Mauvais match pour le football haïtien

Depuis sa création en 1904, la Fédération haïtienne de football (FHF), affiliée à la FIFA en 1934 et membre de la CONCACAF depuis1961, expérimente, depuis tantôt trois ans, une situation difficile, compliquée voire catastrophique : pas de championnats nationaux (toutes catégories confondues) et la famille du football haïtien, visiblement divisée, est à couteaux tirés.

Publié le 2022-11-04 | lenouvelliste.com

Coïncidence, malheureusement, les problèmes du football en Haïti vont de paire avec le bannissement à vie par la FIFA du Dr Yves Jean-Bart, ancien président de la FHF, impliqué dans un scandale sexuel sur des mineures qui évoluaient au centre de formation Camp Nous, sis à la Croix-des-Bouquets. Haïti, terre du football, n’en peut plus. Mais, qui volera au secours du football haïtien ravagé par une crise interne aigüe sans précédent ?

Le football haïtien vit présentement le pire moment de son existence, et ce, à l’image du pays ravagé par une crise sociopolitique indescriptible et l’insécurité généralisée. Avant qu’Haïti ne plonge dans cette situation, le scandale sexuel impliquant le président Yves Jean-Bart, le vice-président Rosnyck Grant, les deux bannis à vie, à côté d'autres membres influents sanctionnés par la FIFA, les violons ne s’accordaient pas entre les membres de la famille du football, car avant les élections de 2020 devant élire un nouveau comité exécutif à la tête de la fédération, un ancien capitaine de la sélection nationale, dont sa candidature avait été rejetée par le conseil électoral, avait annoncé un tsunami dans le football haïtien. Il avait raison puisque Yves Jean-Bart, après avoir passé 20 ans à diriger la fédération, allait être banni à vie, et ce, au grand désarroi de ses fans et sympathisants. L'affaire est aujourd’hui devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS).

Pour remplacer Yves Jean-Bart, la FIFA avait pris la décision de nommer un Comité de normalisation, composé de Yvon Sévère, Monique André et Jacques Letang. Ce dernier avait remis sa démission peu avant le coup d’envoi de la Gold Cup de 2019, et depuis, aucune nouvelle tête ne s’est présentée au sein du comité qui gère pour une durée de deux années (novembre 2020 – novembre 2022) la Fédération. Dans la foulée, ledit comité qui avait pour mission de gérer les affaires courantes ; réviser les statuts de la FHF et adapter, le cas échéant, la réglementation pertinente afin de garantir la conformité avec les statuts et exigences de la FIFA ; organiser l’élection d’un nouveau comité exécutif de la FHF sur la base de ses nouveaux statuts et assurer une bonne transition des questions financières avec le nouveau comité exécutif élu, n'arrive toujours pas à respecter cette feuille de route et fait l’objet de critiques.

Parallèlement, après le sacre du Cavaly AS de Léogâne dans la FCU Championship en République dominicaine en mai 2020 et le Violette AC qui allait remporter l’édition 2020 du championnat national de la D1, les activités du football sont au point mort dans le pays. En fait, pas de championnats nationaux (D1, D2 et D3 masculine et football féminin). Entre-temps, le centre de formation Camp Nous qui fait l’objet de scandale sexuel, n’existe plus et les footballeurs et footballeuses qui s’y trouvaient, sont éparpillés dans la nature.

Toujours est-il que grâce à de nombreux expatriés (joueurs ayant leur racine en Haïti) qui évoluent en Europe, aux USA, au Canada ou encore en Equateur, l’équipe nationale a pu disputer la Gold Cup 2019 (éliminée au premier tour) et les éliminatoires de la Coupe du monde de la FIFA, Qatar 2022, où elle a été écartée par le Canada (0-1 et 3-0) avant d’entamer la campagne de la Ligue des nations de la CONCACAF. Le constat n’est pas différent pour la sélection féminine qui, après avoir subi la loi des USA (3-0) au championnat de la CONCACAF à Monterrey, allait battre le Mexique (3-0), mais échouer devant la Jamaïque (0-4). Pour rallier la Coupe du monde féminine de la FIFA, Australie et Nouvelle-Zélande 2023, Haïti doit nécessairement passer par les barrages en février prochain.

