Jardin garde-manger, entre l’utile et l’agréable

De quoi s’agit-il ? Le jardin garde-manger (JGM) est un concept technologique d’exploitation parcellaire totalement bio, dont les modalités techniques sont en quelque sorte proches de l’agroécologie et de l’agriculture raisonnée.

Abner Septembre Centre Banyen Jardin Labo
06 août 2025 — Lecture : 4 min.
Jardin garde-manger, entre l’utile et l’agréable

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De quoi s’agit-il ?

Le jardin garde-manger (JGM) est un concept technologique d’exploitation parcellaire totalement bio, dont les modalités techniques sont en quelque sorte proches de l’agroécologie et de l’agriculture raisonnée. Il s’avère plus productif que le jardin traditionnel et plus respectueux de l’environnement, du sol, de l’eau et de la biodiversité, tout en permettant de récolter des produits compétitifs en volume et en qualité. Etant une technologie de petit espace, le jardin garde-manger est plus économe en temps, en effort et en énergie, donc plus adapté à la réalité tant des femmes que des jeunes. Il est particulièrement conçu pour faciliter le retour de ces derniers à l’agriculture, dans une optique tant d’emploi soutenable et de revenu décent que de valorisation sociale et de recherche d’une plus-value agritouristique. Dépendamment de la culture, le rendement au mètre carré varie de 2,50 à 7,00 dollars américains.

Pour relever la rentabilité, le jardin garde-manger est associé au petit élevage protégé, en même temps qu’on peut rechercher une valeur ajoutée à travers la transformation. Enfin, dans un essai d’établissement de typologie, on peut distinguer : a) le jardin garde-manger familial aménagé à même la cour de la maison, faisant entre 258 et 300 mètres carrés, que certains assimilent au « Jaden lakou » ou « Jaden kay » ; b) le jardin garde-manger de l’abondance, allant de 1 290 à 3 225 mètres carrés, qui peut être multi-vocationnel, agro-forestier ou conservationniste ; c) le jardin garde-manger urbain qui peut se pratiquer autant sur la galerie dans des récipients ou à un coin de la cour que sur le toit de la maison, encore appelé « toit végétalisé » qui requiert un savoir-faire plus pointu, qui a aussi pour avantage de réduire l’émission de chaleur par les toits en dalles de béton. Ces différents aspects ont été expérimentés, de 2018 à 2023, au Jardin Labo Solivermont, à Vallue, localisée dans les hauteurs de Petit-Goâve.

Une technologie qui joint l’utile à l’agréable

Le jardin garde-manger fait partie de l’art du jardinage. Il associe l’utile à l’agréable. Son côté utilitaire consiste à assurer la sécurité alimentaire, économique et écologique. Son côté esthétique réside dans la façon de travailler la terre et de traiter le sol, qui en fait tout un art. Le côté esthétique réfère avant tout à l’aménagement qui est à l’œuvre, qui doit contribuer tant à la stabilisation et à la protection de la terre contre l’érosion et le lessivage qu’à l’infiltration de l’eau dans le sol qui va alimenter les sources, les cours d’eau, les rivières, les lacs ou les nappes aquifères. 

Cependant, cet aménagement diffère selon qu’on est sur terrain plat ou sur terrain pentu. Sur un terrain plat, on privilégie la structure en plate-bande, pour laquelle il est conseillé une largeur moyenne d’un mètre, alors que la longueur varie en fonction des besoins, tout en veillant à ne pas dépasser cinq à six mètres pour éviter d’avoir un trop long parcours à faire pour passer d’une plate-bande à l’autre ou pour ne pas tenter un raccourci qui oblige à piétiner celle-ci pour la traverser. Étant en terrain plat, il est aussi recommandé d’aménager la plate-bande avec une pente légère tout-à-fait invisible pour faciliter le drainage quand il pleut. Sur un terrain incliné ou pentu, l’aménagement fait appel à d’autres structures, comme le terrassement ou le billon. Bref, quand la structure est bien aménagée et respecte un motif esthétique bien pensé, elle devient agréable à l’œil et donc une œuvre d’art. Tout cela s’inscrit dans une démarche plus large de restauration et de protection du patrimoine ou du capital agraire : le sol.  

Une technologie au service de l’économie verte et d’une économie d’échelle

Grâce au rendement exponentiel qu’on peut en tirer, quand toutes les conditions sont réunies (par exemple, en termes d’accès à l’eau, de bon traitement, d’enrichissement ou d’amendement et de protection du sol par le paillis, par des fruitiers natifs et des structures, mais aussi en termes d’entretien, de gestion de la lumière et de la densité, d’association et de contrôle des ravageurs et des maladies, etc.), le jardin garde-manger permet aussi de laisser des espaces en jachère ou de dégager des espaces libres pour y faire pousser une économie verte d’avenir combinée aux besoins énergétiques et fourragers pour les animaux, contribuant ainsi à la préservation de la biodiversité. Ce qui en fait une approche pragmatique et efficace sur le plan agroécologique. Par la massification de petits entrepreneurs en jardin garde-manger et par leur mise en réseau, cette technologie peut devenir automatiquement le fer de lance d’une économie d’échelle.  

Conclusion

Compte tenu des expérimentations effectuées dans deux espaces, faisant environ 2 carreaux de terre, et des résultats très concluants obtenus en termes de restauration progressive à valeur ajoutée, faisant dire par un paysan que « le jardin garde-manger est un jardin où l’on trouve toujours quelque chose à l’année longue », le Centre Banyen Jardin Labo recommande à l’Etat cette technologie pour faire partie d’une politique publique en matière d’agriculture et d’environnement. Il est bon de rappeler que le jardin garde-manger a déjà été l’objet de la publication d’une Circulaire gouvernementale dans le Journal officiel de la République, le Moniteur No 85, du 15 mai 2020, reconnaissant sa place dans une démarche de réponse à l’insécurité alimentaire, alors qu’on était en période de confinement durant la pandémie du Covid-19.   

Le Centre Banyen Jardin Labo recommande aussi l’intégration de cette technologie dans le cursus scolaire non seulement pour initier les élèves à une agriculture soutenable, mais aussi pour servir de labo à ciel ouvert où ils peuvent apprendre à « faire-ensemble » et à pratiquer les sciences de la terre et de la vie (SVT), tout en approvisionnant leur cantine en produits locaux frais et organiques.