Pamela A.White : la diplomatie normale ne fonctionnera pas en Haïti, il faut des "bottes sur le terrain dès maintenant"

Publié le 2022-09-30 | lenouvelliste.com

L’ex-ambassadeur des USA en Haïti (2012-2015) Pamela Ann White, invitée par les républicains à l’audition de la commission des Affaires étrangères du Congrès, a indiqué qu’il faut des « bottes sur le terrain dès maintenant » pour résoudre tous les défis d'Haïti, jeudi 29 septembre 2022.

« Il est temps de jeter les gants et d'arrêter de prétendre que la diplomatie "normale" fonctionnera en Haïti.  Comme le savent tous ceux qui se soucient du peuple haïtien, Haïti est un État en faillite. Il n'y a pas de gouvernement légitime, pas de système judiciaire, pas de parlement ; il y a une faible force de police incapable d'arrêter les gangs qui règnent désormais sur 60% de la capitale. Il n'y a aucune chance de planifier des élections dans le cadre de la crise sécuritaire actuelle », a-t-elle avancé.

« Il ne fait absolument aucun doute que les Haïtiens vivent dans des conditions infernales - tous les services sociaux ont été supprimés il y a plusieurs mois », a indiqué Pamela Ann White.

« Port-au-Prince compte le plus grand nombre d'enlèvements au monde. Chaque semaine, des personnes sont abattues et brûlées. Les enfants dans les orphelinats sont terrorisés par des balles qui passent au-dessus de leurs têtes et personne ne se soucie de leur sécurité.  La Police nationale d'haïti (PNH) a moins d'armes, moins de membres et beaucoup moins d'argent que les gangs pour mener ses opérations », a argué l’ex-diplomate. 

« Tous les acteurs internationaux ne cessent de répéter que le renforcement de la sécurité, la croissance du secteur privé, l'amélioration de l'éducation et des services de santé sont nécessaires - et ils ont raison.  Mais pourquoi ne pas admettre que ce dont on a besoin MAINTENANT, ce n'est pas d'un plan quinquennal compliqué pour résoudre tous les défis d'Haïti, mais de bottes sur le terrain dès maintenant ?, a indiqué Pamela Ann White. « Si l'administration Biden ne parvient pas à trouver un moyen de sécuriser les rues et de fournir au minimum une aide humanitaire, 1,3 million d'Haïtiens risquent de mourir de faim », a-t-elle estimé.

Pamela Ann White parie contre Ariel Henry

« Chacun a une vision différente de l'arrangement politique qui conviendrait le mieux à Haïti à l'heure actuelle.  Si nous voulons vraiment que les Haïtiens eux-mêmes choissent leurs dirigeants, demandons-leur leur avis.  Une sorte de référendum permettant aux gens de voter pour quatre scénarios possibles pour l'avenir pourrait être réalisé rapidement sans beaucoup d'argent », a-t-elle lâché avant de prendre un pari. 

« Si un référendum n'est pas pratique dans un tel contexte de violence, organisez une série de trente réunions publiques. Laissez les gens s'exprimer. Je parie que l'actuel Premier ministre ne serait pas leur premier choix pour mener le pays vers un meilleur avenir », a indiqué Pamela Ann White. Mon premier choix serait un petit groupe de leaders de confiance pour servir de gouvernement de transition avec seulement trois mandats : sécurité, nourriture et élections.  Un mandat de deux ans », a-t-elle poursuivi, soulignant que « tous ceux qui servent n'auraient aucun rôle dans le gouvernement après la transition ». 

L'administration Biden doit faire face à l'effondrement d'Haïti sans détour et agir pour empêcher un nouveau carnage et de nouvelles souffrances, selon l’ancien ambassadeur des USA en Haïti.

« Je suis d'accord avec l'éditorial du Washington Post qui a déclaré  : "L'administration Biden, qui a déjà expulsé plus de 25 000 Haïtiens, pourrait s'imaginer qu'elle peut maintenir ce statu quo, en ignorant la tourmente haïtienne.  Elle devrait y réfléchir à deux fois, car c'est une folie d'imaginer que les choses en Haïti ne peuvent pas se détériorer."  Je suis également d'accord avec l'éditorial pour dire que le gouvernement du Premier ministre manque de légitimité et que "son emprise sur le pouvoir doit davantage son maintien au soutien de Washington qu'au soutien populaire en Haïti, où il est largement honni et considéré comme impuissant », selon Pamela Ann White.

« Haïti est à 90 minutes de vol de Miami. Des millions d'Haïtiens vivent et travaillent avec succès aux États-Unis. Nos deux pays entretiennent des relations variées depuis plus de deux cents ans. Je n'ai pas le temps de vous donner une leçon sur notre histoire commune, mais elle est profonde (et souvent douloureuse). Je ne vais pas non plus vous dire que si vous ne faites pas quelque chose pour Haïti vous trouverez des milliers de réfugiés aux frontières du gouvernement américain, suppliant qu'on leur donne une chance.  Bien que cela soit vrai, je ne veux pas que cela soit la raison d'un changement de politique en Haïti. Nous devons nous soucier des Haïtiens parce qu'ils sont nos voisins. Nous devons nous soucier d'Haïti parce que nous sommes des personnes compatissantes qui tendent la main lorsque nous voyons des gens qui souffrent de la faim, de la négligence et de la violence. Nous devons nous préoccuper d'Haïti parce que nous ne pouvons pas regarder des membres de gangs terroriser un pays que nous avons aidé et soutenu pendant des décennies. Les Haïtiens sont dans un besoin désespéré », a indiqué Pamela A. White. 

« Chaque jour qui passe sans une décision ferme sur la façon de soutenir Haïti signifie plus de cadavres, plus d'enfants affamés, moins de chances d'organiser des élections et un effondrement complet de la société civile », a-t-elle souligné.

« Je vote pour que l'on sécurise d'abord les rues, les maisons et les moyens de subsistance du peuple haïtien. Ensuite, qu'on augmente l'aide humanitaire, puis qu'on parle des élections et des nombreuses autres réformes nécessaires. Mais RIEN ne bougera si nous ne pouvons pas assurer la sécurité. Une fois encore, je suis tout à fait d'accord avec l'éditorial du Washington Post qui déclare : "La situation n'est pas tenable, et attendre le pire n'est pas une politique, c'est une abdication de responsabilité. Les Nations unies, l'Organisation des États américains et les principaux gouvernements, y compris l'administration Biden, doivent faire face à l'effondrement d'Haïti sans détour et agir pour empêcher un nouveau carnage et de nouvelles souffrances" », selon l’ancien ambassadeur des USA en Haïti.



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