La PNH et le précipice politique

Publié le 2022-09-12 | lenouvelliste.com

Dans un message annoncé pour 7h p.m. mais diffusé quelques minutes avant minuit, dimanche 11 septembre 2022, le Premier ministre Ariel Henry a marqué le premier anniversaire de la coalition au pouvoir, coalition issue de l’accord du 11 septembre 2021.

Il n’y a pas grand-chose à dire du message du chef du gouvernement. Le neurochirurgien est resté droit dans ses bottes et a dépeint, à bien l’entendre, une situation difficile mais sous contrôle.

Ceux qui ne sont pas au pouvoir à ses côtés, le reste de la population et l’Haïtien normal peuvent être déçus de n’avoir pas entendu d’annonces concrètes et si peu de bonnes nouvelles après une année de règne. Les perspectives ne sont pas étourdissantes non plus.

Heureusement que toutes les précautions avaient été prises pour que le nombre de téléspectateurs et d’auditeurs soit réduit au minimum.

Au-delà des attentes et des promesses, reste la situation au jour le jour. Les batailles entre gangs ont repris ces derniers jours. On meurt à Cité Soleil. On se bat au Bel-Air et à Laboule 12. Martissant a vu les gangs finir par s’imposer. Ils ont installé des péages défendus par des guetteurs armés. La même situation est en train de prendre forme à Canaan.

Les sorties sud, nord et est (Croix-des-Bouquets) de la capitale sont périodiquement hors de contrôle des autorités. Des zones de plus en plus étendues se transforment en zones rouges. Personne ne peut prévoir leur évolution dans les prochains jours.

C’est cette région métropolitaine et ce pays en crise qui assistent au retour des manifestations politiques. On réclame la démission du premier ministre et une amélioration des conditions de vie un peu partout à Port-au-Prince, comme en province.

On ne sait pas encore si le discours de dimanche soir du PM a versé de l’huile sur le feu des revendications mais on est certain qu'il n’a pas répandu assez d'eau sur tous les brasiers.

Que va faire la police ? se demande plus d’un.

Va-t-elle se jeter dans le précipice politique pour supporter un gouvernement contesté en distribuant bastonnades et gaz lacrymogène sur les protestataires et en continuant à tirer à hauteur d’homme sur les opposants à Ariel Henry ?

La PNH va-t-elle faire comme si elle n'entend pas les appels sans inhibition pour le dechoukay des biens d’autrui dans un pays où il n’y a rien à casser, piller, voler, dans ce pays où tout est à construire ou à reconstruire?

Pour la Police nationale d’Haïti (PNH), le dosage est difficile. Faire vivre « Protéger le gouvernement en place comme les opposants et servir la population » a toujours été d’un équilibre instable.

Comme à chaque fois que la contestation monte d’un cran, il est bon de rappeler à la PNH qu’elle demeure l’une des rares institutions permanentes du pays et qu’elle doit tout faire pour ne pas abîmer son image.

Entre défendre la population contre l’insécurité et le reste, elle doit faire le bon choix et éviter le précipice politique en tenant la main d’un gouvernement inefficace comme celle de ses opposants qui brandissent les menaces comme arme.



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