Nos champs, notre avenir : La lutte des agriculteurs de l’île d’Haïti face au changement climatique

Sans vouloir prétendre « être un pythagoricien », Jacky Duvil a osé maintenir le nombre 3 comme une constante institutionnelle tout au long de la réalisation de sa thèse de doctorat : 3 directeurs de thèse (Professeur Therry Feuillet, Professeur Bénédique Paul, Professeur Evens Emmanuel), de 3 disciplines différentes (Géographie, Agro-économie, Sciences de l’Environnement) ; 3 laboratoires de recherche (ERC2-UniQ, AgroUniQ Lab, IDEES-Caen ; des inscriptions dans 3 universités : Université Paris 8, Université de Caen, Université Quisqueya ; 3 articles dans 3 revues scientifiques internationales avec facteur d’impact ; 3 ans de bourse de thèse du programme Anténor Firmin (BRH, Ambassade de France en Haïti et IRD) ; des mobilisations de recherche dans 3 pays (Haïti, République Dominicaine et France).

Evens Emmanuel
28 juil. 2025 — Lecture : 6 min.
Nos champs, notre avenir : La lutte des agriculteurs de l’île d’Haïti face au changement climatique

Arrosage de culture

Sans vouloir prétendre « être un pythagoricien », Jacky Duvil a osé maintenir le nombre 3 comme une constante institutionnelle tout au long de la réalisation de sa thèse de doctorat : 3 directeurs de thèse (Professeur Therry Feuillet, Professeur Bénédique Paul, Professeur Evens Emmanuel), de 3 disciplines différentes (Géographie, Agro-économie, Sciences de l’Environnement) ; 3 laboratoires de recherche (ERC2-UniQ, AgroUniQ Lab, IDEES-Caen ; des inscriptions dans 3 universités : Université Paris 8, Université de Caen, Université Quisqueya ; 3 articles dans 3 revues scientifiques internationales avec facteur d’impact ; 3 ans de bourse de thèse du programme Anténor Firmin (BRH, Ambassade de France en Haïti et IRD) ; des mobilisations de recherche dans 3 pays (Haïti, République Dominicaine et France).

Introduction : Une terre qui appelle à l’aide

Dans les collines d’Haïti, un agriculteur regarde, impuissant, ses plants de maïs flétrir sous un soleil brûlant. À quelques kilomètres, en République Dominicaine, une rizière est engloutie par une inondation soudaine. Sur l’île d’Haïti, le changement climatique frappe fort : sécheresses, cyclones, pluies torrentielles menacent les champs et les rêves de ceux qui les cultivent. Pourtant, ces agriculteurs ne baissent pas les bras. Dans sa thèse de doctorat, soutenue en juin 2025 à l’Université de Caen-Normandie et à l’Université Quisqueya, Jacky Duvil raconte leur combat. Il explore comment ils perçoivent ces bouleversements, pourquoi certains sont plus vulnérables, et comment ils s’adaptent pour sauver leurs terres. Cet article, écrit pour vous, transforme cette recherche en une histoire d’espoir et d’action, pour que nos champs continuent de nourrir nos communautés. 

Le problème : Quand la terre se retourne contre nous

Imaginez-vous à La Hoye, en Haïti, où un agriculteur nommé Jean voit sa rizière dévastée par une rivière gonflée par des pluies imprévisibles. À Samory, une tempête arrache les bananiers de Marie, qui n’a ni argent ni machines pour rebondir. Le changement climatique n’est pas qu’un mot savant : c’est une sécheresse qui vole une récolte, un cyclone qui détruit une vie. En Haïti, la pauvreté, le manque d’éducation et des sols épuisés aggravent la situation. En République Dominicaine, les agriculteurs ont un peu plus de ressources, mais les défis restent immenses. Pire encore, certains agriculteurs pensent que ces catastrophes sont des "châtiments de Dieu" plutôt que des effets du climat, ce qui complique leurs réactions par rapport à cette problématique. 

La thèse de Jacky Duvil pose une question brûlante : comment les agriculteurs comprennent-ils ces changements, pourquoi certains souffrent-ils plus, et que font-ils pour survivre ?

Objectif : Donner une voix aux champs

Jacky Duvil s’est lancé dans une mission : écouter les agriculteurs et les scientifiques pour bâtir un avenir où l’agriculture résiste au climat. Il a cherché à répondre à trois questions : 

Qui souffre le plus ? Qu’est-ce qui rend certains agriculteurs plus vulnérables aux tempêtes et sécheresses ? 

Que pensent-ils vraiment ? Les agriculteurs voient-ils le changement climatique comme les scientifiques, ou leurs croyances les éloignent-elles des solutions ? 

Comment se battent-ils ? Quelles astuces utilisent-ils pour protéger leurs terres, et comment les aider à être plus forts ?

Son but ? Fournir des idées claires pour que Haïti et la République Dominicaine unissent leurs forces et sauvent leurs champs.

Méthodologie : Une plongée au cœur des champs

Pour raconter cette histoire, Jacky Duvil a marché dans la boue des rizières et écouté les récits des agriculteurs. Sa recherche combine science et humanité : 

Rencontres sur le terrain : Il a interrogé 550 agriculteurs dans 18 zones agricoles d’Haïti, de Saint-Raphaël à Elias Piña, et 60 experts climatiques. Des questions sur leurs revenus, leur éducation, la qualité de leurs terres et les catastrophes qu’ils affrontent ont révélé leur réalité. 

