La Conférence Nationale Annuelle sur la Gestion des Risques de Catastrophe en Hayti (CNA-GRC-Hayti), une contribution au renforcement de la résilience du pays

Introduction    Haïti est sans conteste un pays à hauts risques et vulnérable (Pierre, 2019).

Louis-Marc PIERRE
16 janv. 2025 — Lecture : 8 min.

Introduction

   Haïti est sans conteste un pays à hauts risques et vulnérable (Pierre, 2019). Placé dans le bassin caribéen, le pays est exposé aux aléas d’origine lithosphérique et atmosphérique. Ajouté à cela, la façon dont la population s’organise dans l’espace dégrade gravement l’environnement physique et produit davantage de risques et de vulnérabilités (Mérat, 2018). Les dégâts catastrophiques enregistrés lors des aléas prouvent qu’aucun progrès socio-économique durable n’est possible sans la prise en compte de la gestion des risques de désastre (E-GRD) dans les projets/efforts de développement du pays (Pierre, 2023).

   Cependant, malgré que ces aléas naturels et anthropiques menacent sérieusement le pays, la société haïtienne n’ayant ni la culture ni la conscience du risque auquel elle fait face, l’ignore ou le banalise au profit des intérêts particuliers ou claniques (Pierre, 2024). Elle ne se dirige pas vers un communautarisme populaire et élitiste, et un volontarisme politique visant à réduire ses vulnérabilités alors que les conflits internationaux et mondiaux s’enveniment, les problèmes économiques du monde s’aggravent et les conditions météoro-climatiques deviennent de plus en plus inquiétantes à l’ère des changements climatiques (Pierre, 2024).

   Dans ces conditions de vulnérabilités naturelle et anthropique croissantes, la Société des Aléas, des Risques, des Vulnérabilités, des Catastrophes et de la Résilience (SARVCR) propose donc la Conférence Nationale Annuelle sur la Gestion des Risques de Catastrophe en Hayti (CNA-GRC-Hayti) comme une contribution au renforcement de la capacité de résilience du pays.

I-  Une conférence avec de grandes ambitions

  Depuis 2023, la Société des Aléas, des Risques, des Vulnérabilités, des Catastrophes et de la Résilience (SARVCR), une organisation à but non lucratif qui a pour but de contribuer à la Gestion Efficace et Durable des Risques de Catastrophe (GEDRisC), de la prévention à la reconstruction, réalise la Conférence Nationale Annuelle sur la Gestion des Risques de Catastrophe en Hayti (CNA-GRC-Hayti). Celle-ci a pour objectif de réaliser, chaque 12 janvier, des débats de haut niveau sur la GRC en renforçant l’histoire, la mémoire, la perception, la culture et la conscience du risque dans la société haytienne afin de développer un communautarisme populaire et élitiste au sein de la population, et un volontarisme politique à l’échelle étatique. La CNA-GRC-Hayti est un espace de débats scientifiques pour les chercheurs, experts, praticiens nationaux et internationaux afin de partager leurs expériences, de présenter leurs travaux et de dialoguer avec d’autres projets en lien avec le développement, le renforcement de capacité et la gestion des risques de catastrophe. Elle donne aussi l’occasion à la société d’acquérir et/ou de poser les problèmes cruciaux contemporains du pays et de mettre à jour ses connaissances, surtout dans le domaine de la GRC. Elle constitue donc une aide à la décision pour les acteurs concernés en particulier et pour toute la population haïtienne en général.

  Le thème retenu pour la troisième édition est « Hayti, entre crise, effondrement et relèvement : diagnostiquer, analyser et s’adapter à l’ère des changements climatiques », qui se justifie par l’état critique de la crise du pays et des facteurs aggravants des changements climatiques qui exigent des réponses d’atténuation et d’adaptation efficaces et durables (Pierre, 2024).

