentiste Roger M. Eugène (Shoubou) et Saint Victor (Zouzoul), chanteur André Dadou Pasquet (guitariste et chanteur) et Claude (Tico) Pasquet (percussionniste), Herman Nau (batteur) né 1946 aux Cayes décédé en 2021, Albert Chancy ( guitariste). Cette 1è vague de migrants des années 1960/1970 ont oeuvré à la promotion du Compas direct en diaspora. Les deux premiers groupes formés aux Etats Unis étaient le Tabou Combo et le Skah Shah issu des Shleu Shleu de New York.
La 2è vague migratoire se situait dans la période 1970-1980 avec un profil partagé . Ils sont des migrants à statut de Résident Permanent , des migrants à visa d'affaires ou d'échanges comme artistes, de visa étudiant . Un deuxième groupe de musiciens s'identifient comme ceux ou celles qui sont restés pour régulariser par la suite .Il y en a qui ont voyagé avec des groupes musicaux et ne sont pas retournés dans les termes du contrat impartis. C'étaient les cas des Frères Déjean , le Bossa Combo, le Scorpio Universel, le DP Express , le Coumbite Créole de Rodrigue Millien (1946-2021) , Jules Similien (Toto Necessité) a produit un tube centré sur la migration “la vie new york “(1977) . Né à Port Margot en 1945, est allé s’installer à New York dans les années 1970 -pour ne citer que ces groupes. Des artistes indépendants ont connu un palmarès pareil.
Nous avons aussi constaté la présence progressive de femmes musiciennes dans cette vague. Ils allaient augmenter le nombre de formations musicales existantes et ont produit des albums spéciaux.Les Etats unis ainsi que les antilles françaises constituaient les principales destinations.Nous nous gardons d'identifier les personnalités concernées par cette vague autre que Alix Jacques et Gérard Daniel qui sont à la base des formations du Djet X , de Colé Colé Band. Les petites bandes musicales ne cessaient de se multiplier.Ils représentaient des espaces identitaires et de récréation pour les communautés haïtiennes de la diaspora.Une 3è vague de migrants a été identifiée dans la période 1980-1990.
Cette vague est en.majeure partie composée de boat people tout en notant la présence de migrants et migrantes liés à des programmes d'échanges, des touristes munis de visas B1/B2 et d'artistes ayant de visa de travailleur. Les autres vagues de migrants et de migrantes sont généralement liés á des statuts de réfugiés, de TPS, de demandeurs d'asiles et autres. De nouvelles formations musicales ont vu le jour dont Nu Look, DZine, Zenglen, Missile 727 entre autres. Après les années 2020, les artistes indépendants et groupes musicaux ont pris d'autres destinations pour aller se performer pour fuir l'insécurité et la violence qui sévissent depuis lors en Haïti. Ils /elles ont emprunté le Chili,le Brésil, le Mexique, la République dominicaine et les antilles. De rares groupes comme Kreyòl.la, Mass Compas,Tropicana et Septentrional sont ceux qui ont de prestations en Haïti.
Le Compas direct a de plus en plus une percée considérable sur le plan international dans une perspective de dialogue inter culturel. De plus en plus la prestation des femmes est redevenue remarquable et considérable.Nous faisons référence à Danielle Thermidor (chanteuse) , née en 1955 et originaire du Cap haïtien, qui a fait une carrière dans l’orchestre de la Radio Nationale dans les années 1980.Elle a fréquenté Columbia University aux Etats Unis et continue à faire des prestations comme artiste dans la diaspora. Elle est parmi les premières voix féminines à chanter le Compas direct après la période des Mini jazz.
La chanteuse Evans Lespinasse a fait une grande percée dans le Compas direct avec le “Cole Cole Band” d’Alix Jacques en 1980 aux Etats Unis d’Amérique, après une présence timide de choriste des femmes. Nous retenons aussi Sylvie Daréus (Sylvie d’Art) (1981) qui a co-animé le groupe de Compas Caribean Sextet dans les années 1980, revenue de Chorale de Radio Lumière. Elle est passée dans le rang du groupe mirak, puis dans K-Dans de la nouvelle génération et nous nous rappelons le fameux hit “Balanse m nan bra w”. Dionne Lamothe, lui-même a eu un passage au Bossa Combo dans “Caroline”en duo avec Raymond Cajuste (1987) , revenue d’un groupe “ Les Etincelles de l’évangélique”.
De figures féminines se sont revenues sur la scène du Compas direct et ont surtout performé dans la diaspora.Nous citons quelques unes qui sont Farah Juste qui a chanté dans (Skah Shah d’Haïti Number one Plus) en 1981, Georgie Metellus ( du groupes Zin et Riske); Sandra Jean (Riske) ainsi que Gina Rouzeau ( New York City Orchestra, puis New York City Band),Maguy Limage,Sabrinaa Koljornsen qui était avant dans le groupe “Skandal”. C’était le tour du projet “ konpa O Féminin”(2013) avec Sherly Desgrottes, Georgie Metellus, Violène Dazme. La liste n’est pas exhaustive et nous profitons pour citer Misty Jean, Darline Desca, Fatima Altieri (Victor in le National 2025, avec le titre Riské, le Compas au Féminin).Nous sommes désolé pour les biographies peu détaillées car l’idée n’était pas de presenter une biographie générale des artistes du Compas direct.
