Une bande audio presque virale circule sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’un compatriote qui crache son dégoût sur le panorama haïtien actuel. Je l’ai écouté. De justesse dans cette dynamique sélective à laquelle nous pousse l’abondance des textes diffusés par les technologies modernes. Mais dès les premières paroles le message m’a interpellée.
Avez-vous, vous aussi, entendu la colère de cet haïtien, apparemment de la diaspora qui, hormis "les mouches" ( M'anvi wè mouch !!!) demande de lui rendre son "Ayiti chérie" des décades passées ? Furieuse ire qui m' a traversée de pakanpak .
L’auteur du message est un peu trivial. Mais la rage ne peut être que triviale...
Même si vous n'avez pas tous vécu la période évoquée, quelques souvenirs vous reviendront en écoutant cette voix qui crie le mal du pays. Il m'arrive de me délecter aussi des réminiscences de jeunesse. Sans, pour autant, regretter dans son intégralité ce passé où d'autres problèmes se posaient.
Mais aujourd'hui quel spectacle nous offre notre Ayiti ?
Fatras, fatras et fatras au propre et au figuré. Même certains êtres humains ne sont plus que purs déchets.
Nous vivons avec un chant d'absoute dans la tête, flirtant avec la mort mais persistant à coller des bouts par instinct de survie.
Tout autour de nous est désert aride.
Le coq ne fredonne plus au petit matin, les marchands et marchandes ne chantent plus leurs produits, le tambour ne résonne plus dans la nuit, les lucioles et les papillons de la Saint-Jean ont suivi le chemin des boat people... Sécheresse totalkapital. Spirale de carences. Nulle opportunité d'évasion ou de loisir : ni parc, ni salle de spectacle ou de cinéma. Aucun espace public fréquentable. Nos enfants ne peuvent plus jouer ensemble en riant aux éclats sur les places publiques.
Nous sommes des automates allant droit devant, une tête pleine de soucis, de regrets, d'angoisse et de tristesse.
Le mal-être nous anéantit.
Vivons-nous ou mourrons-nous à petit feu ?
Finalement, je dis qu'ici sur cette terre d' Ayiti, la vie s' impose à nous. Nous la portons à bout de bras. Mais que lourd est son poids !!!
Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir, n'est-ce pas ?
Combattants et combattantes, droits dans nos bottes sur le front, disons-leur que l'espoir est au rendez-vous.
Ginette Chérubin
23/09/22