1.1.- Une situation de crise multiple qui tend vers l’effondrement

   De façon régulière et lente, il peut être frappé, du premier juin au 30 novembre, par des tempêtes tropicales et des ouragans. Tandis que de façon irrégulière et soudaine, les risques sanitaires (épidémies, pandémies…), sociopolitiques (guerre civile, tuerie, massacre, incendie…), socioéconomiques (blocage ou fermeture des infrastructures portuaires, aéroportuaires routières, fermetures des magasins…) et diplomatiques/relations internationales (embargo économique, sanctions internationales, intervention militaire étrangère…) peuvent facilement affecter ce territoire (Pierre, 2024). En plus de cela, le pays peut être frappé par des séismes de magnitude élevée comme ceux du 12 janvier 2010 et du 14 août 2021 (Pierre, 2024). D’autres phénomènes comme des pluies diluviennes, des tornades, des brumes de sable, des vagues de chaleur, la sécheresse, des mouvements de terrain… peuvent y avoir lieu (Pierre, 2024). L’inondation récente de la ville du Cap-Haïtien et le glissement de terrain au niveau de Grand Gilles sont des signes annonciateurs qui peuvent être, entre autres, liés aux changements climatiques.

1.2.-  Les changements climatiques alarmants

 La problématique des changements climatiques est sans conteste un paradigme global. Elle fait l’objet de grands débats relatifs aux grandes préoccupations mondiales tant dans les sphères académique, politique, que dans la sphère médiatique (Pierre, 2023). Tous les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ont montré que les changements climatiques sont une réalité et commencent à perturber profondément les populations mondiales (GIEC, 2007 ; 2014 ; 2021). Certains États insulaires font déjà face aux conséquences exprimées surtout par la montée du niveau de la mer menaçant les zones littorales de basses attitudes.

  En Haïti, État péninsulaire, le climat a changé depuis les quatre dernières décennies (Singh et Cohen, 2014). La variation décennale du climat haïtien durant la période de 1970–2013 est observée par une augmentation moyenne de 0,12°C au nord et au sud du pays, et même de 0,14°C pour certaines décennies (Borde et al., 2015). Les projections des changements climatiques les plus proches indiquent que les températures moyennes annuelles devraient continuer d’augmenter à un rythme accéléré dans l’océan Atlantique et dans les Caraïbes entre 2020 et 2080. (Borde et al., 2015).  

  Donc, à la veille de la réalisation de la 30e Conférence des Parties (COP) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) qui se tiendra en novembre 2025 au Brésil, plus précisément à Belém, l’Etat haïtien sera sans doute représenté pour faire valoir sa position. Donc, mettre en relation la crise multiple du pays et les changements climatiques à travers une approche transdisciplinaire et systémique pour une meilleure compréhension de la gestion des risques de catastrophe en Hayti pourrait bien aider lest décideurs et mêmes les populations locales.

II- Des conférenciers de grande facture

   La troisième Conférence Nationale Annuelle sur la Gestion des Risques de Catastrophe en Hayti (CNA-GRC-Hayti) réunira 9 conférenciers nationaux et internationaux de haut niveau qui, par leurs qualifications et leurs compétences, font déjà penser à des présentations de grande qualité.

   Divisés en trois panels de trois conférenciers, le premier sera composé, d’une part, du professeur à l’Université d’État d’Haïti et à l’Université Quisqueya, Georges Eddy Lucien, titulaire d’une Habilitation à diriger de la recherche (HDR) en géographie de l’Université de Paris8, actuel directeur du Laboratoire Dynamique des Mondes Américains (LADMA) de l’École normale supérieure de Port-au-Prince qui  analysera les enjeux économiques du pays à travers le cas du Nord-Est au temps de l’accumulation par destruction. D’autre part, de l’actuelle secrétaire Technique du Comité Interministériel à l’Aménagement du Territoire (CIAT), Marie-Christine Stephenson qui détient son master en géographie et se spécialise en Aménagement et Développement durable à l’Université de Toulouse et ancienne ministre du Tourisme qui va aborder, comme son sujet l’indique, ‹‹ Le rôle du CIAT dans le relèvement/développement planifié et durable d’Haïti ››. Et enfin, du normalien supérieur Jean Bernard Jean Louis, membre du Syndicat du personnel administratif de l’UEH (SPA/ UEH) qui, en sa qualité de doctorant en géographie à l’Université d’État de Bahia (Brésil), aidera à mieux comprendre les risques littoraux et les limites de l’aménagement du territoire haytien.

