Haïti : Ni révolution ni réforme, direction le chaos

Publié le 2022-09-06 | lenouvelliste.com

Ce 7 septembre 2022 est attendu avec appréhension par certains secteurs, avec excitation par d’autres.

Annoncée depuis des jours, ce 7 septembre est la date choisie par l’homme politique Jean Charles Moïse pour mettre au défi le gouvernement et le système bancaire haïtien.

Après la réussite de plusieurs manifestations organisées au Cap-Haïtien, le leader de Pitit Dessalines a mis le cap sur la capitale. Il demande, il suggère, il exige, il menace. La vie chère et le taux de change sont ses cibles.

Si le gouvernement d’Ariel Henry fait la sourde oreille, si la Banque de la République d’Haïti (BRH) n’a rien dit, l’Association Professionnelle des Banques (APB), la seule instance à s’être prononcée, a pratiqué la prudence.

Ni le nom du leader n’a été cité ni de mise en garde claire n’a été prononcée dans une note de presse publiée par l’APB la semaine dernière, après les propos tenus au Cap-Haïtien par Moïse.

L’APB a pris acte.

Sur le rendez-vous de ce 7 septembre, les banquiers ont gardé le silence.

Ce 7 septembre est attendu avec inquiétude par ceux qui regardent les dernières institutions encore stables attendre comme le bélier de l’ancien testament l’heure du sacrifice à la place d’Isaac.

Quel sort vont connaître les banques, le système bancaire et l’argent des deux millions cinq cent mille Haïtiens qui s’y trouvent ce 7 septembre ?

Assisterons-nous au lancement d’une opération ou à la déflagration d’un pétard mouillé ?

Une porte s’ouvre, on ignore vers quelle sorte abîme il nous conduit.

Ce qui se passe avec les banques et les interrogations et/ou accusations qu’elles soulèvent, s’est déjà produit avec d’autres organismes. Nous n’avons su en remodeler aucun ni radicalement remplacer aucun.

La solution haïtienne n’est pas de réformer, ce n’est pas non plus de faire la révolution pour améliorer le service, les prestations, les objectifs. Non. Le chaos est le but à atteindre. La solution par défaut.

Le système bancaire -- rare élément du décor qui fait de nous un pays normal-- risque aujourd’hui de devenir comme le système judiciaire, le pouvoir législatif et l’exécutif.

Par outrance ou par inadvertance, nous poussons pour qu’il sorte de ses rails en utilisant les méthodes haïtiennes, meilleur moyen de pousser les banques dans le chaos.

Regarder le marché des produits pétroliers ou le change, regarder la politique et la disparition des élus, regarder l’impossible tenue des élections, regarder les difficultés d’avoir un budget ou de collecter des taxes, regarder les affrontements sur la tenue du carnaval ou sur la rentrée des classes, regarder tout ce que les politiciens haïtiens ont détruit ces dernières années et vous aurez une image claire de ce qui risque d’arriver aux banques bien plus vite qu’on peut le craindre.

Haïti, ses dirigeants et ceux qui aspirent à y prendre le pouvoir, ont toujours eu le génie de produire de la misère.

Aujourd’hui, par leurs actions et par leurs omissions, Avec leur parole ou leur silence, nos responsables et leaders excellent dans l’invention du chaos.



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