Une affaire de monnaie

Publié le 2022-09-05 | lenouvelliste.com

La capitale et ses banlieues ont connu en juillet 2022 une hausse des prix évaluée à 31 % comparée à l’année dernière. La région métropolitaine est la zone où l’inflation est la plus élevée dans un pays où la moyenne s’établit à 30,50 %. L’inflation bat des records. La vie chère a hissé son pavillon.

Dans la hausse des prix, plusieurs facteurs rentrent en compte. Des facteurs internes et d’autres externes. Ces derniers temps, tout se ligue contre les consommateurs haïtiens.

Petite cause, grande conséquence, la désaffection du public pour les pièces métalliques s’est coalisée avec la faiblesse de la gourde pour faire augmenter les prix.

Depuis quelque temps, on ne trouve plus sur le marché, « nan sakit machann tankou nan pòch nou», les pièces de 5-10-20-50 centimes. Ces «kòb» ont disparu de la circulation. Trop faibles en valeur faciale, trop chère à faire frapper et surtout ces «ti monnen» sont refusés par les agents économiques.

Cette disparition des plus petits multiples de la gourde, entre autres causes, provoque que sur le marché les prix se sont mis à évoluer en 2-3 unités pour une gourde à une gourde l’unité au minimum.

Pour certains produits c’est 2-3-4 pour 5 gourdes. Souvent, c’est 5 gourdes le prix minimum.

Comme on refuse de plus en plus les petits «adoken» d’une gourde, certains prix sont devenus des multiples de cinq. On avance de 5 gourdes en 5 gourdes directement.

Pour les papiers-monnaies aussi il y a des problèmes. Les billets d’une, de deux et de cinq gourdes ont disparu. Les billets de dix gourdes ne sont pas appréciés. Les prix évoluent par pallier de vingt-cinq gourdes à la moindre variation.

Aujourd’hui, la valeur faciale de la monnaie haïtienne n’est pas adaptée aux besoins de la population.

Jusqu’en 1990, cinq cents gourdes valaient nominalement cent dollars américains.

Aujourd’hui, pour avoir cent dollars américains il faut environ douze mille gourdes.

Quand on sait que le billet le plus important est celui de mille gourdes, on se rend compte qu’il y a un problème pour la petite monnaie comme pour les gros billets.

La Banque de la République d’Haïti, le ministère de l’Économie et des Finances, celui du Commerce et de l’Industrie ou l’Institut haïtien de statistique et d’informatique gagnerait à étudier les pratiques sur le marché en Haïti. Les profiteurs sont partout. De l’importateur qui évolue dans un marché où la principale denrée - l’information- n’est pas disponible pour les consommateurs et même souvent pour les autorités et où les derniers maillons sont eux aussi libres, comme les gros et premiers fournisseurs, de fixer les prix à leur guise.

Haïti est le marché le plus libre de la région et celui qui est le moins taxé. Et la mauvaise répartition des pièces et billets accentue la hausse des prix.

«Tout bagay nan kò nou» pour le bonheur de la vie chère.

Les autorités ne travaillent pas à résoudre les problèmes et les consommateurs ne se plaignent de rien.

Plumer et se faire plumer restent les règles de base du commerce en Haïti.



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