Raymond Cajuste 1947-2023 multiinstrumentiste , né à Ganthier.Outre ses tatonnements dans sa vie natale, il allait intégrer des Mini Jazz comme Chupa Chupa, Les Gypsies , les Difficiles.C’est dans le Bossa Combo qu’il a eu sa longue carrière.
Migrations des premiers groupes musicaux du Compas et des musiciens et musiciennes vers les Etats Unis, le Canada, la France et les Antilles et de l’évolution des groupes musicaux.
Il survient des migrations des premiers groupes musicaux du Compas et des musiciens et musiciennes vers les Etats Unis, le Canada, la France et les Antilles. Les deux ténors respectivement liés au Compas direct et à la Cadence Rampa sont partis pour les Etats Unis à un moment où d’autres groupes musicaux émergeaient. Dès lors tout est sujet à l’éclectisme par rapport au Konpa direct au regard du courant de diffusionnisme.On pouvait noter le Maestro Nemours Jean Baptiste qui éxécutait les rythmes du Mambo aussi bien que du Cumbia.”C’est de l’éclectisme quand les musiciens s’inspiraient des nord américains pour les cuivres et pour les violons et les latinos aux claviers, selon Lacoste (Lacoste, 2021). Le diffusionisme culturel avec l’avènement d’une industrie musicale à visée consumériste embrasse de courants technologiques du moment ainsi que des genres en vogue.
C’est aussi l’avènement de la tendance du Mini jazz. Il s’agit d’une musique d’un fond rythmique associé à des touches de rock, de Pop et du courant Yéyé. Il se base de deux guitares, une guitare basse, une batterie, un ou deux chanteurs. La guitare électrique s’impose (13). Aussi la migration était-elle un facteur important dans le dialogue entre les cultures que représente la musique. De nouveaux groupes allaient être créés dans la diaspora haïtienne aux Etats Unis. Il s’agit du Tabou Combo de Pétion Ville , Le Shleu Shleu devenu Skah Shah, Les Frères Déjean.Gérard Daniel est rentré à New York en 1974 avec les Shleu Shleu a presté dans Djet X
La deuxième génération des groupes qui évolue à l’extérieur sont parmi ceux qui ont été librement formés là-bas .Ce sont ceux du Volo Volo de Boston, du Djet X, Cole Cole Band, Astros de New York, Thamad Fever, Exodus,Mini all stars,Magnum Band, Mirak
D’autres groupes sont issus de dissidences comme l’Accolade de New York, une dissidence du Bossa Combo, du System Band qui est une scission des Frères Déjean, Méridional et Missile 727 et tant d’autres (15). Une troisième génération comprend les groupes suivants : Zin, Zenglen, Nu Look,Nou riske, T Vice
Des figures féminines se sont revenues sur la scène du Compas direct et ont surtout performé dans la diaspora.Nous citons quelques unes qui sont Farah Juste qui a chanté dans (Skah Shah d’Haïti Number one Plus), Georgie Metellus ( du groupes Zin et Riske); Sandra Jean (Riske) ainsi que Gina Rouzeau ( New York City Orchestra, puis New York City Band),Maguy Limage,Sabrina Koljornsen qui était avant dans le groupe “Skandal”. C’etait le tour du projet “ konpa O Feminin”(2013) avec Sherly Desgrottes, Georgie Metellus, Violène Dazme.La liste n’est pas exhaustive et nous profitons pour citer Misty Jean,Darline Desca, Fatima Altieri (Victor in le National 2025, avec le titre Riské, le Compas au Féminin).Nous sommes désolé pour les biographies peu détaillées car l’idée n’était pas de présenter une biographie générale des artistes du Compas direct.
C’est le tour des nouveaux groupes tels que Klass, Zafem, Zile qui ont évolué aux Etats Unis.
Des artistes haïtiens vont s’installer à l’étranger depuis que sévit l’insécurité de l’après 2019 en Haïti dont Darline Desca, Bedjine,Vanessa,Fatima,Kadilak, Blondely, Rutshelle. Hamonik, Kai et des DJ sont aussi de la partie.Aujourd’hui encore, des ténors du compas comme Kaï, Vayb, Nu-Look, Klass, Harmonik, Gabèl ou Zenglen, ont Miami comme quartier général.
Bases pour l’analyse des récits de migration au regard des réalités existantes
Les thématiques dégagées des contenus musicaux sont au nombre de dix(10) . L’une des thématiques est tirée des images et vidéo clips associées aux rythmiques et paroles . Il s’agit de la “Fascination des valeurs occidentales et médiatisation” découlées des supports visuels.
La première thématique “Migration et promotion légitime du Compas direct” est exprimée par les contenus des titres suivants:
“Compas mondial” , 1969, de l’album “ Nemours New Sound et “Mambo” (1955) de L’Ensemble Nemours Jean Baptiste.