Bien avant cette crise qui perturbe notre sport roi, Haïti, en 1974 en Allemagne, avait disputé la phase finale de la Coupe du Monde et Emmanuel Sanon en avait profité pour mettre un terme à l'invincibilité du fameux portier italien Dino Zoff avant de marquer un autre but contre l'Argentine. Au niveau juvénile, en 2007 en Corée du Sud et en 2019 au Brésil, Haïti avait joué la phase finale du mondial masculin des moins de 17 ans et en 2018, les U20 féminines étaient en France pour disputer la Coupe du Monde de cette catégorie. Que dire de nombreux trophées gagnés par le football haïtien, entre autres, le championnat de la Concacaf de 1973 et la Coupe Caribéenne des nations en 1979 et 2007. De belles prouesses qui sont pour le moment très loin.

Actuellement en Haïti, on ne joue plus au football et même le Violette AC, champion de la CFU Championship en 2021 en République dominicaine, qualifiée pour la Ligue des Champions de la CONCACAF 2023 dont le tirage au sort aura lieu ce lundi 7 novembre, ne sait à quel saint se vouer pour préparer cette compétition. Pis encore, nombreux sont les footballeurs qui se sont exilés aux USA, en République dominicaine, au Chili, au Brésil, au Mexique ou encore en Argentine, à la recherche d’un mieux-être. Ceux qui sont restés en Haïti ne participent à aucun championnat régulier. Dans certains quartiers, à cause de l'insécurité, même les petits matchs amicaux sont impossibles d'être joués.

Haïti a connu des épisodes à répétition de peyi lòk (mouvement de blocages généralisés des activités) depuis 2018, puis la Covid-19 en 2020 et crise de la Fédération haïtienne de football décapitée à cause d'un grave scandale sexuel (2020 - 2022). Et comme si cela ne suffisait pas, le football est aussi entravé par la crise sociopolitique aigüe qui frappe le pays et par l'insécurité généralisée. Les gens qui gagnent leur pain grâce au football (footballeurs, entraîneurs, arbitres et journalistes) ne voient jouer au football qu'à la télévision. 

Pour tenter d’éradiquer la crise qui gangrène notre football, la FHF via un expert de la FIFA, l'Ispano-argentin Gabriel Calderon Pellegrino, avait lancé un avis de recrutement afin de doter la fédération d’un Secrétaire général, d'un Directeur technique national et d'un Directeur financier. Contre toute attente et à la surprise quasi générale, la FHF a pris cette semaine, la décision de surseoir à ce processus. Entre-temps, certains dirigeants, membres de la solidarité des clubs affiliés à la FHF, avaient organisé un sit-in devant les locaux de la CONCACAF, le 18 octobre en Floride et le 25 octobre à Port-au-Prince devant le siège de la FHF, pour dénoncer la mauvaise gestion des membres du Comité de normalisation et demander à la FIFA de ne pas renouveler le mandat de ces dirigeants qui n’ont rien fait pour sauver le football. 

Une preuve tangible que le footbal haïtien va de mal en pis est que personne ne veut s'asseoir autour d'une table pour vider les contentieux, chasser la haine et faire un dépassement de soi, de quoi redonner vie au football haïtien, véritable passion de tout un peuple. 

Pour avoir une idée de la dimension de la crise qui secoue le football haïtien, les deux sélections qui sont en activités (masculine et féminine) sont ravagées par des crises internes, et aucun dirigeant ne pipe mot pour tenter de remettre les choses en ordre. Malheureusement, la presse sportive haïtienne n’a pas été épargnée et se trouve, à quelques exceptions près, divisée, en prenant position pour l’un des trois camps qui ne font que se tirailler, ce au détriment du football.

Tout compte fait, le football meurt en Haïti, et on dirait que la FIFA n’a pas les yeux rivés sur la situation de notre sport roi, et que les dirigeants haïtiens n’ont pas compris qu’il faut recoller les morceaux, de quoi faire renaître le football de ses cendres. 

Legupeterson ALEXANDRE



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