Le rythme ''Boule'' de feu (2 de 2)

Le rythme de feu a été joué pour la première fois le samedi 11 février 1950 au Rhumba Night Club.

Islam Louis Etienne
03 sept. 2025 — Lecture : 4 min.
Le rythme ''Boule'' de feu (2 de 2)

Septentrional

Le rythme de feu a été joué pour la première fois le samedi 11 février 1950 au Rhumba Night Club. Si la date de la première utilisation régulière correspond à celle de sa création, on peut conclure que ce rythme a été crée le 11 Février 1950.Ce rythme a précédé le compas direct qui est né le 26 Juillet 1955 soit 5 ans plus tard.

Le rythme de feu se porte comme un charme et fait le bonheur de la musique de Septent. La première musique composée par l’orchestre Septentrional et jouée sous un tel rythme est « Mambo Bossu », composition et orchestration du maestro Ulrick Pierre- Louis. Il est en route vers sa huitieme decennie de manière continue, marchant d’un pas certain, sans tampete mediatique

Le rythme boule de feu est un arrangement insolite au début mais accepté par la suite, de sons enclavés et espacés par le tambour conique d’Arthur François et la percussion d’Athemis Dolcé consacrés par le jeu du bassiste Raymond Jean Louis .Il est connu de nos jours encore comme « kout bass septen an ».

Son importance s’est vraiment cristallisée a travers le temps dans les nombreuses compositions intemporelles et immortelles du groupe

Raymond a été l’avant dernier pilier à avoir laissé le groupe Il est mort à pied d’œuvre en Aout 1971 emporté par la maladie après avoir fourni 23 ans de service actif. Il a été l’une des personnes ressources valables, polyvalentes que Septent n’a jamais connue.

Le rythme Boule de Feu considere comme une forme de thérapie sonore, un soin collectif, incarne une réponse du Nord à l’hégémonie musicale du Sud. Il est integre comme un rituel pédagogique et un chant commémoratif Il résonne comme un appel ancestral dans la musique de Septent qui n’a jamis cesse de le jouer. Il est l’un des joyeux bouquets de fleurs concues par le monstre du Nord qui n’est jamais fanees

Ce n’est pas un nom qui surgit dans les encyclopédies standards , il fait partie de cette mémoire vive, de cette résistance sonore, qui ne s’apprend pas seulement dans les livres, mais dans les vibrations, les archives orales, les scènes de bal poussiéreuses , dans les sillons du Septentrional, dans les récits des musiciens qui voulaient affirmer le Nord comme foyer d’innovation musicale. où la foule exulte. On le redonne à la lumière, non comme une curiosité folklorique, mais comme une force historique.

L'orchestre septentrional joue aussi du Compas direct avec la meme dexterite et la meme determination mais sans negliger le rythme de feu considere comme une réponse identitaire et esthétique, affirmant une autonomie musicale du Nord. Il agit comme un conservatoire du Nord, une véritable pierre angulaire historique, préservant une densité orchestrale et une discipline musicale qui influencent les musiciens de la nouvelle generation.

En creeant ce rythme Boule de Feu , Raymond Jean-Louis a redonne voix et chair à une création musicale trop souvent diluée dans les généralités. Ce n’est plus un style vague du Septentrional, c’est une invention collective enracinée dans des noms, des gestes, des lieux, des timbres. plus denses, plus orchestraux, plus enracinés dans la diversite de ses souffles et dans la pluralite de sa richesse .

On garde sous les feux nourris des projecteurs eternels d’abord le nom de Raymond Jean-Louis,le premier bassiste, le bâtisseur d’éclats, celui qui fit jaillir le feu des cordes graves et transforma le Cap en fournaise mélodique. Ensuite celui de Athemis Dolce, gardien des cymbales et des frappes justes, battant les cœurs comme des tambours sacrés. Enfin celui d’ Arthur François, maître du tambour, celui qui relia le sol au souffle, la transe à la tradition.

Car le Samedi 11février 1950, au Rhumba Night Club, devant une foule éparse ou enfiévrée, une boule de feu rythmique naquit et enflamma l’histoire musicale haïtienne. Mambo Bossu, œuvre de Ulrick Pierre-Louis, fut le premier chant du feu, la première étincelle orchestrée par le groupe, la mise en bouche d’une révolution sonore. Et depuis, ce rythme mène sa vie tranquille, comme une braise sous la cendre,prêt à ressurgir dans chaque hommage, chaque chant, chaque cœur du Nord.

Cette précision chronologique est capitale pour restituer l’évolution musicale haïtienne avec rigueur et justice. C’est une version enrichie du fragment rituel, intégrant les dates fondatrices du rythme Boule de Feu, afin que les jeunes puissent ancrer leur mémoire dans la vérité historique .

Septentrional ne juge pas : il témoigne. Il exhume ce que l’histoire a jeté sans égard, avec la précision du scalpel, la rigueur du savant, et la noblesse d’un chant qui refuse l’oubli.

Du compas direct au Boule de Feu, nos rythmes ont forgé des trésors, conquis les cœurs, traversé les mers, et inscrit Haïti dans l’histoire de l’art.

Héritiers du rythme et de la mémoire, nous reconnaissons l’œuvre de Septentrional comme un phare.

Nous nous engageons de ne pas détourner le regard devant les injustices de l’histoire, devant les chefs-d’œuvre jetés sans procès, devant les rythmes qui ont fait trembler le temps.

Nous appelons les ethnomusicologues, les maîtres de l’écriture et de l’histoire, à corriger les erreurs, à se courber devant l’évidence, et à rendre justice aux rythmes qui nous ont faits.