8è anniversaire de la mort de Ansy Dérose

L\'immortel Ansy Dérose

« Ansy Dérose appartient déjà à la légende avec tout ce qu\'un mythe comporte de mensonges et de vérités » Jacques Roche Si je vous dis Ansy Dérose, n\'est-ce pas que vous êtes aussitôt traversé, tout comme moi, par ce même frisson qui vous prend de la tête aux pieds ? Ansy Dérose ! Le prêtre de la chanson haïtienne. Un samedi 17 janvier 1998, ce monument haïtien est parti. Fauché par un cancer. Récit incomplet d\'une vie.

Publié le 2006-01-16 | lenouvelliste.com

Ansy Dérose, né à Port-au-Prince le 3 juin 1934, est le troisième enfant de l\'union de Rodolphe Dérose, écrivain-journaliste, avocat et professeur et de Fernande Hilaire, la fille du célèbre général Hannibal Hilaire. Ansy a fait ses études primaires chez Mme Durocher et a commencé ses études secondaires au Petit Séminaire Collège Saint Martial pour les boucler au Lycée Toussaint Louverture. Pendant toute son existence, deux constantes ont caractérisé Ansy Dérose aux yeux de tout son entourage: son intelligence et sa détermination. C\'est ce qui lui a permis d\'exceller dans la musique, la peinture, le bricolage, l\'architecture, la décoration, la mécanique... Genèse du génie Ansy Dérose était encore sur les bancs de l\'école quand il a commencé à chanter. Il a eu pour mentor, la française, Mme Élisabeth Mahy, professeur de technique vocale. Parallèlement à cette habileté dans la chanson, qui lui permettait de chanter sur les mélodies de Beethoven, de Schumann et de Frantz Schubert, Ansy était très doué pour tout ce qui a trait au bricolage, à la mécanique et à la construction en général. Conscient de ce plein potentiel et contrairement aux voeux de son père qui souhaitait le voir entrer à l\'université à la fin de ses études classiques, Ansy s\'inscrit à la section mécanique- ajustage de l\'école professionnelle J. B. Damier. Le cycle d\'étude était de 4 ans. Mais Ansy arrive à décrocher son diplôme en 2 ans. Et après trois mois de stage, il devient professeur dans cette même institution. L\'excellence dont a fait montre Ansy dans l\'accomplissement de sa tâche lui a valu l\'attention et l\'admiration des experts et professeurs étrangers du Bureau international du Travail oeuvrant également à l\'école J. B. Damier. Le 23 novembre 1963, il obtient une bourse du gouvernement allemand, et se rend en Allemagne pour poursuivre ses études techniques à Munich puis à Saarbrucken. Il se spécialise en génie mécanique dans la construction des machines et en dessin industriel. Comme en Haïti, Ansy a brillé dans ses études en Allemagne au point que les responsables lui ont confié la fonction d\'enseigner aux jeunes Allemands les techniques de base dans leur propre langue. Gardant toujours le même attachement pour la chanson et la musique, Ansy profite de son séjour en Allemagne pour s\'inscrire au « Musick Hoch Shule » où il n\'a pas manqué d\'étonner ses professeurs qui admirent ses grands talents d\'interprète. A Saarbrucken, Ansy Dérose sort premier lauréat à un concours de chant organisé par la Radio-Télévision de cette ville. A la fin de ses études au pays de Beethoven, Ansy se rend aux Etats-Unis, où il passe un an et demi à Chicago. Une fois de plus, Ansy en profite pour s\'inscrire à la « American Conservatory of Chicago ». Il a parallèlement travaillé à « Chicago Pump », dans la construction et l\'installation des pompes. Ansy reprend, à son retour en Haïti, son poste de professeur à l\'école J. B. Damier. Il sera choisi en 1974 par l\'OEA pour suivre un séminaire organisé en Israël sur la Formation professionnelle et technique des enseignants de l\'Amérique latine. Beaucoup de réalisations sur le plan professionnel ont confirmé à maintes reprises le génie que Ansy n\'a pas laissé dormir en lui. Et sur le plan artistique, de la chanson notamment, Ansy Dérose était tout simplement « Le prêtre de la musique », selon Jean Claude D. Chéry. Son entrée en scène Ansy Dérose entre comme chanteur sur