Camille Charlmers : les injections de la BRH sont profitables aux opérateurs financiers et aux spéculateurs

Les banques, les opérateurs de change, des acteurs qui sont dans l’ombre mais qui ont de grands moyens pour influencer le taux de change sont en majorité ceux qui profiteront des injections de la Banque de la République d’Haïti (BRH) sur le marché, affirme l’économiste Camille Charlmers. La BRH qui, à travers cette mesure,  « finance la spéculation et les biens importés », a échoué dans sa mission, estime-t-il. 

Publié le 2022-09-06 | lenouvelliste.com

La BRH a injecté pas moins de 40 millions de dollars américains sur le marché des changes depuis son annonce d’y injecter entre 100 et 150 millions d’ici la fin de l’exercice fiscal en cours. « Elle a mis à la disposition des banques un dollar bon marché que des acteurs du système financier peuvent revendre sur le marché informel avec une importante marge de profit. La simple opération de changer le dollar de mains leur permet de cumuler des revenus considérables », a rappelé l’économiste Camille Charlmers au micro de Magik 9 ce week-end. « Nous sommes en présence d’un marché spéculatif, un marché contrôlé par 2, 3 acteurs qui ont le pouvoir de varier le taux de change en moins d’une journée » a-t-il ajouté. L’injection, selon l'économiste, ne sera pas au bénéfice de la population. « Elle est profitable aux banques, aux opérateurs de change, des acteurs qui sont dans l’ombre mais qui ont de grands moyens pour influencer le taux de change », a-t-il précisé, invitant la BRH à prendre des mesures pour contrôler les circuits qui utilisent les dollars qu’elle injecte sur le marché.  « Cela lui permettra d’éviter que le dollar qu’elle vend à bon marché soit recyclé vers le marché informel à un taux très élevé au détriment du consommateur final », a-t-il recommandé. 

Le financement des activités productives comme alternative

Cette injection, en plus de financer la spéculation, servira aussi à financer les biens importés. « Une grande partie de l’argent sera répartie directement sous la forme de consommation de biens importés », a signalé le professeur.

 Camille Charlmers a conseillé à la banque centrale de changer totalement de paradigme économique en finançant de préférence les activités productives. « Dans le dogme néolibéral, nous avons une économie qui donne la priorité aux marchés externes. Au lieu d’obéir au Fonds monétaire international (FMI) qui considère le marché externe comme le pilote, nous devons dire que c’est le marché interne qui est le pilote. L’économie doit fonctionner d’abord pour renforcer le marché de l’économie interne. La BRH doit renforcer la capacité de l’économie à satisfaire les besoins de la population en denrées, intrant en construction, etc... », a proposé l’économiste. « La banque centrale a toute une panoplie de mesures pour diriger le crédit vers le secteur productif, a-t-il continué. 

 La BRH a failli à sa mission

La BRH a failli à sa mission. « Cela s’explique par les choix économiques en termes de priorité. Nous avons une politique monétariste qui n’est pas une politique qui va vers la croissance, l’investissement et la création d’emplois. Les acteurs centraux dans le système économique sont les acteurs privés, les détenteurs de capitaux ; le secteur informel a pris beaucoup de place dans le système, la spéculation joue de plus en plus un rôle important ; plus de la moitié du profit des banques provient des opérations de change », a détaillé l’économiste Charlmers. « Elle ne peut pas renforcer l’espace économique national, ni utiliser les leviers dont elle dispose pour renforcer les acteurs économiques haïtiens », a-t-il fait savoir. 

Nous avons besoin d’une banque centrale beaucoup plus proactive, plus dynamique, se mettant au travers des chemins d’acteurs qui fonctionnent à partir de logiques mafieuses, ayant des conséquences catastrophiques sur l’économie ; nous avons besoin d’une autre politique macroéconomique, a conclu Camille Charlmers. 



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