“Respect”, du tabou Combo, 1973, de l’ album “Respect”;
“Pike devan” du Magnum Band, 1981 de l’album “Pike devan”;
“Acte de naissance “du Bossa Combo, 1981, de l’album “Ambiance d’Eté”.
Migration, attache et sens patriotique avec les titres révélateurs tels que
“Tounen lakay” du DP Express est le titre de l’album sorti en 1991 et avec le titre original de “ voye m lakay mwen”, en 1979;
“Peyi mwen” du T Vice,1999, dans l’album “Vicellenium”;
“La vie en exil” du Tabou Combo,1988, de l’album “aux Antilles”
“Haiti sou kè mwen” du Tabou Combo,1987;
“Nasyonalite” du Tabou Combo, 1992, de l’album “Go tabou go”;
“Si wal am Ayiti” de Guy Durosier interprété en live en 1967 a Montréal mais figure comme “chants d’Haiti’ , 1959;
“An ale” des Frères Dejean, 1993, de l’album “sans rancune”.
Nostalgie en situation de migration , cette thématique renvoie aux contenus des titres suivants
“Pression d’Haiti” du Tabou Combo,1972, dans l’ album “Canne a sucre”;
“Nostalgie” du Coumbite créole de Rodrigue Millien, 1987, de l’album “Nostalgie lakay”;
“Haiti” des Frères Dejean , 1976, de l’ album “International “;
“Tounen lakay” de Toto Nécessité, 2018;
“An ale” , des Frères Déjean, 1993 de l’album “Sans rancune”;
“Haiti”, du Skah Shah, 1975, de l’album”Les dix commandements”;
Retour aux sources;
“Négrier” du DP Express, 1986;
“Négrier” du Scorpio universel, 1980;
“Racines “ du Bossa Combo,1979, de l’album “ Racines”;
“Africa” du Gemini All Stars, 1983;
“Africa” de Missile 727,1985;
“Nèg” du Dixie Band, 1983.
Migration, traite et trafic;
“Yo” du Tabou Combo, 2000 dans l’album “Compilaton 30 years to the Zenith”;
“Canter” de Gemini all Stars, 1982,de l’album “Sort du Tiers Monde”;
“Rakèt” du Coumbite creole de Rodrigue Millien, 1980;
“Mizè frè nou” des Frères Déjean, 1988, de l’ album “Macaron”;
“Braceros” du Dixie band ,1991, de l’ album “Bayo bayo”.
Migration, exploitation et stigmatisation;
“America” du Skah Shah,1982;
“Liberté” du Magnum Band,1982, de l’ album “Adoration”;
“Répression” des Frères Déjean, 1990.
Migration et santé mentale;
“Koutba rezidans” du Coumbite créole de Rodrigue Millien ,1975;
“Lèlèn cherie”, Du Shooblack,1977et de Shoogar Combo, 1980;
“Viejo “du Méridional international, édité en 1984 mais sorti vers les années 1980 de l’album “Gran moun kannay”;
“Lanmou pa konn dyaspora” de Zenglen,2002, de l’album “Do it right nou pèdi fren”;
“Pa pran konsèy” du DP Express,1976, de l’ album “M pa pren contac”.
Migration , conflits de valeurs et santé mentale;
“Azoukinking” de l’Ensemble Select de Coupé Cloué, 1980, de l’album “Absolument”;
“America” du Bossa Combo,1976, de l’ album “Te quiero”;
“Lavi New York” de Toto Nécessité, 1977, de l’album “An ba Besmint”.
Migration de retour et identité ;
“Lakay” de Magnum Band ,1983, de l’album “Paka pala”;
“New York City” du Tabou Combo, 1980;
“Ann ale” des Frères Déjean , 1993, de l’album” Sans rancune”.
Fascination des valeurs occidentales et médiatisation .
Les vidéo clips pour être achalandées exposent les valeurs occidentales pour fasciner le public. C’est l’une des pierres d’achoppement à considérer pour garantir un avenir du Compas direct guidé par des valeurs et principes aussi enracinés dans la culture populaire. Le Compas direct a transcendé les frontières et les générations tout en s’adaptant aux nouvelles tendances, mais continue à s’accoupler avec la culture populaire. L’appel à un retour aux sources est un point fort qu’il convient d’apprécier pour faire prévaloir le caractère original du Compas direct.
De nos jours , on se pose la question si le Compas direct s’écarte de sa ligne conductrice pour se remettre aux directions que lui donnent des DJ et tout en tenant compte des nouvelles technologies de support. Nous voudrions faire référence aux articulations du Compas direct original et l’effet accoustique lié au Rabòday des DJ qui font l’affaire surtout des danseurs et danseuses. On s’imagine le tempo du tambour , de l’accordéon ou des lignes de vent dans l’économie des arrangements technologiques du drum machin et/ou de la magie des Disc Jockey. La musique du Compas direct a su préserver l’identité musicale du peuple haïtien , résistant à l’unifomisation que dicte la globalisation. Mais l’industrie musicale qui s’inscrit dans une logique consumériste tend à façonner les prestations des musiciens et musiciennes .
