Haïti : pillage, violence et incendie, l'ONU appelle au calme, le gouvernement et le Core Groupe gardent le silence 

Publié le 2022-09-16 | lenouvelliste.com

Après la publication du communiqué officiel actant la hausse des prix de tous les produits pétroliers, Port-au-Prince et ses environs ont connu une cinquième journée consécutive de tensions ce 16 septembre.

Alors que le gouvernement et le Core Groupe se taisent, le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a fait part de sa préoccupation tout en lançant un appel au calme, le gouvernementhaïtiendu premier ministre Ariel Henry continuede garder le silence, vendredi soir.

« Le Secrétaire général est profondément préoccupé par la situation actuelle en Haïti, où des troubles civils ont paralysé le pays. Le Secrétaire général est particulièrement préoccupé par la sécurité de tous les Haïtiens, y compris les plus vulnérables, et appelle au calme et à la plus grande retenue. Il exhorte toutes les parties prenantes à prendre des mesures immédiates pour désamorcer la situation, éviter la violence et permettre à la Police nationale d’Haïti de remplir son mandat de protéger la population », peut-on lire dans une note publiée sur le site web de l’ONU.

« Le Secrétaire général relance instamment un appel à toutes les parties prenantes à surmonter leurs différences et à s'engager, sans plus attendre, dans un dialogue pacifique et inclusif sur une voie constructive à suivre. Il prévient que si les circonstances actuelles persistent, la situation humanitaire, déjà très grave, à laquelle sont confrontées les personnes les plus vulnérables d'Haïti se détériorera encore plus », poursuit la note.

Les protestations contre la décision du gouvernement d’augmenter les prix de tous les carburants et pour réclamer la démission du premier ministre Ariel Henry se sont poursuivies au cours de ces deux derniers jours. Les rues et routes principales restent barricadées. Les activités formelles et le transport en commun sont à l’arrêt. Selon Radio-télé Métropole, l’Association professionnelle des banques (APB) a annoncé la fermeture de toutes les banques commerciales et rien n’est dit pour les jours à venir.

Jeudi 15 septembre, des milliers de protestataires, provenant majoritairement de Cité Soleil, ont défilé sur la route principale de Delmas où des scènes de pillages ont été enregistrées. Certains manifestants ont pénétré les locaux de la Télévision nationale d’Haïti. Au moins deux véhicules et une génératrice ont été incendiés, alors que les casseurs ont emporté avec eux des matériels tels que des batteries, etc.

Toujours sur la route principale de Delmas, des manifestants ont attaqué un distributeur de la Digicel et le magasin « Christ-Cell » à Delmas 44. Les deux entreprises ont été saccagées et pillées par les manifestants. Ces derniers s’en sont pris à d’autres commerces se trouvant sur la route principale de Delmas. Des incendies ont été enregistrés à la poissonnerie Eau de mer et un entrepôt du laboratoire 4C, près de Delmas 48.

L’entreprise commerciale Shodecosa, située à Cité Militaire a fait l’objet d’une tentative de pillage ce jeudi. Les responsables de l’entreprise spécialisée dans le stockage de produits alimentaires avaient lancé une alerte à l’intention des autorités et des volontaires en début d’après-midi.

« Pour le moment, nous sommes en alerte rouge. De fortes chances d’être pillés. Tous les efforts doivent converger, si nous devons passer le Cap.  Il faut alerter les autorités aussi.  Nous l’avons fait cependant vos interventions ne sont pas de trop. Ceux d’entre vous qui ont des contacts au niveau des forces de l’ordre et des décideurs, devraient faire pression.  Nous avons eu la promesse d’un tank qui n’est pas encore sur place », peut-on lire dans cette note largement relayée sur les réseaux sociaux.

La résidence d’Edmonde Supplice Beauzile attaquée

Des individus non identifiés ont attaqué la résidence d’Edmonde Supplice Beauzile, leader du parti Fusion et signataire de l’accord du 11 septembre. L’ancien sénateur du Centre a confirmé l’information sur Twitter et a accusé Youri Latortue, Nenel Cassy et Arnel Bélizaire d’être les auteurs intellectuels de cette attaque.

« J’ai passé ma vie à travailler. Je n’ai commis aucun crime économique. Je ne suis pas riche comme vous. Merci à Youri (Latortue), Nenel (Cassy) et Arnel (Bélizaire). Vous avez dirigé un groupe chez moi pour détruire une maison que j’ai passé 20 ans à construire », a dénoncé madame Beauzile.

Dans un autre tweet, la femme politique a révélé que des membres du gang dirigé par le nommé « Ti makak » étaient en train d’emporter les objets dans la maison qui ont résisté aux flammes. « Merci à vous qui avez invité vos sbires à mettre le feu chez moi, à piller ma maison. Un choix que j’ai fait comme femme dans un environnement machiste, de faire de la politique. Comme socio démocrate j’ai toujours fait la promotion du dialogue comme solution en tout temps », peut-on lire dans une note publiée par Edmonde S. Beauzile à propos des attaques contre sa maison. L’ancien Sénateur Latortue, via Twitter, a démenti les allégations de son ancienne collègue tout en faisant part de son intention d’intenter contre elle une action en justice pour diffamation.

Les scènes de blocages et de violence se sont poursuivies dans la région métropolitaine ce vendredi. La police a dû faire usage de gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants sur la route de l’aéroport et sur la route principale de Delmas. Des affrontements ont eu lieu entre les forces de l’ordre et des individus armés à l’angle du carrefour de Simon Pelé et la route de l’aéroport. Des scènes de pillage ont été orchestrées par des individus à Top Tires situé à Delmas 17. D’autres entreprises ont été également attaquées ce vendredi à Delmas, Pétion-Ville, sur la route de Frères, etc.

Des scènes de pillage et d'incendie d'institutions publiques et privées sont aussi enregistrées aux Gonaïves, à Saint-Marc, à Léogane. 



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