Jimmy Chérizier revendique le blocage du plus grand terminal pétrolier d’Haïti

Jimmy Chérizier, le chef du regroupement de gangs G-9, revendique la fermeture du plus grand terminal pétrolier d’Haïti, à Varreux, dans la commune de Cité Soleil. Chérizier serait dans le collimateur des Américains. « Son heure est venue », a indiqué Brian Nichol’s, l’assistant secrétaire d’Etat pour l’hémisphère occidental au département d’Etat Américain, interrogé par La Voix de l’Amérique mercredi 

Publié le 2022-09-22 | lenouvelliste.com

Le terminal de Varreux est-il toujours inaccessible? « Oui », a répondu au Nouvelliste une source proche du terminal, jeudi 22 septembre, après 11 jours de fermeture.

La veille, Jimmy Chérizier, jogging noir, bannière aux couleurs nationales sur les épaules, fusil M-4 en bandoulière, debout au milieu de barricades de pneus enflammés, de pierres, en face du terminal, avait revendiqué la fermeture de cette installation où sont stockés 70 % des produits pétroliers d’Haïti.

Dans cette vidéo postée sur les reseaux sociaux, le chef du G-9 a balancé : « Vous entrerez dans ce terminal quand nous serons morts. C’est sur nos entrailles que vous passerez, Ariel ».

Le chef de gang recherché par la police qui s’est exprimé au nom de « Force Révolutionnaire G-9 An fanmi e alye », un regroupement de gangs de la région métropolitaine de Port-au-Prince, a couvert d’insultes ceux qu’il appelle « les journalistes corrompus », « les bourgeois et politiciens traditionnels nauséabonds ».

Jimmy Chérizier qui avait appelé en début de semaine dernière le « peuple » au « dechoukay », dans cette vidéo, a indiqué qu’il se tenait derrière sa barricade.

Le chef du G-9 s’est insurgé contre ceux ayant affirmé qu’il a été payé par Ariel Henry afin de rejoindre les manifestations populaires dans le but de nuire aux revendications populaires.

Dans une autre vidéo, M Chérizier s’est mise en scène devant plus d’une dizaine de fusils automatiques, appelant le peuple à la révolution en vue d’avoir accès aux services sociaux de base.

Chérizier a repris les mêmes éléments de langage et appelé cette fois l’autre regroupement de gangs rivales, le G-Pep, à le rejoindre moins de deux mois après de violents accrochages entre les deux groupes de gangs à Cité Soleil.

Les combats avaient fait des centaines de morts et des milliers de déplacés dont des centaines survivent dans la crasse, le dénuement et une certaine indifférence sur la place Hugo Chavez, presqu’à l’entrée de l’aéroport internationale Toussaint Louverture.

C’est la troisième fois en moins d’un an que l’accès au terminal de Varreux est rendu impossible par les gangs dont certains membres vendent du carburant dans le secteur informel.

Le premier ministre Ariel Henry avait indiqué, en annonçant l’ajustement des prix des produits pétroliers le 11 septembre dernier, que son gouvernement œuvra pour que le carburant soit disponible dans les stations-service. 

Le chef du gouvernement, dans sa deuxième adresse à la nation sur fond de manifestation contre l’ajustement du prix de l’essence, avait indiqué que « tout le monde a compris que ce n’est pas à cause du prix du carburant qu’on a mis à sac l’entrepôt d’une organisation internationale». « On a pu voir des hommes lourdement armés diriger les manifestations. C’est une preuve en plus que ce qui se passe dans les rues n’a rien à voir avec une revendication concernant le prix du carburant ou la vie chère », avait estimé Ariel Henry, soulignant que les réformes au niveau de la douane provoquent des mécontentements.

Selon lui, ces mécontents se retrouvent également dans les rues. « Il y a un chantier enclenché au niveau de la douane pour permettre à l’Etat de mieux contrôler ce qui rentre dans le pays, de limiter les trafics d’armes et de drogue et d’augmenter les recettes. Ces décisions provoquent des mécontentements. Ils sont derrière ces manifestations dans les rues. Ils sont identifiés en Haïti comme à l’étranger. Avant de faire un bilan, on va d’abord panser les blessures. Sans encore faire de bilan, on peut dire que le pays a enregistré beaucoup de pertes ces derniers jours », a fait savoir le PM Ariel Henry dont les éléments de langage ont été repris par des officiels étrangers dont  Juan Gonzalez, le conseiller à la sécurité national pour l’hémisphère occidental.

Par ailleurs, mercredi, à l’issue d’une réunion sur la sécurité en Haïti présidée par le Premier ministre canadien Justin Trudeau, le ministre des affaires étrangères d’Haïti, Jean Victor Généus, interrogé par La Voix de l’Amérique, a indiqué des partenaires d’Haïti ont en garde ceux qui sont responsables de ces violences. « Ils les ont mis en garde contre des sanctions qui peuvent être appliquées contre eux », a dit Jean Victor Généus. « Nous, du côté haïtien, nous avons donné une description de la situation et de sa gravité », a poursuivi Généus, soulignant que son gouvernement a la volonté d’arriver à une entente avec tous les secteurs pour arriver aux élections.

A l’issue de cette même réunion, Brian Nichol’s, l’assistant secrétaire d’Etat pour l’hémisphère occidental au département d’Etat Américain, interrogé par La Voix de l’Amérique sur Jimmy Chérizier. « Son heure est venue », a indiqué l’officiel Américain.

M. Chérizier a été sanctionné au regard du Majestic Act. « Alors officier de la police nationale haïtienne, Jimmy Chérizier a planifié et participé à l’attaque de La Saline en 2018. Il s’agit maintenant de l’un des chefs de gangs les plus influents d’Haïti à la tête d’une alliance de neuf gangs haïtiens appelée « Alliance G9 ». Tout au long de 2018 et 2019, Chérizier a dirigé des attaques coordonnées et brutales de groupes armés dans les quartiers de Port-au-Prince. Plus récemment, en mai 2020, il était à la tête de gangs armés lors d’une attaque de cinq jours dans plusieurs quartiers de Port-au-Prince dans laquelle des civils ont été tués et des maisons incendiées », avait indiqué un communiqué de l’ambassade des Etats-Unis en décembre 2020.



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