la scène internationale par la grande porte. Au « Premier Festival Mondial de la Chanson », qui s\'est tenu à Mexico, capitale du Mexique, en 1970, festival auquel ont pris part les plus talentueux artistes de la musique européenne et sud-américaine. Ansy Dérose sort troisième avec sa chanson « Maria », sur les 70 pays représentés. Avec sa grande capacité d\'auto-perfection, Ansy a continué à s\'améliorer davantage. En 1972, avec l\'assistance et le soutien du producteur haïtien Marc Duverger, Ansy sort son premier album intitulé « Ansy, sa musique et sa poésie », qui a gagné l\'admiration des mélomanes. Toutes catégories confondues. Deux ans plus tard, en 1974, il sort « Quo Vadis Terra », son second album qui a connu un succès continu. Yole, son complément Au cinquième « Festival International de la Chanson et de la Voix de Porto-Rico », en octobre 1979, Ansy entre scène avec sa femme Yole Ledan Dérose, douée d\'un grand talent de parolière et dont la douce voix concordait parfaitement avec la sienne. Avec la chanson « Merci », le couple chanteur gagne le deuxième prix du festival. A leur retour, à Port-au-Prince, un grand concert est donné au Rex Théâtre, pour partager avec le public haïtien le succès de leur participation au festival. Le public tombe, sur le coup, amoureux de Yole. Ainsi débute la grande carrière artistique de ce couple, qui reste désormais mythique pour tout le public. La consécration Merci, la chanson qui leur a permis de remporter le deuxième prix au 5è Festival Mondial de la Chanson et de la Voix, a constitué le tube du troisième album d\'Ansy Dérose. Ce troisième disque a, en quelque sorte consacré l\'oeuvre d\'Ansy Dérose et lui a valu le titre de meilleur auteur, compositeur et interprète haïtien. Yole et Ansy donneront désormais rendez-vous au public tous les fins d\'année pour les délecter avec leurs merveilleuses compositions. Le 11 mai 1985, 25 000 spectateurs ont assisté au spectacle en « Hommage à la Jeunesse » au Stade Sylvio Cator, donné par le couple Dérose. Anacaona, le premier album commun de Yole et Ansy, a connu comme les précédents, et peut être davantage encore, un succès fou. Le spectacle monté à partir de l\'album présenté en primeur au théâtre des Beaux-Arts à Porto-Rico fait vibrer toute la Caraïbe. Ce même spectacle, repris au Carnegie Hall et au Rex Théâtre, laissera un merveilleux et inoubliable souvenir tant au peuple américain qu\'au peuple haïtien. Yole et Ansy en Concert, sera en Haïti comme à l\'étranger, un événement qui provoquera des lignes interminables de spectateurs, en quête de la bonne musique et de chansons aux paroles, aux résonances universelles et immortelles. Ansy et Yole seront partout, dans les petits théâtres et dans les grands, comme le mythique Carnegie Hall à New York, où ont défilé les plus grandes vedettes du monde entier, comme notre compatriote Wyclef Jean qui a littéralement renversé le public de ce carrefour de grands rendez-vous. Le 18 mai 1986, par décret du ministère de la Culture et de l\'Information, la version créole de l\'Hymne national, écrite et interprétée par Ansy Dérose en regard de la pensée de Raymond Moïse, a été consacrée et nationalisée. Avant l\'élection présidentielle ratée de 1987, Ansy sort son 5ème album, « Nou Vle », qui sera un témoignage de sa profonde âme patriotique. Le premier album de Yole, « Quand mon coeur bat la mesure », est édité en 1989. Au cours de la même année, le couple chanteur, accompagné de la Troupe Bacoulou, effectue une tournée nationale en passant tour à tour à Saint Marc, Gonaïves, Port-de-Paix, Cap-haïtien, Léogane, Petit-Goâve, Jacmel, les Cayes, Jérémie... sous le chapeau de Musiques des Antilles. Il défend l\'image du pays A la veille des années 90, la FDA, sans justification valable, a tenté de faire croire qu\'Haïti était l\'une des sources de la pandémie du SIDA dans le monde. Ansy et Yole, en réponse à cette infamie, ont entrepris, avec la chanson « FDA w Anraje », une longue tournée