Que doit-on comprendre du « road-map » du Secrétaire général de l’OEA pour Haïti ?

Ce 30 juillet 2025, le Secrétaire général de l’Organisation des États Américains (OEA), Albert Ramdin, a ouvert la première réunion du Groupe des amis d’Haïti à Washington.

Que doit-on comprendre du « road-map » du Secrétaire général de l’OEA pour Haïti ?

6b2b2c72-c7a8-47e3-a83f-827ac245c329

Ce 30 juillet 2025, le Secrétaire général de l’Organisation des États Américains (OEA), Albert Ramdin, a ouvert la première réunion du Groupe des amis d’Haïti à Washington. Lors de cette rencontre, le patron de l’organisation hémisphérique a présenté la feuille de route pour Haïti, en réponse à la résolution 3039 de l’Assemblée générale de l’OEA. Ladite résolution, adoptée par les États membres à Antigua et Barbuda le 27 juin dernier, avait appelé à la mise en œuvre urgente de solutions concrètes pour résoudre la grave crise institutionnelle et sécuritaire en Haïti.

La feuille de route proposée par monsieur Ramdin pour venir à bout de la crise haïtienne s’articule autour de 5 piliers stratégique : la stabilisation sécuritaire et la restauration de la paix, la réponse humanitaire, le consensus politique, la légitimité électorale et le développement durable. Cette initiative s’inscrit dans les actions de la communauté internationale visant à aider Haïti à résoudre la situation sécuritaire, politique et humanitaire en cours, qui présente actuellement des risques pour la région. En participant à la recherche d’une solution à la crise en Haïti, l’OEA agit conformément au Traité de Rio de 1947 et à la Charte de Bogota de 1948, notamment l’article 4-a de la Charte, qui permet à l’Organisation d’œuvrer pour la paix et la sécurité du continent.

De concert avec les autres acteurs impliqués, dont le GPE de la CARICOM, les autorités haïtiennes, le BINUH et quelques autres acteurs œuvrant sur le terrain, le secrétariat général de l'OEA propose ce document comme cadre politique et opérationnel pour trouver des solutions concrètes et pour présenter une orientation stratégique alignée sur les priorités haïtiennes. Six principes directeurs devraient guider les actions de l’OEA en Haïti. Cela implique un leadership haïtien et une appropriation nationale, un soutien et une coordination efficace de la communauté internationale, des actions séquencées et intégrées, une orientation sur les communautés locales, le respect des droits humains et la redevabilité.

L’intervention de l’OEA à cette étape de la crise présente une importance majeure, alors que le Conseil Présidentiel de Transition éprouve de plus en plus de difficultés à atteindre les objectifs établis dans l’accord du 3 avril, notamment en ce qui concerne le rétablissement de la sécurité et l’organisation des élections pour le renouvellement du personnel politique. Forte de sa présence constante en Haïti depuis plusieurs décennies, l’OEA est reconnue comme l’un des principaux acteurs susceptibles d’apporter une analyse pertinente sur les crises politiques haïtiennes. Son engagement au cours des vingt dernières années s’est illustré par sa participation active lors des épisodes les plus critiques de la vie politique nationale. À titre d’exemple, lors de la crise politique de 2001 à 2004, bien que l’OEA ait tenté à diverses reprises de soutenir le gouvernement de Jean Bertrand Aristide, notamment par l’envoi de missions stratégiques, elle fut également la seule organisation internationale présente à Port-au-Prince après les événements du 29 février 2004, contribuant ainsi à l’installation du Gouvernement de transition Boniface-Latortue. Lors des élections présidentielles de 2010-2011, l'Organisation des États américains a joué un rôle significatif dans le déroulement du processus ayant abouti à l'élection de Michel Martelly. Ces situations illustrent l'influence politique notable que l'OEA exerce en Haïti.

L’un des points clés de cette feuille de route proposée par l’OEA consiste en la recherche d’un consensus politique qui facilitera la transition du pays vers une gouvernance stable, inclusive et responsable et jettera les bases des processus de mise en œuvre et d'établissement d'une nouvelle constitution et d'un renouvellement démocratique au-delà de la date limite du 7 février 2026. A ce stade, nous ne sommes pas sûrs de savoir si l’OEA envisage de supporter les autorités actuelles au-delà de la date fatidique du 7 février 2026, mais les étapes envisagées incluent plusieurs actions dont l’établissement d’une mission de haut niveau, la conduite de dialogue exploratoire et l’organisations de séances de dialogue public. Le consensus politique envisagé devrait conduire à l’Organisation des élections quelques parts en 2026.

Cependant, certains des cinq piliers identifiés par l’OEA, notamment le développement durable, devraient se poursuivre jusqu’en 2028. Le rétablissement des institutions démocratiques demeure une condition préalable essentielle à la relance économique et à la création d’emplois. Historiquement, les interventions de l’OEA en Haïti n’ont pas permis d’atteindre pleinement les résultats escomptés. En conséquence, le plan proposé par le Secrétaire général souligne que les actions doivent répondre aux priorités définies par Haïti, tout en mobilisant activement les institutions nationales, la société civile et les autorités locales afin de garantir leur légitimité, de renforcer la confiance citoyenne et de promouvoir la durabilité.

Le Secrétaire Général Albert Ramdin prévoit de consulter les autorités haïtiennes et les partenaires clés, dont la plupart étaient présents à cette première réunion du Groupe des amis d’Haïti avant de présenter la feuille de route au Conseil Permanent de l’Organisation. Techniquement il dispose de 30 jours à partir de l’élaboration de la feuille de route.

La feuille de route proposée par le Secrétaire général de l’OEA, Albert Ramdin, constitue bien plus qu’un simple plan d’action technique. Elle marque une tentative de réengagement politique régional dans la crise haïtienne, à un moment charnière où l'État haïtien peine à se stabiliser. Dans un contexte où le Conseil Présidentiel de Transition peine à faire émerger une gouvernance fonctionnelle et consensuelle, cette feuille de route pourrait rebattre les cartes de l’échiquier politique haïtien, en orientant les priorités de la transition et en imposant un cadre normatif auquel devront se plier les acteurs nationaux. Cependant, l’impact réel de cette initiative dépendra de sa capacité à s’inscrire dans une logique de co-construction, où l’appropriation nationale ne sera pas un simple mot, mais une condition effective de réussite. Si cette feuille de route parvient à mobiliser les forces sociales et politiques autour d’un nouveau pacte de transition, elle pourrait alors redéfinir en profondeur les équilibres de pouvoir en Haïti et ouvrir un nouveau cycle politique. À l’inverse, si elle reproduit les schémas d’intervention du passé sans réelle adhésion locale, elle risque de renforcer la méfiance envers les institutions internationales et de fragiliser davantage un champ politique déjà atomisé.