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Bouquets de propositions pour sortir Haïti de la crise

Publié le 2022-09-30 | lenouvelliste.com

Plusieurs personnes, dont Alermy Piervilus de la Plateforme des organisations haïtienne des droits humains (POHDH), Marie Rosie Ducénat Auguste du Réseau national de défense des droits hunains (RNDDH), Vélina Elysée Charlier de Nou Pap Dòmi et l’ex-ambassadeur des Etats-Unis, Pamela Ann White, ont déposé devant la commission des Affaires étrangères du Congrès des Etats-Unis sur la crise en Haïti et les voies de sortie, à Washington, jeudi 29 septembre 2022. « La vraie issue possible à cette crise passe par la relance du processus démocratique pour répondre à l’état de dévastation du pays. Cela signifie qu’une nouvelle gestion politique du pays avec une nouvelle équipe au pouvoir en charge de la transition s’impose comme un impératif. Ce nouveau gouvernement doit contribuer à établir le cadre qui favorise la restauration des conditions d’un changement politique axé sur la justice, la fin de l’impunité, la participation citoyenne à travers l’organisation d’élections ouvertes et crédibles », a estimé Alermy Piervilus, secrétaire exécutif de la POHDH.

Selon M. Piervilus des droits humains, « il faut démanteler les gangs et reconstruire la Police national d'haïti (PNH). Des réformes politiques doivent être engagées pour rassurer la population et réaliser des élections crédibles. Il faut des initiatives urgentes et fortes d’assainissement des finances publiques, d’appui aux investissements dans le secteur agricole, des infrastructures et une réponse minimale à l’urgence humanitaire actuelle ».

Pour Alermy Piervilus, « la crise politique, sociale et économique que connait la République d’Haïti empiré au cours des 14 derniers mois. Les institutions clés du pays sont dysfonctionnelle et les fonctions présidentielle et de Premier ministre sont occupées par Ariel Henry depuis plus de 14 mois, ce, en violation de la Constitution et des lois du pays ». 

« Le gouvernement de facto actuel enfonce davantage la population dans la misère avec sa dernière décision d’augmenter de plus de 100% le prix du carburant. Au lieu de tenir compte des revendications justes de la population qui s’exprime, depuis plus quatre mois, à travers tout le pays, le gouvernement tente de criminaliser les mouvements sociaux en les attribuant à des gangs armés », a-t-il dit.

Haïti, les USA du mauvais côté, selon le RNDDH

« La communauté internationale, dont les Etats-Unis, a malheureusement toujours été du mauvais côté de la barrière. En décidant d’accorder sa protection aveugle à la coalition politique dirigée par Ariel Henry, elle a aussi choisi de faire peu de cas des efforts de la société civile pour trouver une issue haïtienne à la crise multidimensionnelle qui touche le pays et livrer la population haïtienne à des prédateurs des droits humains, bien plus virulents que tous ceux qui les ont précédés », a témoigné Rosy Auguste Ducéna, avocate et responsable de programmes au Réseau national de défense des droits humains(RNDDH).

La militante des droits humains a recommandé « d’appuyer la recherche d’une solution haïtienne à la crise, avec l’implication de la société civile qui, jusqu’à présent, s’est montrée très attachée aux revendications populaires ;d’exiger de la coalition politique actuellement au pouvoir la fin de la protection des bandits armés ; de prendre des sanctions contre les différentes personnalités qui protègent les bandits armés ; d’encourager l’administration américaine à systématiser le contrôle des containers en provenance des Etats-Unis ; d’encourager le vetting des institutions policières et judiciaires haïtiennes ». 

Réquisitoire anti-Henry

Selon Rosy Auguste Ducéna, « depuis l’avènement de l’actuel Premier ministre à la tête de la Primature, le processus de déshumanisation de la population s’est accéléré. Avec la complicité de la communauté internationale, il s’est placé à la tête d’une coalition politique composée d’hommes et de femmes politiques menteurs, fanfarons qui ne défendent que leurs propres intérêts, au détriment des justes revendications populaires de sécurité, de bien-être et du droit fondamental à un niveau de vie suffisant ».  

« Les 3 massacres les plus meurtriers jamais enregistrés en Haïti depuis 2018 ont été perpétrés sous l’administration d’Ariel Henry. Au cours des deux derniers mois, du matériel et des équipements policiers ainsi que d’autres équipements étatiques ont été utilisés par les gangs armés proches du pouvoir. De plus, au moins 600 personnes ont été assassinées et 71 femmes au moins ont été violées avec brutalité, en présence de leurs conjoints et de leurs enfants », a-t-elle indiqué. 

« La police, gangstérisée, complice lors des massacres dans les quartiers défavorisés, sous équipée et exposée à l’insécurité, est totalement sous la coupe d’Ariel Henry qui est aussi le président du Conseil supérieur qui la dirige. La justice, démantelée, est totalement effacée. Aucun procès emblématique n’a été réalisé. Aucune décision de mettre l’action publique en mouvement même contre les chefs de gangs armés connus n’a été prise », a dit la militante des droits humains.

Responsabilité partagée

« Aujourd'hui, le pays a atteint un dangereux point de basculement avec des impacts sociaux, économiques et politiques variés. Alors qu'Haïti est au bord du gouffre, ne vous y trompez pas, il ne s'agit pas seulement d'une histoire d'échec des Haïtiens, mais aussi de décisions politiques prises ici même à Washington », a soutenu Vélina E. Charlier, membre de Nou Pap Dòmi.