Science au service des gens : Avec des outils comme l’analyse des correspondances multiples, il a classé les agriculteurs selon leur vulnérabilité (très vulnérable, vulnérable, moins vulnérable) et leur capacité à s’adapter (faible, modérée, forte). 

Perceptions face à face : En posant 24 questions identiques aux agriculteurs et aux experts, il a mesuré si leurs visions du climat s’alignaient. Par exemple, une sécheresse est-elle vue comme un caprice de la nature ou un problème scientifique? 

Images vivantes : Des photos, comme celles d’une parcelle de manioc et bananes à Salmory ou d’une rizière inondée à La Hoye, donnent vie à cette lutte.

Ces méthodes, vérifiées par des tests rigoureux, capturent la voix des agriculteurs avec précision et cœur.

Résultats : Des défis, mais aussi des héros

Vulnérabilité : Haïti en première ligne

En Haïti, 36,7 % des agriculteurs sont très vulnérables, 36,5 % vulnérables, et seulement 26,8 % moins vulnérables. En République Dominicaine, 60 % sont moins vulnérables, grâce à un meilleur accès au crédit et à l’éducation. Un agriculteur avec un prêt peut acheter des semences résistantes, comme le sorgho de CHIBAS, qui génère 35 millions de dollars par an en Haïti. Sans argent ni savoir, un autre risque de tout perdre.

Perceptions : Un fossé à traverser

En Haïti, 70 % des agriculteurs ne voient pas le climat comme les experts, contre 47,5 % en République Dominicaine. Certains, comme un paysan de La Hoye, parlent de "terre abandonnée par Dieu", quand les experts pointent des variations climatiques. Les agriculteurs les plus pauvres et moins éduqués ont les visions les plus éloignées.

Adaptation : Des solutions nées des champs

En Haïti, 36,5 % des agriculteurs peinent à s’adapter, contre 62,5 % en République Dominicaine. Mais des héros émergent ! À Salmory, grâce au programme Champs Écoles Paysans de la FAO, des agriculteurs plantent manioc, bananes et canne à sucre ensemble pour réduire les risques. À Saint-Raphaël, d’autres construisent des rampes antiérosives avec de la paille ou utilisent du fumier pour enrichir leurs sols. Les mieux équipés adoptent des techniques modernes, comme l’irrigation goutte-à-goutte, qui sauve des récoltes même en pleine sécheresse.

Discussion : Des leçons pour demain

Ces résultats sont un cri d’espoir. La vulnérabilité n’est pas une fatalité : un agriculteur éduqué, avec un petit prêt, peut transformer son champ en forteresse contre le climat. Le fossé des perceptions montre qu’il faut rapprocher les savoirs locaux des connaissances scientifiques. En République Dominicaine, des formations réduisent déjà cet écart. En Haïti, des initiatives comme le sorgho résistant de CHIBAS ou les jardins soutenus par le Programme alimentaire mondial prouvent que les solutions existent. En combinant la sagesse des agriculteurs et la science, nous pouvons bâtir une agriculture qui résiste aux tempêtes.

Conclusion : Une île unie pour ses champs

Jacky Duvil nous montre que les agriculteurs d’Haïti, malgré les coups du climat, portent en eux des graines d’espoir. En Haïti, où la vulnérabilité est plus forte, des efforts ciblés sur l’éducation et le financement peuvent changer la donne. En République Dominicaine, les succès inspirent. Mais le vrai pouvoir réside dans l’union : Haïti et la République Dominicaine doivent partager leurs idées pour protéger leurs terres et nourrir leurs peuples.

Perspectives : Faire pousser un avenir durable

Pour que nos champs fleurissent à nouveau, Jacky Duvil propose : 

Apprendre ensemble : Des ateliers pour enseigner aux agriculteurs des techniques comme les cultures résistantes ou les rampes antiérosives, tout en respectant leurs savoirs. 

Ouvrir les portes du financement : Des prêts abordables pour acheter des semences ou des outils modernes. 

Main dans la main : Haïti et la République Dominicaine doivent échanger des innovations, comme le sorgho résistant ou des systèmes d’irrigation. 

Un coup de pouce mondial : Les fonds climatiques internationaux peuvent financer des projets locaux, comme ceux de Salmory, qui lient agriculture et éducation.

Chères lectrices haïtiennes et dominicaines, et chers lecteurs haïtiens et dominicains, les champs de l’Île d’Haïti sont notre cœur battant. En unissant les savoirs des agriculteurs, la diplomatie scientifique, la science et la solidarité, nous pouvons faire pousser un avenir où chaque récolte sera une victoire contre le changement climatique. Ensemble, faisons de nos terres un symbole de résilience !

Evens Emmanuel, PhD HDR

Équipe de Recherche sur les Changements Climatiques (ERC2), Université Quisqueya

Pôle Haïti-Caraïbe Haïti Sciences et Société (HaSci-So)

Équipe des Partenaires Scientifiques pour la Communication de la Recherche (E-PSi-CoRe)

E-mail : evens.emmanuel@uniq.edu