Du lese grennen au degrennen

Publié le 2022-09-09 | lenouvelliste.com

Alors que la faim gagne un plus grand nombre de compatriotes chaque jour et que l'espoir de lendemains meilleurs s'éloigne, il y a eu des manifestations toute la semaine écoulée pour protester contre la vie chère, la rareté des produits pétroliers, les prix exagérés des profiteurs du marché noir du gaz.

Les Haïtiens ont aussi foulé le béton pour dire non à l’insécurité et non au premier ministre Ariel Henry.

Les manifestations se sont déroulées à Port-au-Prince mais surtout en province où on compte le plus grand nombre de blessés par balles et les premières scènes de pillage.

Le signal transmis par les événements de cette semaine est double : le mécontentement des insatisfaits est général et les opérateurs politiques sont de retour sur le terrain.

Comme il n’y a pas de fumée sans feu, il n’y a pas de manifestations sans organisateurs.

Cela dit, ce qui paraît le plus inquiétant c’est le silence du gouvernement en place. Pas un mot, pas une décision, pas une action.

Le premier ministre contesté s’est même payé le luxe d’un voyage à l’étranger pendant que la température politique s’élevait.

Parti sans faire de bruit, Ariel Henry est revenu à la cloche de bois.

On attend avec impatience les annonces et le bilan de sa rencontre avec les investisseurs étrangers qui souhaitent investir en Haïti.

Le pays attend surtout la communication de la date d’arrivée des équipements pour la PNH et le calendrier de la reprise de la livraison régulière des produits pétroliers dans les stations-services.

Comme dans les dernières années de la présidence du président Jovenel Moïse, le premier ministre applique la politique de celui qui n’entend pas les bruits du pays ni les cris de la population.

Comme celui qui l’a nommé à la tête du pays, le PM applique la politique du lese grennen. Cette forme particulière de gouvernance inventée au 19e siècle en Haïti.

Les adeptes du lese grenen, à chaque crise, laisse faire les excités, convaincus que les opposants et les habitants de la cité finiront par se lasser et que tout reviendra naturellement dans l’ordre.

Malheureusement, le lese grennen finit souvent en degrennen. En débandade. En perte de temps et d'opportunités pour le pays. 

L’immobilisme et le « rien faire pour ne pas mal faire » s’écroulent sous le poids de la pesanteur, ce phénomène physique de la politique qui attire tout corps inutile vers le centre de de la terre.



Réagir à cet article