  Sur le deuxième, on suivra d’abord la présentation de la normalienne supérieure Chevelie Cinéas, docteure en écologie des eaux courantes à l’Université Claude Bernard (Lyon 1) qui abordera ‹‹ Les risques sanitaires (bactériologiques) des inondations fréquentes dues aux changements climatiques en Haïti ››. Ensuite, celle du gestionnaire de projet Louvens Siméon, licencié en gestion des affaires à l’Ecole nationale supérieure de technologie qui partagera les expériences du Groupe JobPaw dans la mise en œuvre du modèle de renforcement de la capacité de résilience en Hayti via l’initiative ‹‹ Tchala devlòpman ››. Enfin, de l’anthropologue Mark Schuler, professeur de Northern Illinois University au Centre d'études sur les organisations à but non lucratif et les ONG, (Floride, États-Unis) expliquera le modèle cubain contre la catastrophe et les changements climatiques à travers la coopération haïtiano-cubaine.

  Tandis que, sur le troisième panel,  le professeur et chercheur associé au Groupe d’Études et de Recherche Modes de Vie et Cultures Amazoniennes (G.E.P.Culturas) de l’Université fédérale de Rondônia (PPGG/UNIR), le docteur Charlot Jn-Charles analysera la migration haïtienne au Brésil à travers ses enjeux, ses défis et ses perspectives; le docteur en analyse et résolution de conflits, Roland Joseph expliquera, comme son sujet l’explique, ‹‹ Le rôle de l’éducation à la paix dans la sensibilisation et la mobilisation de la population haïtienne face aux défis du changement climatique ›› ; et le docteur en sociologie de l’Université de Montréal Ilionor Louis, professeur à l’Université d’État d’Haïti, pourrait bien aborder la problématique du genre et/ou de la violence en Hayti qui constitue un axe central du Centre de recherche qu’il dirige.

Conclusion et perspectives

    Il est important de souligner que la troisième édition de la Conférence Nationale Annuelle sur la Gestion des Risques de Catastrophe en Hayti (CNA-GRC-Hayti) aura lieu ce 12 janvier 2025 sur Google Meet (https://meet.google.com/boe-vvai-ndc) de 10 h à 14 h 30 (heure de Port-au-Prince) dans le cadre de la commémoration de la quinzième année de la catastrophe de 2010 et du lancement officiel de la SARVCR. Cette conférence sera diffusée sur les réseaux sociaux, surtout sur la page Facebook officielle de la (SARVCR-Hayti | Cap-Haïtien (facebook.com). Tous les médias, toutes les personnalités publiques et autres peuvent la diffuser librement et gratuitement.

   Il n’est pas inutile de préciser que la CNA-GRC-Hayti, cette année, connaît une importante progression tant en termes de la représentation des secteurs étatique et privé respectivement marquée par la participation de la secrétaire technique du Comité Interministériel à l’Aménagement du Territoire (CIAT) qui constitue un acteur clé, surtout au niveau de la prévention et de la reconstruction, et du Gestionnaire de projet du Groupe JobPaw qui exécute un ‹‹ Tchala devlopman ›› multisectoriel très intéressant dans le pays en termes de support partenarial marqué, entre autres, par la S-Rood Radio et l’Ecole nationale de géologie appliquée, dirigée par l’ingénieur géologue, Michael Saimbertil. La SARVRC invite donc tous les acteurs locaux, nationaux, internationaux et supranationaux à suivre cette voie dans le but de soutenir cette importante initiative qui est, sans conteste, une contribution au renforcement de la capacité résiliençaire du pays.

Auteur

Louis-Marc PIERRE, Géographe et historien, Docteur à l’Université Sorbonne, Paris cité/Diderot, Professeur à l’Université d’État d’Haïti (UEH) ; professeur invité à l’Université de Poitiers (France 2024-2025); chercheur associé in Applied Research Projects and Practice/Master in International and Development Studies (MINT) à l’Université de Genève (Suisse 2024-2025); coordonnateur général de la Société des Aléas, des Risques, des Vulnérabilités, des Catastrophes et de la Résilience (SARVCR). societe.arvcr.hayti@gmail.com

Pour citer l’article

Pierre, L.M., 2025, ‘’ La Conférence Nationale Annuelle sur la Gestion des Risques de Catastrophe en Hayti (CNA-GRC-Hayti), une contribution au renforcement de la résilience du pays, le nom du journal, le lieu, le lien.