La migration haïtienne en République dominicaine dans le regard de Jean-Claude Icart

Les problèmes migratoires des Haïtiens en République Dominicaine ( RD ) occupent une fois de plus toute l'actualité avec la vague de déportations des Haïtiens par milliers en Haïti, ces derniers jours. Personne n'est épargnée du racisme et de la haine des Dominicains à l'égard des Haïtiens: femmes enceintes, enfants et vieillards sont tous entassés comme des sardines ou des bêtes de somme dans des bus à cage. Ils sont arrachés de leur domicile et jetés en Haïti. Les vidéos de ces malheureux expulsés sont virales sur les réseaux sociaux. Des voix se sont levées un peu partout contre cet état de fait. Mais bien avant cette humiliation infligée aux Haïtiens en RD, soit dans le numéro 6 de la revue Chemins critiques, le chercheur haïtien Jean-Claude Icart a attiré l'attention sur la migration haïtienne dans le monde, notamment celle en RD.

Publié le 2022-11-24 | lenouvelliste.com

Dans la revue haïtiano-caraïbéenne Chemins Critiques, volume 6, le chercheur Jean-Claude Icart aborde la thématique migratoire. Dans sa rubrique « La migration haïtienne dans le monde » ( Entre gens de bateaux, apatrides et migrants environnementaux ), le chercheur indépendant Jean-Claude Icart revient sur la migration haïtienne en République Dominicaine, un sujet brûlant qui mérite toute l'attention dans un contexte où nos compatriotes sont déportés. Du balai pour les haïtiens! Dehors!

Dans sa rubrique, le chercheur aborde la question de l'apatridie où des milliers d'Haïtiens se sont vu refuser la citoyenneté dominicaine. Jean Claude Icart attire l’attention. La transition démocratique d’après la dictature n’arrive pas à épargner les migrants haïtiens des massacres perpétrés par les Dominicains.. En septembre 2013, le gouvernement dominicain a prononcé la sentence 168-13 qui fait des enfants haïtiens nés sur le sol dominicain de l'apartheid ce qui constitue une injustice à l’égard des Haïtiens.

Aujourd'hui encore, les Dominicains continuent leur chasse aux Haitiens. N'est-ce pas la continuité de la fameuse décision 168- 13 du tribunal constitutionnel, prise en septembre 2013 ? Cette décision a enlevé à plus de 20 000 Dominicains d'origine haïtienne leur citoyenneté acquise par la naissance sur le sol dominicain. Selon l'avis du chercheur, malgré les recommandations de la Convention interaméricaine pour les droits de l'homme ( CIDH ) concernant les mesures à adopter pour contrebalancer les effets de la décision 168-13, les autorités dominicaines ont toujours maintenu certaines décisions. Selon lui, le droit des migrants dans le monde nécessitemt davantage des efforts de la part des institutions onusiennes.

Dans ses écrits, l'auteur rappelle le manque  de cohérence entre les prises de position publique quant à la situation politique du pays d'origine et le non-accueil des personnes qui fuyaient la situation difficile du pays. En plus de la multiplication d'obstacles à l'arrivée des réfugiés, souligne Icart, on observe une nette tendance à l'interprétation restrictive de la Convention de 1951 et du Protocole de 1967. A en croire le chercheur, les droits des migrants haïtiens sont foulés aux pieds. Une véritable crise de système de protection.

La migration haïtienne en République ne date pas d'hier. Elle remonte à la période de l'occupation américaine. Toujours,  assistons -nous tous les ans à une vague déportation des Haitiens par les autorités dominicaines sous prétexte de présence illégale de ces travailleurs. Expulsés sans ménagement, ils n'ont pas même le temps de vendre leurs biens et de prendre leurs affaires personnelles dans leur lieu de vie misérable. Nos compatriotes partis pour la république voisine vivent et sont déportés dans le plus grand dénuement.

Et tout ceci, bien souvent, dans l'indifférence totale des autorités haïtiennes. " Et les abus continuent encore et encore : des familles sont séparées, des enfants perdus de vue définitivement. Des gens qui fuyaient Haïti pour trouver la vie ailleurs ne seront pas mieux traités. Ils connaitront assez souvent la chasse aux faciès. Un sport pratiqué  chez nos voisins domincains. Une culture bien ancrée à l'est de l'île. Les meurtres d'Haïtiens sont courants et dénoncés par les associations dominicaines et haïtiennes des droits de l'homme. Des raids (appelés redadas) sont organisés contre ces pauvres travailleurs immigrés identifiables à leur peau noire ". Quel racisme !

« Chemins Critiques  ( volume 6 ), un numéro à lire absolument. Ce livre est un condensé de plusieurs thématiques d'importance qui nous permet de mieux saisir la problématique de « la fuite migratoire qui saigne le pays de sa jeunesse, les espoirs déçus et le désenchantement qui nous affectent tous et toutes ».



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