God called the Queen, God save the King

Publié le 2022-09-08 | lenouvelliste.com

Sa Majesté Elisabeth II est morte. Elle avait 96 ans. Elle a régné pendant 70 ans sur le Royaume-Uni, l’empire britannique, les royaumes du Commonwealth. Pendant son long règne, elle a été à la tête de l’un des plus importants pays au monde, a régné sur des nations membres du Commonwealth, sans jamais exercer directement le pouvoir.

Pendant 70 ans, elle a su tenir son rang et s’effacer derrière son rôle. Ses devoirs passaient avant toute autre considération. Mardi, deux jours avant sa mort, elle recevait le premier ministre sortant et son remplaçant.

Haïti a peu de choses à voir avec la reine en particulier et avec les Britanniques en général. Les pays proches de nous et appartenant à son royaume sont la Jamaïque, les Bahamas et le Canada.

Avant l’indépendance, les Anglais étaient en Haïti. Peu de vestiges restent de leur passage, sinon la ville de Les Anglais. L’histoire a été plus mouvementée par la suite avec ouverture, fermeture et réouverture d’ambassades.

Les relations à l’heure actuelle sont calmes. Apaisées. Loin de la tension du temps de la sortie du livre (et du film qui en a suivi) de Graham Green, Les Comédiens.

L’auteur avait trop bien décrit nos mœurs et travers. On en a voulu à sa race et à son pays.

Plus près de nous, les tentatives d’avoir un ambassadeur britannique plus présent en Haïti et une mission en fonctionnement n’ont pas duré. Ce qui paraissait être un tournant après le séisme du 12 janvier 2010 est redevenu une attention polie et lointaine. Haïti a une ambassade à Londres, les Anglais ne sont présents en Haïti que de loin.

Les efforts dans la reconstruction de Port-au-Prince après 2010 de la Fondation du Prince Charles, le nouveau roi d’Angleterre sous le nom de Charles III, n’ont pas été suivis d’effets.

La coopération importante qui s’annonçait n’a pas laissé de traces tangibles.

Entre les Anglais et Haïti, la distance est grande.

Pour revenir à la reine Elisabeth II, qui nous quitte, les fastes et tragédies de sa famille royale ont toujours retenu l’attention en Haïti. Le roman est si grandiose, si tragique, si inaccessible qu’il fait rêver ici comme ailleurs.

Malheureusement, rares sont les politiciens haïtiens qui ont pris la peine de relever que le président d’Haïti a un rôle de reine d’Angleterre amélioré avec la constitution de 1987. Il devait laisser le premier ministre gouverner, s’en servir comme d’un fusible, rester dans les immenses prérogatives que lui confère la loi mère sans chercher à tout dominer. Nos chefs doivent encore apprendre à orienter, ordonner, superviser, représenter, pas s’entêter à mettre la main à la pâte.

Nos dirigeants ont toujours voulu être l’alpha et l’oméga. Le chef de l’État et le chef du gouvernement. L’initiateur et le boss maçon. Le premier jouisseur et le dernier responsable.

À la différence de la reine d’Angleterre et de son sens du devoir, nos présidents et autres chefs ont raté l’essentiel.

Leur place dans l’histoire sera inversement proportionnelle à la superficie de leur ego, de leur tentation et de leur échec.

Tout le contraire de la Grande Dame qui nous quitte le 8 septembre 2022.



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