Une guerre civile qui ne dit pas son nom
Après avoir fait de Port-au-Prince une ville fantôme, notamment le bord de mer, le bas de la ville et une bonne partie du centre-ville, les bandits et gangs armés s’acharnent contre les principales artères desservant le nord et le sud de la capitale nationale d’Haïti. Ils ont aussi fermé l’Aéroport international de Port-au-Prince lorsqu’ils avaient attaqué par des tirs d’armes trois avions de ligne l’automne dernier. Leur but ultime est de finir le travail qu’ils ont commencé depuis quatre ans durant à dater de juin 2021 à nos jours. L’on observe, ces derniers mois, quelque pathétique résistance de la puissance publique de l’État dont le faible rapport de force est loin de dissuader les malandrins, mais les énerve à un point tel qu’ils établissent désormais leur GQG au centre-ville même. Dans les conditions présentes, la configuration des forces en présences montre que l’Etat, phénomène historique auquel la bourgeoise dominante attribue exclusivement le monopole de la violence physique légitime, n’est ni persuasif ni dissuasif face aux malfrats et aux gangs armés qui terrorisent sans retour la population civile, de jour comme de nuit. Ils ne paraissent pas se fixer aucun but précis, ni de perspective : sinon qu’ils tuent, brulent, volent et pillent, d’après l’expression visible de leurs actions criminelles dont les victimes mortelles sont issues des classes populaires. En tant que vagabonds de grand chemin, les voyous et les pillards ignorent toutes les notions qui relèvent de la condition humaine ; et, suivant leur instinct barbare, ne respectent même pas la fragilité des personnes âgées qu’ils victimisent. Au début du mois de décembre dernier, le truand Micanor Altès, alias roi Micanor, a exécuté plus de cent (100) Séniors par balles et par décapitation selon le rapport du Réseau national de défense des droits humains/RNDDH. Ce fut une barbarie sans pareille envers nos Grandèt, ou envers nos Aînés.
La guerre civile des sanmanman et des sanzave commence dès la prise du quartier de Solino vers la première quinzaine du mois de novembre 2024. Dans la foulée de cette nouvelle conquête, ils ont fermé l’artère de la rue Nazon allant vers Lalue et Delmas. Des craquements et des crépitements des armes lourdes sont entendus par les habitants des zones périphériques, sans répit 24hres sur 24, sept jours sur sept. Il n’est pas sûr qu’il s’agisse des affrontements entre la Police nationale et les gangs comme certains médias laissent croire ; il parait plus plausible que les bandits armés fassent chanter leurs armes de tous les calibres pour marquer et maintenir leurs territoires conquis. Entre-temps, les quelques hôpitaux qui ne brulent pas encore sont bondés de morts et de blessés par balles. Les établissements scolaires sont pratiquement fermés pour cause d’insécurité depuis les évènements de Solino qui impactent dangereusement sur les périphéries avoisinantes ; les quelques rares écoles qui fonctionnent le sont au forceps. Abraham, le père de la foi dit-on, pa janmè di ase pou pèp la ! La déveine (guignon) qui poursuit les habitants Port-au-princiens, c’est que les divinités cosmiques sont indistinctement allergiques et sensibles au bruit des balles ; lors même qu’elles sont en plein service rituel, elles se retirent ou s’envolent au premier coup de fusil. Elles ont une peur bleue du bruit. (C’est une boutade ayant la vertu de détendre le lecteur universel.)
Une lutte armée, au sens qu’elle s’entend dans les annales politiques, présuppose un idéal et un but commun pour lesquels la lutte est engagée et assumée, tout en développant des moyens stratégiques et tactiques pour assurer son succès. Dans cette optique-là, les chefs idéologiques qui peuvent être militaires et civils, jouent un rôle d’avant-garde dans les batailles potentielle sur les fronts et dans la conduite de la guerre elle-même. Les commandants des opérations paraissent rarement au public et n’accordent presque pas d’entretien aux journaux, encore moins aux médias audiovisuels. Raison : Parce qu’ils sont parfaitement conscients du caractère illégal de la lutte armée vis-à-vis des lois de la République ; ils se retranchent en effet dans leur tanière secrète de peur qu’ils soient dénoncés auprès du gouvernement qui ne manquerait pas de les faire arrêter, si l’opportunité s’en présentait. Nous avons voulu dire que l’armée criminelle des démons urbains ne sont pas seuls ; yo genyen bwa dèyè bannann yo. Ils travaillent pour le compte des prête-noms discrets mais bien ancrés dans la société soit comme des membres du secteur privé des affaires, soit comme des politiciens du système, soit comme des agents du gouvernement. Ou encore les trois catégories à la fois qui s’unissent dans la destruction inexorable du pays des Haïtiens. Dessalines a certes légué Haïti pour la postérité, mais un petit groupe d’individus s’en accapare comme seul héritier avec le pouvoir discrétionnaire de l’éteindre, parce que n’ayant jamais œuvré à sa croissance et à sa prospérité.
Voici, maintenant, notre propos qui referme notre intervention de ce jour. Nous estimons que le Conseil présidentiel de transition (CPT) et son gouvernement ont au moins le devoir moral d’informer la population sur la guerre civile qui s’installe lentement mais sûrement à Port-au-Prince, la capitale d’Haïti. Ne serait-ce que pour indiquer la géographie des lignes de front, des tranchées comme ligne de défense, et, éventuellement, des redoutes fortifiées que les belligérants auraient construites. Car la République ne s’arrête pas à l’occasion d’une guerre civile ou d’une guerre conventionnelle ; les habitants continuent de vaquer à leurs occupations quotidiennes. Nous parlons de la population active qui s’abonne majoritairement au chômage depuis des lustres, dont le quotidien consiste à gérer l’immédiateté au jour le jour, sans savoir ce que demain sera fait. En Haïti, le citoyen pauvre des deux genres ne mange pas à sa faim ; il doit sortir, marcher et promener des kilomètres sans destination, avec un œil inquisiteur jusqu’à ce qu’il tombe sur une main secourable. Tel est le mode vie continuel des classes pauvres.
Nous comprenons que le porte-parolat n’ait jamais pris une valeur d’institution, un des services cruciaux qui n’entre pas dans le système du gouvernement traditionnel ; mais il existe tout de même un ministère de la Communication dont la structure humaine qui le dirige garde un silence sépulcral sur la guerre civile des bandits et des gangs armés. Peut-être que son silence de cimetière participe de la stratégie globale de la destruction d’Haïti. Toutefois, nous voulons rappeler pour l’opinion publique nationale que l’actuel Conseil présidentiel n’est autre que le raccourci des partis politiques traditionnels et des organisations de la société civile bourgeoise qui battaient le pavé contre l’administration du président Jovenel Moïse jusqu’à son meurtre prémédité le 7 juillet 2021. Sur la même lancée, ces partis et organisations malfamés ont encore récidivé contre la Primature sous le leadership du Docteur Ariel Henry jusqu’à son exil forcé, survenu le 29 février 2024. La messe noire est dite contre le peuple.
