Chronique

Les hommes à travers les yeux d’Andrise Pierre

Publié le 2022-09-22 | lenouvelliste.com

Je viens de lire le monologue « Vidé mon ventre du sang de mon fils » (édition Chimen 2022) de la dramaturge contemporaine haïtienne Andrise Pierre. Dramaturge, enseignante et animatrice de club littéraire jeunesse, Andrise Pierre est la gagnante du Prix SACD de la dramaturgie francophone en 2020, pour sa pièce “Elle voulait ou croyait vouloir et puis tout à coup elle ne veut plus”. Elle est invitée d’honneur de la 7eme édition du festival de théâtre et des arts de la scène En Lisant. 

Je retrouve une dramaturge presque au sommet de son art. Sensibilité, précision, clarté, profondeur, ce texte publié dans « Nouvelle dramaturgies d’Haïti/ Des écritures pour la scène » par l’association Quatre Chemins est une pièce qui invite à réfléchir. 

L’auteure s'est inspirée d’une histoire réelle, l’assassinat de son grand frère en 2015. Ici, la littérature s’affiche comme moyen de préserver la mémoire. Andrise a mis sa table d’écriture au cœur du chaos. Sa langue est belle. Malgré la sensibilité du sujet, le lecteur est invité à plonger dans l’univers et l’intelligence de son style. C’est une œuvre sensible qui nous prend aux tripes dès l’incipit et ne nous lâche jusqu’à la dernière page. Il y a des textes qui sont comme une petite lumière qui nous guide sur le chemin de notre vie de lecteur. Qui nous invite à regarder l’homme dans sa fragilité. Le texte d’Andrise est une métaphore qui dit la vie dans toute sa splendeur mais aussi, dans sa décadence.  

La littérature c’est d’abord la sensibilité, la sincérité. La plume d’Andrise est sincère et il y a beaucoup de charme et de douceur qui glisse entre ses lignes. Les phrases sont comme des miroirs qui nous convient à regarder en nous-même. Les mots, les métaphores, les images poétiques sont comme un orage qui nous frappe en plein cœur. Lire Andrise, c’est faire face à la douceur et en même temps à la nostalgie. Lire Andrise, c’est habiter l’absence. C’est écouter la voix d’ici et d’ailleurs.  

Lire «Vidé mon ventre du sang de mon fils» c’est faire face au réel absolu. Avec ce monologue Andrise nous invite à nous révolter contre la méchanceté des hommes, contre le viol, contre le sexisme et l’injustice sociale. On sympathise vite avec la narratrice mais on est aussi capté d’entrée de jeu par la profondeur de l’écriture. Avec un souci permanent du détail, du mot qui fait mal, sa langue est ancrée dans l’âme et la sensibilité de son personnage. Comme si sa langue met l’impossible à l’épreuve (Hélène Dorion).  

Au fil des pages, je découvre une écrivaine qui écrit avec une vive intelligence. L’une des choses qui m'a beaucoup marqué chez elle, c’est son sens du détail. Un sens du détail et de la précision très Wêchien.  «Vidé mon ventre de mon sang de mon fils» raconte l’histoire d’une mère qui a eu un fils d’un viol à l'âge de quinze ans à Port-au-Prince. Ce dernier est mort assassiné dans les rues de Port-au-Prince. «Aucune ombre ce soir ne viendra troubler le soleil de mes enfants». Ainsi débute la pièce. L’assassin de son fils vient d'être libéré, elle s’adresse à son enfant. Elle raconte l’histoire de cette disparition. Le jour du drame, l’enfance de son fils, mais aussi, les péripéties qu’elle a connues depuis la mort de son fils. C’est comme une femme qui se referme dans son mutisme pour ne pas dire, ne pas crier et puis, tout à coup elle livre son âme. L’absence du père, la violence, l’amour maternelle sont les thèmes qui se déploient entre les lignes. «Vidé mon ventre du sang de mon fils». porte la voix de toutes les mères du monde. 



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