Pierre Léger : Ce qui s’est passé au Sri Lanka peut arriver en Haïti

Publié le 2022-09-16 | lenouvelliste.com

Depuis que le gouvernement a annoncé l’ajustement à la hausse des prix des produits pétroliers, à Port-au-Prince comme dans les villes de provinces, la population ne décolère pas. Le jeudi 15 septembre 2022, des scènes de pillage ont été enregistrées un peu partout à travers le pays. L’homme d'affaires Pierre Leger, intervenant sur Magik9 ce jeudi, a indiqué que ce qui se passe dans le pays était prévisible. « C’est un ras le bol général. Il n’y a pas eu d’appel à manifestation. C’est le résultat d’une absence de dialogue entre le gouvernement et la population », a-t-il fait remarquer. 

Pierre Leger rappelle avoir prédit des jours sombres dans le Sud, où il a son sphère d’activité. « Le Sud peut exploser à n’importe quel moment », avait prévenu sans détour l’agronome Pierre Léger, à la matinale de Magik 9 (100.9 FM), lundi 16 août 2022. « On peut avoir du grabuge. Nous n’en pouvons plus. Je ne sais pas comment sera la fin du mois d’août avec la rentrée des classes qui s’en vient », a alerté l’industriel

« Le gouvernement est vraiment absent. De temps en temps, des membres du gouvernement viennent en promenade dans le Sud. Ce sont des experts en mensonge », a indiqué Pierre Léger. « La population ne sommeille plus. Son réveil peut-être très violent » avait insisté Léger. « Le grand Sud va se réveiller. Cela risque de faire mal, très mal », avait martelé Pierre Léger, estimant que les politiques et tous les messieurs de Port-au-Prince insultent les pauvres gens.

Dans le Sud, la décision du gouvernement d’ajuster à la hausse les prix du pétrole à attiser la colère des citoyens « Au niveau du Sud la colère de la population s’intensifie. Ne pouvant pas compter sur les services de l’État, sans alternatives sociales, les jeunes gagnent les rues. Le gouvernement ne leur inspire plus confiance », regrette l’industriel.

Le gouvernement manque de transparence dans le processus de modification de la structure des prix du pétrole, a déploré l’homme d'affaires. « Avant de prendre une telle décision, le gouvernement devrait discuter avec les syndicats des chauffeurs pour mieux anticiper », croit l’agronome. 

Sur Magik9 le mercredi 14 septembre 2022,  le ministre des Affaires Sociales et du Travail n'était pas en mesure de dire s’il y a eu  des discussions avec des partenaires sociaux et des syndicalistes avant la décision prise en conseil des ministres. « Le premier ministre à l’habitude de discuter avec les partenaires sociaux et les syndicalistes. En ce qui me concerne, formellement, je n’ai pas participé à une réunion de ce genre. Le ministre du commerce et moi avons de très bons rapport avec les syndicalistes », a mentionné Odney Pierre Ricot.

Par ailleurs, l’agronome estime que la chance qu’on a jusqu’à présent, pendant ces manifestations, c’est qu’il y a une partie de la Police Nationale d’Haïti qui est professionnelle. Il n’y a pas de bévue policière. S’il en avait ce serait fatal pour le gouvernement », a déclaré Pierre Léger qui pense que ce qui s’est passé au Sri Lanka en juillet 2022 peut arriver en Haïti, puisque, dit-il, ceux qui sont au pouvoir ne sont pas à l’écoute de la population

Le secteur privé doit faire plus que des notes et des communiqués

Réagissant sur la note du regroupement patronal, Pierre Leger pense que le secteur  privé des affaires se doit d’être plus sincère dans leurs prises de position. « Il faut aller au-delà des notes et des communiqués de presse. Ce n’est pas au gouvernement de tout faire, le secteur des affaires ont leur rôle à jouer. Il y a toujours eu cette méfiance entre le secteur privé et le secteur public. Des deux côtés, il y a des dérives à corriger », a indiqué l’industriel. « L’une des explications de ce que nous vivons aujourd’hui est que le secteur privé ne favorise pas la décentralisation. Il concentre tout à Port-au-Prince. Les plus riches deviennent plus riches et les plus pauvres encore plus pauvres », a-t-il renchérit

« Quel que soit le gouvernement, la confiance de la population est le premier postulat pour résoudre la crise. Ensuite vient, la création de richesse pour tous », soutient Pierre Léger qui croit qu’au plan politique, « il revient au gouvernement de faire le premier pas  pour sortir de la crise, sinon il doit tirer la révérence. Si le pouvoir n’agit pas maintenant, cela risque de faire très mal dans les jours qui viennent. Fòk kat la rebat, rebat vit, parce que le pire est devant nous ».



Réagir à cet article