aux Etats-Unis qui les conduira à New York, Boston, New Jersey, Washington, Nyak, Miami et Orlando. Suite à cette tournée, la chanson a servi de refrain à l\'historique marche du 19 septembre 1990, contre la politique raciste de la FDA, protestation qui a réuni environ 200.000 haïtiens à Washington. De 1990 à 1996, Ansy et Yole se produiront en spectacle pour le bonheur et la joie du public haïtien et étranger, épris de l\'excellente qualité de leur performance sur scène. Entre la fin de 1991 et le début de 1992, Ansy, suite à des conflits l\'opposant à un certain groupe d\'individus, décide d\'abandonner le poste de directeur de l\'École J. B. Damier. Pour la postérité Au cours de cette même période, Ansy mit sur pied, en collaboration avec des homologues musiciens, dont Raoul Denis Jr, Lionel Benjamin, Boulot Valcourt, Henri Célestin, l\'ANCIM, l\'Association Nationale des Auteurs Compositeurs et Interprètes de Musique. Il fonde par la suite le CECAP, Cercle d\'Études Culturelles et d\'Actions Philanthropiques (CECAP). Le volet philanthropique de cette organisation mettait l\'accent sur la formation avec la création d\'un atelier-école où l\'on dispensait bénévolement un enseignement au profit des jeunes en situation difficile. En juillet 1994 et mai 1995 ont eu lieu successivement le premier et le deuxième concert de levée de fonds pour le CECAP. A la fin de l\'année 1995, Ansy apprend de ses médecins soignant qu\'il est atteint d\'un cancer du colon. Un an plus tard, soit le 20 décembre 1996, devant près de 5.000 spectateurs, à la Henfrasa, Ansy et Yole, accompagnés de plusieurs musiciens, font leurs adieux à la scène. Pour consigner dans le temps cette irrévocable décision, le couple chanteur brûle devant un public stupéfait, leurs premiers costumes de scène. Et avant la fin du mois de décembre de l\'année 1996, Yole et Ansy ont publié une compilation de 32 de leurs chansons à succès, intitulée, « les titres d\'or ». C\'est chez lui, à Delmas 19, que Ansy, fatigué par la maladie, a signé les 14 et 15 décembre 1997, son dernier album, « Haïti Mélodie d\'amour ». D\'aucun dira que c\'est « un album somptueux, où il laissa exploser dans toute sa plénitude et sa splendeur son lyrisme ravageur et sa spiritualité ». Le hasard n\'est pour rien dans la grande carrière réussie d\'Ansy Dérose. Que ce soit sur le plan professionnel ou artistique, l\'intelligence, la détermination d\'Ansy, son désir de se perfectionner ont joué un rôle déterminant dans ses nombreux succès, dont Haïti a été surtout bénéficiaire sur la scène internationale. Ce récit n\'a fait que vous présenter une modeste facette du parcours de l\'immortel Ansy Dérose sur le plan de la chanson et de la musique. Mais sachez aussi que Ansy Dérose excellait également dans la peinture. Ses toiles ont été exposées à plusieurs reprises à l\'Institut Français d\'Haïti, à l\'Institut Haïtiano-Américain, au Foyer Arts plastiques, aussi en Allemagne, en France, à Dakar au Sénégal, à l\'Expo 67 à Montréal, aux 9è et 10è biennales de Sao Paolo, au Brésil. A l\'occasion d\'une exposition, réunissant 90 des toiles d\'Ansy au Musée d\'Art Haïtien du Collège St Pierre, à Port-au-Prince, Jean Claude D. Chéry a écrit ceci : « Il nous sera toujours pratiquement impossible de contenir en quelques pages l\'essence d\'une vie si largement et si généreusement ouverte sur tant de domaines, sur l\'esprit et sur la beauté ». La 23è Carte Postale en dit autant. Ansy Dérose est un soleil qui a brillé sur Haïti et sur le monde, une lumière qui a brillé pour Haïti et pour le monde. Malheureusement, cette lumière s\'est éteinte un samedi matin 17 janvier 1998. Mais à travers ses oeuvres, cette lumière qu\'a été Ansy Dérose brille et continuera de briller pour le bonheur de tous. Certains diront tout simplement qu\'ils sont fiers d\'Haïti, parce que cette terre a vu naître un ANSY DÉROSE.
Gaspard Dorélien gasparddorelien@lenouvelliste.com
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