Nou anvi viv a mò

Publié le 2022-08-16 | lenouvelliste.com

Le titre est emprunté au jeune artiste MDO. Il est tiré de son texte "Alo Bondye".

Nou anvi viv a mò est le cri ou la prière que chaque Haïtien récite matin midi et soir. Silencieusement ou simplement en essayant de dépasser ses peurs et les contraintes du quotidien. Un remède contre la fatalité.

Tout ce qui s'est passé au Cap-Haïtien, à Petit-Goâve, aux Cayes et dans toutes les autres villes et localités du pays qui ont fêté fastueusement ou modestement la Notre Dame relève de ce mantra. Nou anvi viv a mò. Cela nous retient de prendre la fuite.

Toutes les plaintes sur les réseaux sociaux, dans les émissions de libre-tribunes et dans les conversations de tous les jours sur la cherté de la vie relèvent aussi de notre appétit de vivre. Avant que l'on crève de faim ou qu'on soit obligé de conserver l'argent qui ne peut plus rien acheter, nou anvi viv a mò.

Ceux qui applaudissent aux annonces de la police, à chaque arrestation d'un présumé bandit ou lorsqu'ils apprennent que la PNH a remporté un duel, récitent sans le savoir la même invocation pour repousser le deuil de leur porte : Nou anvi viv a mò.

Avec la même phrase en tête, il y en a qui lisent les articles venus de l'étranger ces derniers jours, les déclarations du Secrétaire général de l'OEA, la lettre des  élus du Congrès américains ou de l’ancien ambassadeur des USA en Haïti. Tous ces beaux parleurs évoquent la situation catastrophique des Haïtiens, surtout celle de ceux qui anvi viv a mò

Bien entendu, dans ce pays, depuis des décennies, il y a au moins deux camps. Ceux qui croyaient que la dictature des Duvalier était le meilleur des régimes et les autres. Ceux qui adoraient les pouvoirs militaires et les autres. Ceux qui sont contre toutes les ingérences et les autres. Ceux qui ont toujours été contre la démocratie et les autres. Ceux qui adorent la corruption et les autres. Ceux qui attendent qu’on leur amène le pouvoir sur un plateau et les autres. Ceux qui vivent bien et les autres qui simplement anvi viv a mò et qui meurent de ne pas vivre.



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