« La position des États-Unis dans la crise haïtienne actuelle est de soutenir le Premier ministre Ariel Henry, même s'il n'a aucun mandat constitutionnel ni aucune légitimité populaire. Ce soutien déclaré et inconditionnel à M. Henry lui confère une forme de légitimité qui lui permet de refuser tout processus de dialogue interne qui pourrait aider à résoudre la crise haïtienne. Nou Pap Dòmi (NPD) estime que l'organisation d'élections est nécessaire pour rétablir un État fonctionnel et aider le pays à sortir de cette crise. Elle est encore plus cruciale pour la vitalité de la démocratie et le renouvellement de la classe politique. Cependant, NPD croit que les élections en soi ne sont pas une solution aux problèmes d'Haïti, et qu'elles peuvent même être contre-productives si elles ont lieu sans que les conditions adéquates soient en place et sans une participation populaire significative. Des élections défectueuses ont contribué à la crise haïtienne. Les élections passées ont été entachées de fraudes flagrantes, dans lesquelles la communauté internationale a joué un rôle actif, portant au pouvoir des dirigeants impopulaires et corrompus », a indiqué Vélina Charlier, qui, au passage, a dénoncé « le soutien inconditionnel de l'administration américaine au régime du PHTK depuis 2010 ». « Malgré les dénonciations de la société civile haïtienne et les manifestations de masse qui ont rassemblé des millions d'Haïtiens pour dénoncer la corruption et les abus du régime PHTK, l'administration américaine a soutenu de manière constante et systématique le régime PHTK pendant plus de 10 ans. Les effets de ce soutien sont indéniables. Le peuple haïtien a été dépouillé de son droit légitime de demander des comptes à ses dirigeants, qui n'ont plus de comptes à rendre qu'à la communauté internationale. »

L’appel des Nou Pap Dòmi

« Nous appelons le Congrès à contribuer à la mise en œuvre de ces recommandations, car il fera un effort significatif pour résoudre la crise et contribuer au développement d'Haïti dans son ensemble.

À court terme, l'administration Biden pourrait aider Haïti par les mesures suivantes : a) cesser de soutenir le Premier ministre Ariel Henry et le gouvernement actuel, car cela entrave la voie vers un dialogue national sincère entre les Haïtiens;

b) fournir un soutien pour enquêter sur les actes de corruption et de détournement de fonds, le trafic de drogue et le trafic illégal d'armes à feu;

c) utiliser les instruments juridiques américains appropriés pour imposer des sanctions aux individus de haut niveau impliqués dans la corruption et qui soutiennent et facilitent la violence des gangs en Haïti, en particulier les fonctionnaires du gouvernement et les membres de l'oligarchie;

d) adopter des mesures drastiques pour mettre fin au trafic illicite d'armes et de munitions des États-Unis vers Haïti;

e) soutenir l'enquête sur l'assassinat du président Jovenel Moïse afin d'identifier, d'arrêter et de juger les auteurs intellectuels et matériels de ce crime. Il est utile de rappeler que plusieurs des personnes impliquées dans l'assassinat ont affirmé travailler pour ou avoir le soutien de diverses agences gouvernementales américaines. Le Congrès a un rôle déterminant à jouer pour aider à découvrir la vérité sur ce qui s'est passé », selon Vélina Charlier.

Une intervention internationale contre-productive

« «L'intervention internationale à laquelle le pays est soumis depuis des décennies et qui s'accentue de plus en plus est contre-productive et a largement contribué à amener Haïti au bord de l'effondrement. L'échec est donc aussi celui de la communauté internationale. Il serait bon que les partenaires internationaux apprennent à remettre en question de temps en temps leur interprétation de la situation. Par exemple, selon Vélina Charlier, l'hypothèse selon laquelle les récentes protestations et manifestations sont orchestrées par des forces invisibles qui ont manipulé le peuple reflète, au mieux, une tendance à infantiliser le peuple haïtien comme étant incapable de prendre les bonnes décisions pour son avenir ».

Des bottes sur le terrain maintenant

L’ex-ambassadeur des USA en Haïti Pamela A. White a estimé qu’il faut des bottes maintenant en Haïti. « Il est temps de jeter les gants et d'arrêter de prétendre que la diplomatie "normale" fonctionnera en Haïti.  Comme le savent tous ceux qui se soucient du peuple haïtien, Haïti est un État en faillite.  Il n'y a pas de gouvernement légitime, pas de système judiciaire, pas de parlement, et une faible force de police incapable d'arrêter les gangs qui règnent désormais sur 60% de la capitale.  Il n'y a aucune chance de planifier des élections dans le cadre de la crise sécuritaire actuelle.

Il ne fait absolument aucun doute que les Haïtiens vivent dans des conditions infernales - tous les services sociaux ont été supprimés il y a plusieurs mois », a indiqué Pamela Ann White.

« Tous les acteurs internationaux ne cessent de répéter que le renforcement de la sécurité, la croissance du secteur privé, l'amélioration de l'éducation et des services de santé sont nécessaires - et ils ont raison.  Mais pourquoi ne pas admettre que ce dont on a besoin MAINTENANT, ce n'est pas d'un plan quinquennal compliqué pour résoudre tous les défis d'Haïti, mais de bottes sur le terrain dès maintenant, a indiqué Pamela Ann White. « Si l'administration Biden ne parvient pas à trouver un moyen de sécuriser les rues et de fournir au minimum une aide humanitaire, 1,3 million d'Haïtiens risquent de mourir de faim », a-t-elle estimé.



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