«Frankétienne s’est échappé» de Mérès Wèche

Publié le 2022-09-29 | lenouvelliste.com

Mérès Wèche, enseignant, critique, plasticien et écrivain, mort le 16 octobre dernier à Beaumont, dans la Grand'Anse, a laissé une étude approfondie sur l'œuvre de Frankétienne avec un titre évocateur "Frankétienne s'est échappé". C'est une étude qui porte essentiellement sur l'œuvre théâtrale, picturale, et littéraire de Frankétienne. Avec maestria, Wèche retrace le parcours de ce grand écrivain à travers la relecture de son œuvre et l’analyse des grands thèmes qui la sillonnent. 

Selon Mérès Wèche, ce livre très analytique s'ouvrant sur l'œuvre de Frankétienne propose d'amener le lecteur à se départir des schémas conventionnels d'appréciation, pour aborder autrement un texte ou une œuvre d'art qui fait la déconstruction la base d'une esthétique fondamentaliste. Wèche a épuisé presque toute la richesse et les subtilités de son écriture. Il a revu, entre autres choses, la chronologie de ses écrits ; ouvrir des dossiers sur l’intertextualité, les discours et les thématiques de son œuvre.  Il a défini sa poétique avec une connaissance plus étoffée de ses textes dramatiques et de ses poèmes. Il nous montre ce qu’il faut retenir comme caractéristique particulière de Frankétienne : sa conception idéologique du vodou comme mysticisme et pure source de création. 

Le livre de Wèche est composé de IX chapitre qui nous met au cœur de l'œuvre de Frankétienne. Le premier chapitre s'ouvre, d'entrée de jeu, sur la relation texte-lecteur chez Frankétienne et en même temps donne une certaine définition du spiralisme, le mouvement auquel s'inscrit l'auteur de Dezafi. «Le spiralisme ne s'inscrit pas dans le cadre d'une école pontificale, mais il propose des modes de pensée qui libèrent l'instinct créateur et le font exploser. En enfourchant tout seul le cheval fringant du Spiralisme Frankétienne a en quelque sorte propulsé la pensée créatrice haïtienne vers les lieux chaotiques ou "tout est dans tout", ou rien n'est perdu dans le vaste éclatement des substrats de l'univers en jets de lumières.». p. 23. Le Frankétienne du natif de Beaumont est un écrivain qui peint et dépeint notre paralysie collective, avec la rage et la faim aux trousses, dans une écriture qui bouscule nos tenaces habitudes de conformabilité acquise.   

Sur la question de la peinture, selon Wèche, l'art de Frankétienne, aussi bien que celui de Tiga se situent dans les lieux du mythe ou se dévoile toute la vérité du monde. Il cite ;  «Franketienne croit que le mysticisme vodou est source de création, et qu'il émane des régions éternelles du chaos». Selon l'auteur de «Frankétienne s’est échappé», l'espace créationel de Frankétienne est un univers de signes et de symboles en rupture de ban avec l'histoire littéraire traditionelle haïtienne; il se conçoit comme un espace diachronique où tout n'est ni convention ni finalité, mais éclatement structurel et beauté du chaos. Le Frankétienne de Mérès Wèche propose une esthétique spiraliste qui se veut intention innovatrice. D'après lui, pour suivre l'évolution de l'esthétique de Frankétienne, il faut remonter à ses textes poétiques dans années 60. Et il cite, «Vigie de verre» «La médusé orpheline» ect.  

Pour Wèche, Frankétienne, en peinture comme en littérature est un baroque intraitable. Aussi Frankétienne a-t-il proposé un anticonformisme constructif. Son écriture et sa peinture rompent avec le classicisme reproducteur. Il favorise la création de genres hybrides, mariant variétés lexicales et sensibilités linguistiques francréolophones. 



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